|
Cliquez pour découvrir |
J e a n P i
e r r e A l a i n F A Y E I N
T R O D U C T I O N A
L A P S
Y C H O E C O L O
G I E UNE PROPOSITION D'ELARGISSEMENT DE L'ECOLOGIE
TRADITIONNELLE VERS UNE ECOLOGIE
PERSONNELLE A PORTEE POLITIQUE ET SOCIALE |
"Former les esprits sans
les endoctriner. Les enrichir sans les asservir. Les
armer sans les enrégimenter "
"Pour assurer une paix
durable, rien ne vaut l'éducation. Une éducation résolument orientée vers la
paix doit être au cœur de notre action"
" L'éducation, cette
deuxième mère...."
"D'aucuns diront que des
générations nouvelles élevées avec amour et dans le respect de la
pensée, ayant de bonne heure ressenti les bienfaits de la
culture, la ressentiront comme leur bien propre et
seront prêtes à lui consentir les sacrifices en renoncement aux satisfactions
de l'instinct nécessaires à son maintien. Ils diront que s'il n'y a
pas eu jusqu'ici des foules humaines d'une qualité pareille (dans aucune
civilisation) c'est parce qu'aucune n'a encore su prendre les dispositions
susceptibles d'influencer les hommes de cette manière, et cela dès leur
enfance.
On peut douter qu'il soit
jamais possible, ou du moins déjà de nos jours dans l'état présent de notre
domination de la nature, de prendre de telles dispositions. Mais on ne pourra
contester le grandiose de ce plan, ni son importance pour l'avenir de la
civilisation humaine.
Il repose certes
sur cette juste intelligence psychologique:
l'homme est pourvu de dispositions
instinctives les plus variées et les événements précis
de l'enfance impriment à celle-ci leur orientation définitive.
Un certain pourcentage de l'humanité - en
vertu d'une disposition pathologique
ou d'une force excessive de
l'instinct - restera sans doute toujours asociale, mais si l'on parvenait
à réduire jusqu'à n'être plus qu'une minorité la
majorité d'aujourd'hui qui est hostile à la culture on aurait fait
beaucoup, peut-être tout ce qui se peut faire.
PRE-INTRODUCTION DESTINEE AUX
EDUCATEURS
CONSCIENTS DE L’IMPORTANCE DE LEUR MISSION
"
Comme si chacun n'était pas libre de mener sa vie à sa guise, sans avoir à suivre un quelconque "mode d'emploi", avec ce que cela sous-entend de plus ou moins obligatoire !
Reste que derrière cette idée de "mode d'emploi" aussi accrocheuse qu'apparemment farfelue se dessine le problème de fond de toute éducation: vers quoi conduire (e-ducere en latin) les très jeunes (et vers quoi inciter les un peu moins jeunes à se conduire eux-mêmes, si l’envie leur vient de s’intéresser à la chose) si l'on ne se réfère pas, pour cette éducation (qui doit fatalement être appelée quelque peu "formative" car elle proposera, voire déterminera les valeurs et les choix de vie ultérieurs) à quelque chose d'au moins "préférable", qui, parfois, sera même quasi- obligatoire (au sens de : "sous peine de déclenchement de troubles et de dysfonctionnements difficilement prévisibles en l'absence de mise en garde préalable).
Ce qui se rapproche bien d’une sorte de “mode d’emploi” - qui comporte en général quelques risques si on ne le suit pas - à présenter et à expliciter par l’éducateur spécialisé. Lequel se situe à mi-chemin entre l’enseignant (qui peut se limiter à la transmission de connaissances) et le parent (qui doit contribuer à la structuration psychologique du jeune).
Une éducation moderne digne de ce nom ne peut avoir d’autre objectif que de permettre au jeune d'accéder à l'autonomie dans l’équilibre, et à la force dans le respect d’autrui. Noble tâche, qui doit aboutir à des adolescents, puis à des adultes, capables de se donner à eux-mêmes des lois (certes personnelles) rationnelles en plus (et parfois au lieu) de suivre des pulsions internes, largement biologiques, ou des pressions -ou sollicitations - externes n’allant pas toujours, voire pas souvent, dans le sens de l’intérêt du destinataire des susdites, ni forcément non plus de celui de la société.
Cette autonomie rationnelle est donc l’objectif à rechercher, peu le nient. Mais si tout le monde est bien d'accord, au nom de la liberté, sur la nécessité de faire prendre au jeune ses distances vis à vis des croyances et influences extérieures et de développer son esprit critique, bref d’accord sur le préfixe : "auto-" qui, dans “ autonomie”, libère, est tout à fait indispensable, et a fort bien été souligné et explicité par tous les penseurs modernes, il est bien plus difficile de mettre en place chez lui le (tout aussi indispensable, mais infiniment plus rarement étudié, et encore plus rarement souligné) suffixe "-nomie" relatif à la loi (personnelle !) qui impose (ou interdit) de faire ce que sa raison lui conseille (ou déconseille) - pour peu qu’il y réfléchisse assez clairement ! Suffixe qui conduit à la nécessité d’aider le jeune à se construire un système de valeurs, puis, dans un souci d’équilibre et de logique interne, de l’amener à agir autant que faire se peut en conformité avec icelles. Ce qui exige un minimum de “caractère”. Et même, ô horreur, de discipline !
O horreur ? Nullement, car c’est seulement d’un minimum (en général) d’AUTODISCIPLINE qu’il s’agira, et cela devient une tout autre affaire ! Mais cela n'en sera pas moins sans poser quelques petits problèmes, car il sera nécessaire de proposer a l’intéressé (nous allions presque dire “ordonner au patient” tant l’idée d’une similitude avec une “ordonnance”, dans son intérêt, se présente !) de passer de sa “loi interne” automatique, lui disant très haut et très fort de faire ce qu’il a envie de faire, à une loi d’apparence quelque peu externe malgré tout, à forts relents de “devoir” (ô re-horreur ! ) , lui disant à voix basse (ô combien !) de ne faire que ce que sa réflexion aussi éclairée que possible lui présente sur un plateau rarement aussi appétissant que le premier qui s’était présenté !
Impératif (rationnel, mais nullement “catégorique”) qui, dans les cas de divergence avec la pulsion primitive, ne déplaira guère moins du fait qu’il sera librement élaboré et (théoriquement) consenti. Impératif qui est de toutes façons infiniment difficile à respecter si la volonté n’est pas au rendez-vous. Et cela même si l’on sait que ce n’est finalement rien d’autre que la sagesse, seule voie sûre vers un bonheur durable - ce dont on se contrefiche, ou à peu près, à ces âges !
Ainsi c’est bien à la présentation (puis à l’inculcation) d’une sorte de "mode d'emploi de vie" que s’attachera tout éducateur (et, incidemment, tout parent) responsable et conscient du fait qu'il a une mission de type un peu sacré à remplir.
Cet éducateur, ce parent, il va lui falloir essayer de convaincre le jeune "utilisateur de la vie" du bien fondé de ce qu'il lui aura doucement mais fermement suggéré de "prendre en compte" de "respecter", voire parfois de ne "surtout pas transgresser" ce que l'on appelait autrefois d’un terme qui n’est absolument plus de mise aujourd’hui : un “sens du devoir” (re-horreur !).
Plus de mise et c’est tant mieux dans la mesure où ce mot était chargé de contraintes - et d’interdits - plus ou moins abusifs (et avait une connotation de rigorisme) découlant de croyances ou de coutumes parfaitement contestables.
Plus de mise et c’est tant pis, dans la mesure où a été trop souvent jetée avec lui beaucoup de (voire tout) ce qui relevait du sens civique, du sens social, et du sens des valeurs personnelles (ne parlons même pas de la politesse ou du respect des aînés, nous nous sentirions vieux jeu, et de toutes façons cela reste un peu annexe).
Mais si l'on refuse les "dogmes auxquels croire sans rire"(H.Atlan), dogmes qui pourtant facilitaient bien jadis le problème de l’éducateur, évidemment (mais au prix d'un enrégimentement idéologique), comment éviter de voir le jeune tomber dans un relativisme à forts relents de scepticisme, où rien ne vaut parce que tout se vaut, et où toute notion d’autodiscipline encore elle, mais là est le mot-clé) devient incompréhensible ? Ce qui, plus souvent que rarement, conduit soit à un individualisme hédoniste plus ou moins forcené (avec soumission à des pulsions primaires ou à des tendances caractérielles parfois violentes et bien nocives pour tout le monde, à commencer par l'intéressé, et carence - voire absence - tant de sens de la mesure que de sens social - voire même d’humanisme, notamment devant l'attrait de l'argent ou la volonté de puissance sur les autres) soit, dans d'autres cas, ou les mêmes, risque d'aboutir à une sorte d'auto destruction des psychismes par plaisir .
C'est à cette bien délicate tâche de la nécessaire structuration sans enrégimentement des psychismes juvéniles vers la force tranquille et vers l'harmonie, en place et lieu de ce qui les attend trop souvent (si rien n’est fait pour eux) à savoir soit l'anarchie déstructurante soit la "structuration de travers" que s'attelle la psychoécologie.
Elle relève ainsi, assurément avec un bel optimisme, le véritable défi de société que constitue la difficulté d'éduquer de plus en plus d'enfants et d'adolescents, lesquels ont de moins en moins de sensibilité face à l'autorité parentale (quand elle est encore là), et face à celle sociale (qui se délite), et n'en ont pas encore assez face à celle de leur raison (quand elle est suffisamment développée, développement qu’il s’agit précisément d’assurer).
La psychoécologie le fait en se référant en toile de fond (puisqu'il faut bien, tout de même, se référer à quelque chose) non à une idéologie (qui serait fatalement enrégimentante), mais à un état d'esprit : celui "Peace and Love" des hippies californiens des années 60. Esprit qui est celui de bien des gens calmes et doux, mais aussi celui de bien des hindous, outre celui de divers "Écolos" soi-disant utopistes ou illuminés alors qu’ils ne sont que les intelligents organisateurs de l’avenir.
Cette" psyécologie" sera fondée sur l'idée qu'il y a, pour des raisons non pas morales, mais de simple santé psychique, toute une "auto-écologie" à développer avant (ou en en prolongement de ) l'écologie traditionnelle, et même de la - plus récente - écologie sociale (qui elles ne s'intéressent qu'à "l'extérieur"). Auto-écologie qu'il faudra bien d'abord (si l’on accepte notre analyse) enseigner au jeune avant qu'il ne se l'impose (mais oui!) sous forme de règles (mais oui!) à bien connaître et à suivre, et qui auront, au demeurant, rarement à être très contraignantes, et encore moins insupportables.
“Mode d'emploi de vie“ qu'il saura alors pourquoi il vaut mieux le suivre que le transgresser, puisque l'éducateur (trice) le lui aura expliqué ! Avec des "impératifs" qui, pour ne plus être catégoriques, n'en paraîtront pas moins pratiquement fortement indicatifs, parce que raisonnablement (et parfois même quasi métaphysiquement) fondés ! Tout en étant sans contrainte autre qu’en self-contrainte !
Un “apprentissage du devoir” (qui, pour nous, ne saurait être que du devoir d’harmonie !) a certes toujours été pratiqué envers les enfants depuis la nuit des temps, dira-t-on sans doute, et alors où est la nouveauté ? Elle réside dans le fait qu’il y a de moins en moins (et de plus en plus souvent plus du tout) d’ ”éléments” assurant, par famille ou par environnement interposé, cet apprentissage, pour ne pas dire qu’il y a de plus en plus d’“éléments” assurant un contre-apprentissage du dit devoir ! La lecture, par exemple, cet “exercice” si enrichissant par l’effort de participation qu’il exige, se voit délaissée pour le - passif, et donc bien moins formateur - spectacle (le mot est révélateur de la passivité dénoncée) télévisé. Il convient donc de prendre en considération cette situation, qui ne va assurément pas en s’améliorant.
Sur le plan pratique, deux approches éducatives seront donc simultanément proposées, l’une purement psychologique, l’autre civique et sociale. S’y ajoutera, pour des raisons qui seront abondamment explicitées, une approche qui pourra être qualifiée d’”existentielle”, et qui aura la plus grande importance à nos yeux.
Cet ouvrage sera donc d'abord destiné à éclairer - évidemment pas à éduquer ! - les éducateurs, (et les parents perplexes, ou dépassés par les événements) et à leur donner quelques uns des outils conceptuels susceptibles de leur permettre d'inciter les jeunes à venir à cet esprit "Peace and Love", des vertus duquel il est bien difficile de douter dès lors qu'il est débarrassé de ses composantes un peu trop "stupéfiantes" développées à son origine californienne dans les années 60 , et que s’y ajoutera, dès qu’il seront en âge, un engagement social et politique aussi sérieux que possible (côté cœur, évidemment !).
Grande sera donc leur mission ! D’autant qu’elle seule sera à même de résoudre nombre de problèmes de société, notamment ceux posés par la montée de la mondialisation financière !
Cette mission, dès lors, ils ne devront pas craindre de l'entreprendre avec ferveur, et même avec enthousiasme ! En ne craignant pas de taxer de défaitisme tous ceux qui les traiteront d'utopistes.
Ces éducateurs seront, en fait, les gagnants de la vie, et ceux qui les railleront n'en seront que les "losers”.
L’auteur (*)
*Praticien diplômé (en 1964)
de
PLAN DE L'OUVRAGE
LIVRE 1
Introduction : le fond philosophique du projet psychoecologique
De la réflexion à l'action psychologique
Considérations psychoimmunothérapiques annexes
LIVRE 2
Psychoécologie politique et sociale : Le Mouvement BLUEPEACE
Vers une écologie transcendantale : L'écologie spirituelle ou l'option spiritualité laïque
INTRODUCTION
LE FOND PHILOSOPHIQUE DU PROJET PSYCHOECOLOGIQUE
Gregory Bateson, anthropologiste de belle renommée est, à notre connaissance, le premier à avoir fait percer le bourgeon de la psychoécologie en écrivant son - fort difficile - ouvrage intitulé : "Vers une écologie de l'esprit". Surprenante écologie que celle là ? Pas si l'on se réfère à la définition extensive qu'en donne le Pr Minkowski: "Science de l'homme dans son milieu naturel et inter humain" !
Ce qui peut inciter à inclure l'esprit (et, à tout le moins, le psychisme) de l'homme dans cette écologie.
Prenant le relais de Bateson, Félix Guattari, un des pères de la psychiatrie non institutionnelle et analyste de quelque renom depuis le célèbre "Anti-Oedipe" avance, dans son petit ouvrage intitulé "Les trois écologies", livre fort clair et d'accès très aisé, le terme d'écosophie pour évoquer une·sagesse écologique qui inclurait la sagesse personnelle. Laquelle sagesse ne va pas (non plus que dans le cas de Bateson) sans quelque relation avec l'idée que l'on peut se faire d'une psychologie (voire d'une psychanalyse) écologique, même si personne n'a encore, à notre connaissance officialisé le rapprochement, un tantinet audacieux de ces deux termes. Cela dans une perspective (pédagogique) d'élaboration, chez les jeunes, d'une vie psychique basée tant sur le respect que sur la reconnaissance de devoirs envers leur nature profonde et envers celle des autres !. Avec tout le nécessaire recul vis à vis d'un monde s'enfonçant de plus en plus dans l'économique, la production, la surconsommation et l'aliénation au principe de rendement et à la technicité sans plus guère savoir ce que "poésie - ou simplement qualité - de la vie" (et si c'était finalement, même, une vraie vie?) peut bien vouloir dire....
Cela selon des schémas si puissamment dénoncés, et depuis longtemps, par K.Jaspers ("Philosophie", "La situation spirituelle de notre temps" etc..), puis, plus récemment, par E.Fromm ("Man for himself", "Escape from freedom", "Avoir ou être" etc...), ou I.Illich ("La convivialité"), pour ne citer qu'eux. Eux qui s'attacheront à combattre le sur développement des sociétés modernes aussi bien que le sous développement des sociétés du Tiers Monde. Ce qui, implicitement, laisse imaginer qu'il existerait, à l'échelle planétaire, un optimum de développement à atteindre, mais à ne pas dépasser (notamment pour éviter une trop dommageable perte de liberté individuelle). Optimum vraisemblablement lié à un "optimum démographique", bien peu le nient. Optimum qui serait plus facilement atteint de part et d'autre si les pays sur-développés acceptaient de transférer plus de richesses qu'il ne le font vers les sous-développés, évidemment.
Cette écosophie nous a semblé s'imposer dans le cadre plus vaste d'une psychoécologie et c'est l'esquisse de cette dernière que nous soumettons ici à votre réflexion, en précisant d'avance que nos thèses ne recoupent que partiellement (et vont aussi plus loin que) les idées des auteurs précédemment mentionnés. En outre, il nous semble que nous innovons à peu près totalement dans notre proposition de mettre en oeuvre par voie pédagogique une action préventive en parlant d' "immunisation psychologique". Innovons aussi en tentant de dégager dans le cadre de la dite tentative psychoimmunologique une psychobioéthique au titre d'une "écologie personnelle". Sans chercher le moins du monde à jouer les “Monsieur Propre": laissons cela aux esprits courts "bien pensants" en quête de "Réarmement moral". Nous sommes, au contraire, nous, en faveur des désarmements.
Y compris en faveur d'un "Désarmement moral", débouchant sur une parfaite liberté - parfaite, mais aussi éclairée et responsable que possible, et dès lors passablement
auto-disciplinée! - de mœurs.
Cette "psychobioéthique" sera en bonne partie une "morale sociale" axée, comme l'était jadis le Confucianisme, sur la vertu d'humanité (c'était le "jen") et sur l'équité ( le "yi" ). Ce qui ne sera pas sans incidences politiques, et l'on se retrouvera aux confins d'une psychanalyse socio-politique, pouvant paraître nous ramener (mais dans un tout autre esprit) au Marcuse d"Eros et Civilisation", tout imprégné de la pensée de Ch.Fourier, ce génial précurseur (hélas bien brouillon ! ). Précurseur qualifié de "socialiste utopique" qui était très imprégné, d'une spiritualité laïque fort peu connue, spiritualité que Marcuse laissera complètement au vestiaire ( alors que le confucianisme l'avait en partie prise en compte).
Marcuse, qui, ( hormis peut être Sartre, et, dans un tout autre
genre, le St Augustin de
Nous tenterons, nous, une approche liée à une interprétation non strictement matérialiste, très jaspérsienne, de la pensée de Spinoza qui est à coup sûr, avec son "Ethique" - en fait une proposition de libération existentielle plus qu'une éthique - le premier (mais Platon n'allait-il pas déjà dans ce sens, qui pourrait bien être celui du véritable humanisme?) à avoir proposé de laïciser le salut religieux en un simple itinéraire intellectuel et spirituel vers une santé psychique. Itinéraire qui serait recommandé pour tout un chacun (cela un peu comme l'était en Orient le Tao - terme signifiant: voie, voie qui était, à l'origine, plus philosophique que religieuse).. Itinéraire laïc qui, par sa généralisation ( à réaliser pédagogiquement) est probablement seul susceptible de sérieusement ré harmoniser la société planétaire, les approches strictement politiques, et notamment celles fondées sur le matérialisme historique, ayant montré leurs limites, et les gouvernements, même les plus à gauche, se retrouvant désormais pratiquement soumis aux impératifs de l'économie mondiale de marché, entendons aux volontés des groupes financiers (et de leurs actionnaires) les plus puissants.
Ce contre-pied "spino-jaspèrsien" de Marcuse, nous
le tiendrons tout en conservant le souci marcusien (qu'il partage avec Fourier
et Sartre) de lutter avec la plus extrême vigueur contre les fascismes en tous
genres (donc contre les exploitations de l'homme, de la femme et de l'enfant)
qui subsistent un peu partout, même si c'est sous des formes de plus en plus
sournoises (voire indolores !). Par ailleurs, nous nous rallierons à certaines
de ses thèses sur le rôle libérateur d'Eros (qui, pour nous, peut comporter une
composante spirituelle!) dans le processus de désengagement face à une société
occidentale (plus oppressante que répressive, à nos yeux) et en tout cas bien
trop injuste pour les plus faibles, malgré de grands progrès et de grands
efforts de la part d'hommes généreux. Bien trop inféodée, aussi, - et inféodant
- au principe de rendement, au principal profit des privilégiés de la fortune,
qui le nierait sinon ces derniers !Enfin, à la différence de Marcuse, nous ne
contesterons pas tout dans le système capitaliste, ( encore moins dans celui
semi-capitaliste d'économie mixte tel que le connaît encore - un peu - pour
quelque temps
La branche que nous tentons d'isoler et de cultiver prendra-t-elle un bel essor? Donnera-t-elle ensuite de nouveaux bourgeons robustes?
Parviendra-t-on, par exemple, à générer une "psi-économie" nouvelle, améliorant même l'économie mixte de marché? La "psi-écologie" sera-t-elle, un jour, reconnue comme matière à enseigner prioritairement, tant dans l'intérêt des enfants que dans celui de la société future?
Y aura-t-il une "auto-analyse écologique" systématiquement mise au programme des institutions du secondaire en complément d'un enseignement de l'écologie, de la psychologie élémentaire, de l'action humanitaire et de l'histoire des religions, matières dont l'enseignement est présentement envisagé avec raison?
Nous l'ignorons à ce stade, mais, en tel cas, cet enseignement, s'il s'inspire de nos propositions, sera, en fait, très largement, celui de la sous-branche "psychologie existentielle", parfois appelée aussi "psychanalyse humaniste" . Analyse qui s'attache à rendre conscient tant de l' instinctif que du spirituel et non pas seulement de l'instinctif comme dans le cas de Freud.
C'est alors, outre les "très grands" Ludwig Binswanger, Erich Fromm,et Karen Horney déjà mentionnés, aux moins connus Victor Frankl, Abraham Maslow, Oskar Pfister, Roberto Assagioli et autres Rollo May, D. Laing, P. Bjerre et A. Maeder, pour ne citer qu'eux, qu'il conviendra de rendre hommage, tout imprégnés de religiosité, et notamment de christianité, que soient certains d'entre eux - mais est-ce toujours si facile d'échapper à cette influence dans notre monde occidental? Seul Sartre, l'inspirateur d'une variante originale de psychanalyse existentielle, liée à son "existentialisme" y parviendra de façon parfaite, mais ce sera au prix d'une sorte d'excès, symétrique, de sensibilisation au matérialisme dialectique, sans qu'il soit plus question de rendre conscient du spirituel, évidemment !.
Ce qui fera que ladite psychanalyse existentielle sartrienne (exposée dans "L'Etre et le Néant") n'aura, ni à nos yeux, ni à ceux de beaucoup d'autres, sinon plus rien d'existentiel (les mots n'ayant là que le sens qu'on veut bien leur donner) du moins plus rien de bien fécond, - néantisation oblige!. Elle aura toutefois fait un grand pas en avant par rapport à Freud, en soulignant le caractère irréductible de la liberté fondamentale - ou existentielle - de l'homme, mais d'une liberté sans fondement ni signification, puisqu'elle "se découvre dans l'angoisse comme l'unique source de la valeur, et le néant par qui le monde existe"! ("L'Etre et le Néant"). Fructueuse découverte, assurément, que celle d'un " néant par qui le monde existe" !
Découverte absurde qui a conduit tant de jeunes à l'idée que le monde était lui aussi absurde, alors qu'il est surtout mystérieux, ce qui est une toute autre affaire, laissant, (encore plus si l'on admet "l'absurdité de l'absurde": J.Guitton ), la porte ouverte non à telle ou telle religion dogmatique, mais au moins à du plein, du sens, de l'anti-néant, avec un tout autre impact psychologique!
Pour des raisons d'efficacité psychoimmunologique nous nous rallierons plutôt à Jaspers, le philosophe existentiel le plus positif à nos yeux, pour qui l'homme n'est pas, comme chez Sartre, "condamné" à la liberté passablement absurde supposée l'inciter à se dégager tout seul du vide, en construisant dessus (!), mais est, au contraire, bénéficiaire d'une liberté signifiante lui proposant de s'inscrire dans un ensemble pré harmonieux (à la construction duquel il participerait pour le rendre effectivement complètement harmonieux, en évitant les dysharmonies qu'engendre fatalement la non - ou la mauvaise - gestion de sa liberté et de ses pulsions ).
Dans l'expérience (l'imagerie) mentale que l'on a de cette liberté, cela change complètement le paysage, on s'en doute, et rapproche quelque peu tant de la psychologie analytique de Jung ( qui malheureusement va trop loin vers le mysticisme , nous semble-t-il) que de certains enseignements orientaux et hindous ( Sri Aurobindo, Ramana Maharshi, etc..). Restera à insister sur la nécessité, autant soulignée par un E.Mounier que par Sartre (et ce pour des raisons presque opposées) de donner à ladite liberté un caractère engagé et militant au service de valeurs humanitaires dans une perspective essentiellement antifasciste (au sens le plus large du terme, incluant tout ce qui est abus de pouvoir, de force et d'autorité dans absolument tous les domaines).
Ainsi c'est sur les Dr Jaspers et Adler ( philosophes - médecins! ) que nous nous appuierons le plus pour proposer aux éducateurs du futur, à titre psychoimmunothérapique au moins autant que dans une perspective pédagogique (avec des incidences politiques - au sens noble du mot ) un référentiel intellectuel ( et surtout pas une idéologie, cela sonnerait par trop totalitaire) destiné à un monde de jeunes qui, s'il n'est pas encore tout à fait déboussolé, n'en manque pas moins, visiblement, de boussole, et de repères - et pourrait bien être plus difficilement capable de s'en passer qu'il ne se l'imagine. Et nous le proposerons aussi, "dans la foulée", à tous ces adultes généreux qui, pour reprendre le mot de Jack Ralite, n'ont plus qu'une canne blanche pour les guider là où ils avaient un drapeau rouge porteur d'espoir, drapeau qu'il est à leur honneur de ne pas vouloir renier, mais drapeau dont ils voient bien les limites et la fragilité.... Et les dangers...
A ceux, enfin, qui seraient un peu étonnés de nous voir donner tant d'importance à la (psycho)pédagogie (qu'on l'appelle ou non psychoimmunothérapie) nous répondrons que cela est dû au fait que, pour nous, la question - plus qu'écologique - d'actualité: "Quel monde laisserons nous à nos enfants?" mérite d'être complétée, voire précédée, ou même remplacée par celle - plus typiquement psychoécologique -: "Quels enfants laisserons nous à notre monde? ".
Le lecteur pourra certes la trouver superflue, ou un peu idiote, mais nous lui demanderons néanmoins de bien la considérer : Voudra-t-il que les enfants deviennent des adultes intelligents et sensibles, libres et responsables, aimant la nature et ses créatures (humaines incluses) ou qu'ils aient, pour trop d'entre eux, de bonnes chances de devenir soit des "je-m'en-foutistes" soit, au contraire, des "boursouflés" - voire des "tuméfiés - psychiques" n'aimant que l'argent et (souvent alors) la puissance, plus “expansionnistes “ et productivistes que de raison, et risquant fort, ainsi, soit, côté gauche, de constituer de nouvelles nomenklatura sabotant les initiatives sociales les plus généreuses, soit, côté droite, de continuer à exploiter autrui comme cela s'est toujours fait, et (pour les deux "bords") de participer à la "défiguration", voir défigurer eux-mêmes la nature.
Avec Erich Fromm (en partie inspiré par Gabriel Marcel, auteur d'un intéressant ouvrage intitulé : "Etre et Avoir") nous pensons qu'il faut désormais choisir sur quel mode prioritaire nous avons à vivre, et donc vers quel pôle nous devons faire évoluer nos enfants: " Avoir ou Etre. Un choix dont dépend l'avenir de l'homme " intitule-t-il l'un de ses ouvrages ("Etre" sous entendant évidemment en ayant de quoi vivre fort aisément, mais sans beaucoup plus, et en étant parfaitement conscient de ce que nombre de personnes n'ont, hélas, d'autre issue que de lutter pour "avoir" juste de quoi survivre, et que dès lors pour elles le dilemme est: Avoir ou ne pas être! ).
Ce choix de mode de vie va très loin, qui oblige à se positionner existentiellement beaucoup plus précisément que nous n'avons coutume de le faire, et, sauf à la rigueur pour le nécessaire, l’utile et l’agréable intelligemment compris, il ne nous paraît pas possible de défendre le mode hypercompétitif et antagonistique "avoir", lequel , avec son corollaire: “faire” (bien plus que nécessaire!), dérape si facilement (pour peu que les circonstances s'y prêtent) vers l'excès de pouvoir des détenteurs de la puissance (essentiellement celle économique et financière). Sous couvert semi-idéologique ( lutte contre le chômage par exemple) le plus souvent d'ailleurs! Ce qui vaut certes mieux que l'excès de pouvoir politique de dictateurs sous couvert totalement “idéologique” (nationalisme ou autre) mais n'en reste pas moins un pis aller à dépasser, et cela est hors de portée de la seule action politique, même de la plus progressiste .
Le mode prioritairement "être" se trouve, lui, parfaitement compatible avec la plus parfaite joie de posséder des choses utiles et agréables. Il n’est nullement incompatible avec un droit à un (véritable) travail pour tous . Il nous semble la seule option harmonieuse envisageable, et devrait alors servir de référence, d'autant que lui seul a des chances de permettre d'accéder à un plein emploi planétaire pour un travail à temps réduit qui n'en serait pas moins suffisamment rémunérateur dans la perspective d' une société de "non-surconsommation" beaucoup plus sage que l'actuelle, en pays développé.
Ce choix ne saurait être éludé plus longtemps, et il implique,
avant tout une prise de recul vis à vis des soi-disant impératifs économiques
(lesquels, soit dit en passant, étaient déjà mis en avant pour justifier tant
l'esclavagisme que le travail des enfants!). Ce choix enfin, se rapproche de
celui des socialistes sincères pour qui, selon Ch. Andler, l'adoption du
socialisme est "une sorte de conversion quasi religieuse et l'apparition
d'une conception nouvelle de la vie et des rapports sociaux" (in
Dictionnaire de philosophie Lalande, rubrique "socialisme" ). Ce qui
s'applique en fait beaucoup mieux à "
Notre proposition de”troisième voie” ( déjà recherchée par E. Mounier et quelques autres) sera compatible avec l'économie mixte de marché si préférable à celle totalement libérale, économie que certains nomment socialisme de marché, et pourrait facilement s'inscrire dans le cadre d'une "écologie sociale", plus respectueuse de l'individu que ne l'ont jusqu'alors été les divers socialismes - et que ne le sont présentement certains écologismes intégristes à l'anti humanisme (de fait) assez remarquable .
Elle nous semble conforme à ce que souhaitaient tant Péguy que
Jean Jaurès lorsqu'ils écrivaient: "L'humanité n'est pas faite afin de
réaliser le socialisme, c'est nous au contraire qui faisons le socialisme afin
de réaliser l'humanité" (Péguy "Cahiers de
Il ne peut évidemment s'agir que de l'individu suffisamment éveillé au sens de ses responsabilités, de l'individu non individualiste, ou alors doté d'un "individualisme solidaire" (F.Brune),* donc de l'individu préalablement suffisamment correctement éduqué vers une "socialité" pour être suffisamment détaché vis à vis de ses pulsions primaires afin qu'il puisse prendre en compte volontairement les exigences de la justice, l'intérêt général (et aussi celui de la nature!) en plus du sien, voire, exceptionnellement, à la place du sien. Sinon il faudrait un gouvernement, fatalement fort et autoritaire, pour lui imposer, volens nolens, lesdites exigences et cette imposition, surtout en matière de solidarité, donne des résultats allant du très imparfait au catastrophique selon les secteurs, les pays, et les époques.
Le meilleur gouvernement étant théoriquement celui qui n'existe pas, c'est à dire celui - idéal - dans lequel les citoyens devenus pleinement responsables se gouvernent eux-mêmes harmonieusement (avec tout de même des institutions et des responsables chargés de gérer la collectivité, au nom d'un service politique analogue au service militaire, sans avantages particuliers risquant de satisfaire leur éventuelle soif de pouvoir, au contraire) il serait nécessaire de voir plus loin. Et de passer (progressivement) de l'élaboration des meilleures lois possibles - lesquelles, sauf cas de révolution assez peu souhaitable, ne feront pas disparaître les structures inégalitaires et injustes encore en place malgré de grands progrès (ayant probablement trouvé leur limite) - à "l'élaboration" des meilleurs citoyens possible, c'est à dire de ceux épris de justice et de solidarité, même si ce doit être à leur désavantage de privilégiés de la naissance ou de la fortune (lorsque tel sera le cas).
Ne reste donc comme ultime espoir que "l'éducation du
peuple" (éducation sociale fondée sur une éducation psychique, et du
"peuple" des jeunes, en fait le seul qui soit éducable) éducation
dont Proudhon disait précisément qu'elle est le préalable indispensable à la
démocratie et au pouvoir dudit peuple ( "
Ce sera certes une opération à long terme, mais que nous reste-t-il d’autre à faire qui, au vu des enseignements de l’histoire, aille réellement au fond des choses ?
Faute d'une telle éducation le risque sera de plus en plus grand de voir les objectifs profonds de la démocratie délaissés, car des stars médiatiques, des bonimenteurs (tantôt milliardaires, tantôt non, mais toujours un peu trop roublards) ou, ailleurs, des intégristes, ou, ailleurs encore, de benoîts et doctes représentants du monde de la grande finance recueilleront les suffrages au détriment des candidats sérieux et valables forcément plus pâles, et cela avec les dommages que l'on peut imaginer pour la collectivité !
Il nous semble que l'écologie sociale envisagée peut difficilement ne pas être l'objectif de tout être épris de liberté tout en étant respectueux d'autrui. Et nous pensons ( en paraphrasant quelqu'un) qu'elle se fera entre personnes éveillées à une certaine spiritualité ( ou à une certaine écologie de l'esprit - disons à une certaine psychoécologie...) les incitant à refuser de vivre sur le mode "avoir" et à le dénoncer haut et fort (en les opposant donc activement à l'expansionnisme tous azimuts qui correspond présentement à ce mode) pour prôner (et vivre sur) un mode "être" - ou qu'il ne se fera pas.
Ce mode "être" (à priorités non-économiques, mais n'excluant nul bien-être raisonnable, dans la simplicité et la convivialité, et impliquant donc une certaine "dépulsionnalisation" généralisée - mode pour l'interprétation duquel nous ferons quelques propositions aux côtés d'Erik Fromm et de divers autres) ce mode "être", donc, sera fatalement mal reçu dans une société évoluant très majoritairement sur le mode expansionniste "avoir", d'autant qu'il remet en question tant le sacro-saint principe de bonheur par le maximum de croissance et de progrès technique que les instincts, très profondément ancrés dans l'homme, de domination sur la nature et sur les autres, de puissance et d'appropriation de l'inutile coûteux. Ce qui fera passer les "psiécolos" de demain, (qui seront surtout des jeunes, au moins d'esprit) pour des marginaux et des contestataires aux idées non seulement fumeuses et arriérées, mais encore dangereuses pour la société quand ils ne seront que les éléments porteurs d'harmonie et d'avenir, réfléchissant leur vie et leur monde et cherchant à les gérer intelligemment et sainement au lieu de se contenter de vivre une primarité pulsionnelle aménagée au "moins mal". Aménagée malgré tout très cahin-caha, on le voit, pour le plus grand profit des plus forts et des plus chanceux, ce qui donne envie de tenter de porter remède à cette situation, précisément en agissant sur les esprits des jeunes, dès lors que l'on réalise que la chose est possible. Et aussi, en envisageant la mise en place d'une société psiécologique parallèle, fraternité contestataire (de ce qui est contestable) formée, au départ, de ceux des adultes conscients et responsables qui se seront ralliés aux idées ici exposées et qui souhaiteraient tant se retrouver réunis qu'être en mesure d'offrir aux jeunes qui refuseront le présent "système" un cadre d'accueil pour leur avenir.
Société future dont la psychoécologie se propose d'être l'amorce , ce qui exige que l'on fasse présentement de la résistance intellectuelle active dans bien des domaines, et c'est donc cet appel à la résistance ( qui sera qualifié de sabotage par les fascistes de l'économie, c'est à dire par ceux qui font passer les intérêts économiques et financiers - essentiellement les leurs - avant l'humain) que nous lançons ici - après René Dumont, Ivan Illich et tant d'autres. En allant encore au delà de la perspective d'écologie culturelle dont parle Régis Debray (sans toutefois suffisamment en saisir toute la portée, nous semble-t-il). En envisageant le rassemblement en une Gauche mondialisée de tous ceux qui s’opposent aux diktats de la mondialisation financière. En lançant l’idée du “Mouvement Bluepeace “ .
C'est une vieille aventure historique que celle des fraternités intellectuelles plus ou moins contestataires qui, dans leur prétention à l'universalité n'ont, depuis celles pythagoriciennes, jamais su ou pu qu'aboutir à des sectes et des chapelles étroites ou alors tourner court après plus ou moins de dégâts!
Mais est-il impossible à l'humanité de progresser en intelligence? Certes non pensait déjà Condorcet, qui parlait de progrès de l'esprit humain ! De progresser grâce, bien sûr, à l'éducation (à quoi d'autre, sinon?), mais grâce à une éducation - que nous proposons de qualifier de psychoécologique - qui apprenne aux jeunes non seulement à connaître et à savoir mais encore à penser - et, dans une perspective de libération existentielle spinozienne à SE penser. A se découvrir, même, suivant en cela le précepte socratique du célèbre "Connais toi toi-même"! A se choisir soi même, enfin, au lieu de se retrouver choisi par des forces externes et internes, pulsionnelles, lesquelles se sentant "menacées " font, chez l'adulte (rarement récupérable - disons rarement soignable - alors que le jeune n'est qu'exceptionnellement définitivement "noué" cérébralement) obstacle à la pensée existentielle sous toutes les formes possibles (paresse intellectuelle, absorption dans l'événementiel et le professionnel, adhésion à des philosophies matérialistes réductrices ou /et par trop hédonistiques etc...)...
Tout cela en réfléchissant sur - et en se référant à - cette
Nature immano-transcendantale (dont il est bien difficile de totalement nier
l'existence, aussi vague et mystérieux "cela" soit-il) que notre
monde, après l'avoir représentée sur des modes mythiques puis religieux
inévitablement simplistes et plus ou moins farfelus, n'a rien trouvé de mieux
que d'évacuer purement et simplement, sinon en tant que principe - ou Etre? -
transcendantal suprême (
Or un tel principe immano-transcendantal ("Nature de fond" qui ne serait sans doute nullement à célébrer par un quelconque culte, ni n'aurait à reposer sur un quelconque dogme) resterait tout de même à prendre en considération pour tout ce qui touche tant à la vie privée qu'à la vie en société, aussi étrange cela puisse -t-il paraître. A prendre en considération par le biais, par exemple, de la recherche de l'intériorité spirituelle, et aussi par celui de la culture permanente. Par celui de la réflexion philosophique, peut-être surtout. Nature de fond ( qualifiée de "naturante " par divers philosophes, en arrière-plan - quoique indissociable - de celle, tangible, relevant du "naturé", dont on se soucie au contraire beaucoup ) Nature de fond, donc (que quelques uns assimilent à un dieu personnel, vision probablement un peu courte) évacuée avec son mystère ( signifiant, selon toute vraisemblance, jusqu'en chacun de nous ). Evacuation à peu près totale de nos jours, ce qui a toutes chances de ne pas être sans rapport avec les dégâts que l'on observe. Dégâts qui n'iront probablement ni en diminuant ni en s'estompant sans la prise en compte du fait que cette " évacuation" radicale - qui a certes eu l'avantage de faire disparaître toutes sortes de croyances et de pratiques corrélatives parfois très dommageables et malsaines - est probablement plus qu'une erreur majeure: c'est très vraisemblablement LE drame de notre temps, à l'origine de presque tous ceux causés par l'homme.
Drame auquel il pourra probablement être remédié dans l'avenir si on se préoccupe d' apprendre aux jeunes non à se convertir à telle ou telle religion supposée être la seule valable, comme cela se fait encore beaucoup de par le monde, et non plus à se laisser "convertir" aux valeurs des sociétés industrialisées hyper productivistes, hyper compétitives, et hyper consommatrices, et cela quasi automatiquement, par simple imprégnation en monde occidental, mais en leur apprenant à simplement utiliser leur liberté existentielle pour "accéder à l'existence", en dépassant leur être empirique, le seul qui apparaisse en l'absence de réflexion existentielle suffisante. Apprentissage qui ne se fait à peu près nulle part et est d'autant plus regrettable qu'il s'agit là, simultanément, d'un apprentissage de l'humanisme, probablement le seul qui ait quelques chances d'être efficace à grande échelle.
Après la révolution civile de 1789 qui a apporté aux hommes une large part des libertés civiles dont ils jouissent actuellement (dans les démocraties tout au moins), n'y aurait-t-il pas une évolution existentielle à mettre en chantier, leur apportant la susdite liberté existentielle, sans que l'"opération" passe nécessairement par des voies religieuses?
Le projet de la psychoécologie (laquelle répétons le, peut aussi bien apparaître avant tout comme une "écologie personnelle" à prolongements politiques et sociaux) est d'apporter sa modeste contribution à la réalisation de cette évolution en commençant par proposer aux éducateurs un outil conceptuel nouveau dans la perspective d'une pédagogie psychobiologique. Pédagogie qui serait à généraliser autant que faire se pourra (son institutionnalisation nous apparaissant évidemment comme l'idéal).
Ce qui n'est peut-être finalement rien d'autre (espérons le, et pardon pour l'ambition!) que la poursuite du "projet" amorcé par la philosophie grecque antique, et prolongé depuis par tant de philosophes, et tant de penseurs (dont l'inattendue Louise Michel, femme généreuse s'il en fut, pionnière du féminisme intelligent, et première inspiratrice d'une psychobiologie ) d'accès de l'humanité à ce minimum d'intelligence et d'honnêteté de vie sans lesquels elle ne saurait sans doute être bien viable. Ni bien vivable.....
Projet qui pourrait également bien être aussi celui d’un accès à cette “part de divin qui est en nous” pour reprendre une expression de B.Kouchner, personnalité au demeurant peu suspecte de bigoterie.
Part qui est celle aspirant à l’harmonie en nous (et hors de nous ?) Face à celle primaire pulsionnelle et égoïste dont les excès , parfois très vite atteints si l’on n’y prend garde, servent si bien la dysharmonie hors de nous (et en nous!).
Ce projet, n’est-ce pas avant tout et plus que tout une suggestion faite à chaque jeune de trouver que le meilleur “mode d’emploi” de la vie réside dans son idéalisation aussi intense que possible, outre dans une sublimation de tout ce qui mérite de l’être (amour, justice, vie, monde, humanité, liberté, fraternité....)? Cela avec la recherche d’une élévation de son propre esprit - et si possible (éducation, qui est affaire de tous, voilà ta finalité!) de celui des autres? Mouvement ascendant de dépassement de notre "primarité" qui paraît bien ne pouvoir se faire à grande échelle et de façon durable sans le recours à quelque principe transcendant dans lequel avoir une confiance de type tout à fait supérieur, autant dire une foi (con-fidere !).
Puis d'inspirer la - si souhaitable - incitation rousseauiste à toute action orientée vers l'harmonie, vers la paix et vers l'amour de l’humanité.
LIVRE PREMIER
CHAPITRE I
L A R E F L E X I O N D E D E P A R T
1 - L'ALÉATOIRE DANS LES JEUX DE DÉS, CHEZ LES SINGES DACTYLOGRAPHES ET DANS DIVERS OBJETS FANTAISISTES
Entamons, voulez-vous, une partie d'un jeu utilisant un dé. Ce peut être le backgammon. La première chose que nous ferons, si les enjeux sont importants, ou si nous sommes d'un naturel sceptique, sera d'examiner de près le dé. Si rien d'anormal n'apparaît extérieurement nous pourrons alors accepter de jouer. Mais nous pourrons aussi nous dire qu'il serait plus prudent de le tester en le lançant sur le tapis vert un certain nombre de fois avant de jouer pour voir si rien d'anormal n'apparaît dans le résultat de ces essais. Nous avons en effet en nous un sens de ce qui est aléatoire, c'est à dire soumis au seul hasard, et c'est l'affaire de chacun que de juger dans quelle mesure le contexte n'est peut-être pas aussi parfaitement aléatoire qu'il le devrait, et s'il y a d'autres éléments que le hasard à prendre alors en considération.
Il convient de préciser que le hasard des physiciens n'est pas tout à fait le même que celui des philosophes : pour les premiers, le hasard est avant tout ce qui échappe (ou plutôt semble échapper ) au déterminisme. Pour les seconds, c'est ( aussi ) ce qui échappe à l'intervention humaine, tout en pouvant rester parfaitement déterminé. Ainsi de la tuile qui tombe d'un toit, et tue quelqu'un qui passait "par hasard". C'est donc, plus précisément, le jeu des circonstances, la rencontre de séries d'événements chacun non provoqué à fins de rencontre avec un autre. Ce qui n'a rien à voir avec le hasard indétermination que l'on connaît mieux depuis Heisenberg.
Si l'essai de nos dés fait apparaître une série ininterrompue de, disons, dix " six ", on peut considérer que la chose est rare mais reste admissible dès lors que les autres chiffres apparaissent ensuite sans rien d'anormal. C'est ce qu'on appelle "la chance". Si l'on voit sur un nombre de lancements de cent une série de cinquante " six" , on peut trouver la proportion tout de même surprenante. Mais, sur notre série de cent nous observons 90 fois le "six" alors, là, nous ne manquerons pas de trouver l'affaire suspecte. Pourtant cela peut très bien arriver, tout comme le peuvent cent six sur cent coups, sans trucage aucun.
Supposons maintenant que sur nos cent coups nous ayons un arrêt de dé sur la tranche, situation hautement improbable, Nous nous émerveillerions de cette rareté! Serions nous pour autant en droit de penser que les dés sont pipés? Peut-être - mais la chose reste théoriquement possible avec des dés non pipés. Et que pourrions nous penser de dés qui tomberaient systématiquement non plus sur la tranche mais sur un coin, ne touchant le tapis qu'en un seul point? Notre étonnement serait sans bornes (surtout si les coins du dé sont bien pointus!). Si enfin il arrivait que le dé ne parvienne pas à retomber, mais reste en l'air? Cela sans que l'examen du dessous de table et des pièces voisines ne révèle le moindre système magnétique ni la moindre ficelle transparente. Ne serions nous pas en droit de considérer qu'à ce stade, et même si on a bien voulu "fermer les yeux" pour les retombées sur la tranche et sur les coins, on est forcé d'admettre que l'on est sorti du cadre des lois du hasard, et qu'il y a eu intervention d'autre chose? A moins que la suspension temporaire de la loi de la gravitation universelle dans un secteur de l'atmosphère ne vous paraisse envisageable, naturellement, et rien ne prouve qu'elle ne peut pas l'être. Tout n'est donc qu'une question de jugement personnel, et là où certains suspecteront, au point d'y croire, une intervention extérieure au hasard dès la première série de dix "six" consécutifs, d'autres penseront que la compatibilité avec l'aléatoire subsiste même dans les cas extrêmes. Une certaine sagesse ne consiste-t-elle pas cependant à avoir des doutes dès que l'on sort de ce qui paraît normal à la plupart des gens? Cela semble conseillé, surtout lorsque les enjeux sont de taille.
Cette petite histoire de dés (qui nous amène tout doucement à la notion de crédulité) peut évoquer en nous celle de l'anthropoïde dressé à frapper des touches de machine à écrire au plus grand des hasards, sans jamais s'arrêter Combien de temps pensez vous qu'il lui faudrait avant d'avoir tapé la phrase: "je suis un singe". Puis les mêmes phrases que celles de cette page ? Une comédie de Molière, ponctuation comprise? Un dictionnaire complet français- swahili? A partir d'un certain degré la réponse paraît devoir être : jamais ! Et pourtant, en théorie, avec un temps infini, tout peut être tapé par le singe en vertu du seul hasard. Vraiment tout ? Peut-être pas pourtant, nous y reviendrons, en découvrant la notion de seuil qualitatif.
Avant de franchir ce seuil, franchissons celui (mais n'est-ce pas le même ?) qui sépare le singe de l'homme, en commençant par nous pencher non plus sur une machine à écrire, mais sur les particules élémentaires apparues au moment du Big Bang (ou peut-être autrement, ou avant ?). Lesquelles particules se sont combinées de toutes les façons possibles et imaginables en se complexifiant. Et puis, de combinaisons en essais et de tâtonnements en juxtapositions certains produits de ces arrangements, après être passés par des stades aussi divers que la bactérie, le poisson, les reptiles etc..., se mirent à se rendre compte de leur existence, puis, après encore quelque temps de réflexion, et sans doute aussi de complexification (seulement physique?) décidèrent d'en exprimer quelque surprise! En (se) posant des questions à ce sujet! Cela correspond au passage de l'homo sapiens à l'homo sapiens sapiens.
Deux questions paraissent alors pouvoir être posées sérieusement :
1.- Les phénomènes observés peuvent-ils, à votre avis, résulter de la seule complexification moléculaire sans qu'il y ait plus besoin d'explication extérieure" que n'en aurait le texte le plus étonnant tapé par le singe, ou bien au contraire sont-ils vraiment trop bizarres pour que l'on puisse ( selon vous ) les mettre sur le compte du seul hasard ? Si la réponse à cette dernière question est "non", alors :
2. - Le fait que ces phénomènes ne soient apparus que dans le temps relativement court de 5 milliards d'années environ, vous paraît - il de nature à modifier votre réponse précédente? Et chacun sera bien sûr en droit de répondre par un nouveau non". Il n'y aurait alors, en somme, pas lieu de faire tout ce cinéma en nous émerveillant devant ce qui n'aurait rien que de très possible. Nous serions, en effet, face au phénomène humain, dans la situation de ce joueur qui ayant gagné un milliard à la roulette, n'aurait nullement à s'étonner de la chose, ainsi que J.Monod, en bon physicien, l'a fort bien souligné.
N'est-il cependant pas encore plus "raisonnable" de suspendre notre jugement devant l'énormité du phénomène ? Nous le pensons . L'on pourrait tout de même poser à tout adolescent ouvert la question suivante: Au cas où le monde ne serait pas totalement régi par le hasard, en quoi cela risquerait- il de te concerner personnellement (et, le cas échéant t'être profitable) dans ta vie de tous les jours ? Question nullement destinée à recevoir une réponse précise, mais seulement à susciter commentaires et réflexions (ce qui ferait d'elle une sorte de "question piège").
2 PETIT JEU : EST-CE REEL EST-CE IRREEL ? ET COMBIEN SOMMES NOUS ?
Quand nous étions enfant, nous étions longtemps resté songeur devant l'explication selon laquelle si la mer se retirait, lors des marées, c'était parce que la mer "tirait dessus". Comment diable cela se peut-il nous demandions nous ? Nous avons, et vous aussi, retrouvé cet étrange malaise devant les explications que la science moderne nous propose pour les mystères qui nous concernent, notamment avec la théorie quantique (laquelle “permet” de vider plus de liquide d’un verre que ce qu’on y a mis !). Et pourtant toute autre explication a des chances d'être fantaisiste.
Des penseurs astucieux ont dit, pour expliquer les choses, qu'il y avait une sorte de dedans sous le dehors, seul le deuxième pouvant être compris autrement que par intuition . Kant, par exemple, parlait de phénomènes pour le dehors, et de noumènes pour le dedans. Pourquoi ne pas explorer cette idée, qui, si elle semble impliquer une dualité du type esprit matière peut rester compatible avec une approche sérieuse basée sur le seul hasard comme principe explicatif.
Dans cette perspective, les phénomènes psychosomatiques méritent d'être examinés plus attentivement, eux qui relient si étrangement matière et idées (et le principe du support neuronal - donc matériel - de tout type de pensée étant de plus en plus admis). Allant un peu plus loin dans l'interrogation, et dans un autre domaine, la beauté est-elle apparence et phénomène subjectif ou bien réalité en soi? Pourquoi et comment (par quels phénomènes hormonaux ?) nous fait-elle du bien ?
Des générations de philosophes depuis Platon et sa caverne se sont efforcés de répondre avec chaque fois une dissociation entre ceux qui s'en tenaient au refus de toute transcendance et ceux qui en invoquaient une (parfois accessible, pensaient-ils, par ce dedans des choses qui existerait sous leur “dehors”).
On ne peut nier que la position de ces derniers rend mieux compte du double aspect apparent du monde et de l'humain. Cela n'engage guère d'aller prudemment et temporairement dans leur direction, aussi longtemps que nous refusons d'accepter sans examen toutes les conséquences et conduites qu'ils cherchent généralement à nous faire avaler selon une logique discutable ou sans logique du tout, une fois le principe du "dedans" transcendant admis (temporairement). Pour nous, et jusqu'à nouvel avis, un éventuel” dedans” est tout aussi aléatoire qu'un dehors et il n'a rien ni à nous imposer, ni à nous interdire...ce qui revient en fait à refuser toute transcendance dirigiste.
Quant à la dualité de ces mondes dans lesquels nous évoluons, physiquement et mentalement, il peut y avoir discussion sur la question de savoir s'il s'agit d'une dualité objective, (ces mondes existent-ils objectivement), subjective (ne sont-ils tous deux qu'illusion, - mais le personnage victime de l'illusion qu'est-il alors ?) ou objecto-subjective
(le monde extérieur étant réel, l'autre monde ne l'étant pas ou inversement - ou encore une nouvelle définition de l'objectivité étant à concevoir ?).
Cet "autre monde", c'est comme d'un monde intérieur qu'on en parle le plus souvent, en l'objectivant ainsi quelque peu (mais moins que si on le considérait comme un monde extérieur tout prêt à nous accueillir à l'occasion). Mais il nous serait tout de même possible de migrer temporairement vers lui, comme en franchissant un pont, à l'aller, puis au retour !
Marc Aurèle ne disait-il pas: "Tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle retraite n'est plus tranquille pour l'homme que celle qui se trouve en son âme". Le "jardin d'Epicure" qui existerait au fond de chaque être n'est pas très différent, même s'il ne fait pas appel à la notion d'âme aussi explicitement.
Sans aller si loin, ne convient-il pas de s'interroger sur notre réponse classique "je le savais pourtant" à quelque question dont on ne pouvait donner la réponse, de sorte qu'on ne la "savait" pas, au moins aux yeux des autres ? Qui donc était alors ce je qui prétendait le savoir ? Un autre nous à l'intérieur de nous-même ? N'est-il alors pas logique d'imaginer deux "sous-personnages", l'un ignorant ce que l'autre peut parfois savoir? Et quand on se raisonne, n'y a-t-il pas également comme deux personnages, celui qui conseille ou commande, et celui qui (parfois) obéit en baissant piteusement le nez ou sinon n'en est pas très fier ?).
Cet inconscient que la psychanalyse nous laisse entrevoir, sur lequel nous reviendrons plus longuement, n'aurait-il pas un rapport avec une dualité psychique en nous - voire n'en constituerait-il pas un des aspects fondamentaux - à côté de la pensée consciente, comme notre propos sur l'indépendance des pulsions l'a suggéré ? Le "je pense donc je suis " de Descartes ne pourrait-il pas être affiné et plus valablement formulé: "Il y a en moi quelque chose qui pense, et je suis"? Bertrand Russell disait, lui: "Ca pense en moi" et encore le "en-moi" lui paraissait discutable, il se demandait si ce n'était pas en dehors de lui ! Ce qui nous amène à concevoir deux entités (trois si on ajoute le "moi intérieur" de Marc Aurèle, qui n'est ni pensée pure, ni vraiment moi !) Et l'inconscient freudien où le met-on ? Et le personnage qui s'interroge sur tous ces personnages" ?
L'humoriste dirait certainement que l'arroseur arrosé était plus simple et plus amusant, nous l'admettons volontiers. Reste qu'il n'est pas tout à fait interdit de poser la question: "mais enfin, combien sommes nous en nous mêmes ?" Et puisque nous sommes à la recherche d'indices pour pouvoir répondre à la question piège posée antérieurement, il semble bien que nous puissions admettre parmi tous ces indices, l'existence de (au moins) une dualité en nous se rattachant bien probablement à une dualité de type dedans-dehors du monde, avec "continuité" entre les deux puisque nous pourrions passer de l'un à l'autre, cela comme il semble bien y avoir une continuité entre le concret et l'abstrait. Dualité qui pourrait être du type de celle observée face à un miroir, à ceci près qu'il s'agirait d'un miroir fort spécial. Intérieur. N'est-ce pas, après tout, une attitude bien naturelle que d'évoquer un miroir lorsque nous réfléchissons? Dualité involontairement mise en évidence contre son gré par A.Comte (qui la récusait) en disant qu'on ne peut à la fois regarder dans la rue et se voir passer!
Ce qui ne paraît certes pas idiot, mais se retourne contre son auteur car l'introspection, aboutissant précisément à "se voir passer" montre bien l'existence de deux personnages en nous (au moins)..sauf à ce que l'introspection ne soit qu'une illusion de plus... Mais si elle ne l'est pas (ou ne l'est pas tout à fait) ne contribuerait-elle pas, outre son rôle de surveillance de nos pulsions, à discerner un autre type de réalité que celle observée jusqu'alors (réalité soupçonnée par de nombreux scientifiques, d’ailleurs, devant les phénomènes inexplicables auxquels ils se trouvent confrontés) ?
3. L’HARMONIE, CONCEPT VIEUX COMME LE MONDE MAIS QUI NE VIEILLIT PAS. QUE PEUT IL RECOUVRIR ?
L’harmonie des grecs était, depuis Pythagore, définie comme un assemblage avec accord bien réglé entre les parties d’un tout. Ce qui implique un certain ordre et une organisation, et aussi une authentique apparition de quelque chose de nouveau ne se trouvant pas dans lesdites parties prises individuellement.
Cette définition est assurément insuffisante : le sourire d'un enfant ne saurait s'analyser aussi techniquement, alors que ce sourire est sans grande objection possible de l'ordre de l'harmonieux, ce qui implique une part de subjectivité dans notre appréciation du terme harmonie, lequel peut également se définir comme l'unité esthétique (ou bénéfique) d'une multiplicité. "Unité" à laquelle les spécialistes reconnaîtront un petit côté néguentropique fréquent.
Pour tenir compte de cette subjectivité, nous élargirons la définition initiale en englobant tout ce qui est, au niveau de l'humain, ressenti comme agréable, sans être nocif ou dangereux pour quiconque. Cette extension ne saurait être parfaite, mais elle nous semble pouvoir inclure des éléments comme ce sourire, qu'il convenait de ne pas écarter. D'autre part une définition en seuls termes d'ordre et d'organisation (et de propreté) ne tient pas compte du fait que nombre d'éléments de désordre (voire de petit négligé) sont nécessaires pour engendrer des situations ressenties comme harmonieuses, pour que l'homme, par exemple, se sente dans des dispositions de bonne humeur, voire de bonheur, et d'équilibre psychologique maximum tout en ne nuisant à personne : petits (ou grands) brins de folie, bureaux encombrés, laisser aller vestimentaire, occasionnel ou systématique (voyez Einstein!), petites poussées anarchisantes bien sympathiques, petites paillardises sans méchanceté, humour noir ou gaudriole coluchienne (parfois certes beaucoup trop "crue", et ne sachant pas éviter une insupportable vulgarité), révoltes justifiées et anticonformisme bon teint..., si l'intelligence reste maîtresse du terrain et si l'on contrôle bien les "opérations", en se méfiant des dérapages toujours à craindre, tout cela peut rester parfaitement harmonieux.
On pourra, à ce sujet, utilement consulter l'ouvrage déjà cité d'E. Morin "Le paradigme perdu, la nature humaine" soulignant à quel point le disharmonieux apparent peut, en fait, faire probablement partie de l'harmonie dans son utilité et sa fécondité."L'idéologie de Ch. Fourier" de Simone Debout, excellent ouvrage (PBP Payot) va dans le même sens.
L'ordre et l'organisation sont, d'autre part, bien trop souvent
ressentis comme étouffants, surtout s'ils sont omniprésents (
Cela, nullement dans le sens où l'on prétend que n'importe quelle harmonie prouve qu'il y a autre chose que du hasard et qu'elle serait en quelque sorte le "doigt de Dieu" ! Il nous semble, à nous, qu'il n'y a pas plus de raison pour que le hasard ne génère pas de l'harmonieux (tel que nous l'avons, subjectivement, défini), qu'il n'y en a pour, qu'avec l'aide du temps, le singe ne finisse pas par taper les plus beaux poèmes. D'autre part, un arc-en-ciel, un coucher de soleil ou un cristal de roche sont des choses ressenties comme harmonieuses qui n'ont pas trop de mal à être mises sur le compte du seul hasard. Il faut donc pousser la réflexion beaucoup plus en profondeur. C'est dans cette perspective que nous distinguerons trois formes d'harmonie: l'harmonie spontanée, l'harmonie générée par l'humain (laquelle se subdivise à nos yeux en trois sous-catégories : primaire, secondaire et tertiaire ou "assistée") et l'harmonie psychique. Les dysharmonies seront, elles, mentionnées relativement à cette classification (et, pardon pour avoir l'air de donner une leçon quand nous ne faisons que proposer au lecteur d’approfondir des éléments de réflexion !).
A. L'harmonie spontanée.
Il s'agit de celle qui existe en quelque sorte à l'état brut (vie incluse). De la merveille d'un organisme animal aux arcs-en-ciel en passant par les plages de cocotiers, les roses, ou la danse nuptiale des paons, elle se présente un peu partout, aux côtés de dysharmonies à l'état brut tout aussi évidentes : maladies, fléaux divers, accidents d'origine naturelle, sur lesquelles nous n'insisterons pas. Il est à noter que les gens qui croient en un principe divin harmonieux, ne pouvant mettre "sur le dos" de ce principe des choses aussi évidemment peu dignes de lui, que tous ces éléments pas très glorieux, créent en contrepartie un (ou des) diables ou démons, et l'on navigue alors à pleines voiles vers toutes sortes de superstitions... que l'explication par le hasard permet d'éviter.
Il n'est pas nécessaire de s'étendre longuement sur l'harmonie spontanée, elle ne nous paraît pas de nature à apporter grande contribution à notre réflexion sinon pour souligner que, par suite du phénomène d'entropie, les dysharmonies spontanées sont bien plus fréquentes que les harmonies spontanées tout autour de nous.
B. L'harmonie générée (par l'humain) et l'harmonisation
a) L'harmonie générée "primaire".
C'est elle qui résulte de l'action de l'homme (ou de la femme, nous ne voulons pas être taxé de sexisme, et le mot homme est, en philosophie, synonyme d'être humain) éclairée par son intelligence, pour faire face aux dysharmonies spontanées. Le progrès médical, le confort, le développement des sciences et techniques entrent, dans cette catégorie mais, en contrepartie, parfois pour établir sa domination sur d'autres, ou sur la nature, l'homme ne manque pas de créer des dysharmonies (tortures, guerres, dénaturations en tous genres, notamment en matière d'environnement, monde zoologique inclus). Notre sentiment est sans doute que l'harmonieux l'emporte là sur le dysharmonieux, mais l'admettre nous contraindrait à faire intervenir un élément extérieur au hasard pour expliquer cette différence. Nous ne la considérerons donc pas comme suffisante à elle seule, afin de ne pas être suspecté de faire le jeu des idéalistes, spiritualistes ou croyants, en oubliant notre neutralité scientifique. D'autant que la bombe atomique peut très bien nous faire sauter d'ici peu et que les pollutions en tous genres peuvent être plus près qu'il n'y paraît de nous "gâcher la vie" irrémédiablement (problème de la couche d'ozone, etc.). Et puis tant qu'un seul enfant mourra de faim ou de violences il ne saura être question de dire qu'il y a plus d'harmonie que de dysharmonie dans le monde !
b) L'harmonie générée "secondaire".
Plus subtile que la précédente en ce qu'elle exige une forme de
pensée plus réflexive, elle va plus loin dans l'analyse des éléments en jeu -
donc dans la prévision·des conséquences des actes générant de l'harmonie du
premier type. Nous appellerions aussi bien cette nouvelle harmonie
"l'harmonie générée du second degré" - la première nous apparaissant
à côté d'elle comme quasi-instinctive en ce qu'elle ne cherche guère qu'à nous
procurer plus de confort, plus de sécurité, plus de puissance sur le monde
(techniques...), sans voir toujours beaucoup plus loin quant aux effets et
conséquences. Un premier exemple tout simple est celui de la lutte contre un
réflexe qui nous fait préférer acheter un produit parce qu'il est bien présenté
et attirant, en donnant à cet élément d'appréciation une importance bien trop
grande. Se dire, et dire aux autres, qu'il risque de ce fait d'être plus cher,
à qualité réelle égale, ou de contenir des colorants chimiques dangereux
destinés uniquement à faire vendre la boisson en l'enjolivant, est un acte d'harmonie
générée secondaire. L'effort de réflexion et de projection dans l'avenir paiera
finalement s'il emporte
Un second exemple, plus important, est celui de ces révolutions qui ont été provoquées non seulement pour faire face à une situation difficile (famine, oppression, injustices d'un niveau épouvantable...) ce qui les ramènerait à l'harmonie générée primaire, mais encore pour dépasser l'immédiat et construire un "avenir meilleur" en s'appuyant sur des notions aussi abstraites que celles de droit, de justice, de liberté. Nous qui bénéficions maintenant de cet "avenir", nous ne nous rendons plus guère compte de ce qu'il y a là d'harmonieux, mais ceux qui ont lutté et parfois sacrifié leur vie pour le réaliser savent au fond de leur tombeau la chance que nous avons. On l'oublie trop vite, comme on oublie trop qu'il convient d'agir de même pour les générations qui viendront après nous. Seuls les écologistes (dans leur domaine) et quelques esprits avancés (tels J.Y.Cousteau) en ont une conscience aiguë, là encore.
Notre dernier exemple sera davantage d'ordre intérieur et mettra bien en relief l'existence en nous de deux des personnages internes suggérés. Lorsque nous croisons dans la rue une personne très laide, affreusement brûlée, trisomique ou mutilée, notre réaction spontanée est de répulsion. Quelques enfants, d'ailleurs, dans leur "cruauté" naturelle s'en moquent parfois, (ou même lui lancent des pierres - ou rient d'un rire aussi idiot que gêné). Après cette première réaction, nous nous reprenons et nous disons que le pauvre être est bien plutôt à aider qu'à repousser, et qu'il n'a guère besoin de misères supplémentaires après tout ce qu'il a du éprouver, et que cela aurait très bien pu nous arriver à nous. Et nous essayons alors sinon toujours de l'aider, du moins de ne pas manifester d'autre attitude que celle que nous aurions eu en croisant quelqu'un de normal. C'est que nous avons grandi, et qu'il ne nous viendrait plus à l'idée de nous moquer de lui, et encore moins de lui jeter des pierres. Un deuxième personnage (B) secondaire est venu se superposer à celui (A) primaire de notre enfance, lequel subsiste à un niveau spontané et instinctif, que des racistes, par exemple et plus généralement les impulsifs de tous crins, les intolérants, ont, la plus grande peine à dépasser, incapables qu'ils sont, sinon de réaliser, du moins de se convaincre que, les hommes sont tous identiques, au fond, même si certaines caractéristiques génétiques secondaires, dont la couleur des yeux, des cheveux ou de la peau les différencient (en plus de modes de vie différents, dont ils ne sont en rien responsables, même s'ils nous dérangent un peu dans nos habitudes culturelles, qui nous paraissent les seules bonnes, fort souvent). Parfois ce personnage numéro deux n'apparaît pas du tout, ou très peu, et l'on reparle alors de comportements allant de l'égoïsme bien senti au narcissisme total quasi "diabolique", dans les cas extrêmes... Ainsi de ce jeune homme ayant tué froidement père et mère, parce qu'ils refusaient de le laisser conduire avant l'âge légal... C'est bien là le comportement logique et instinctif d'un principe de plaisir pur en réponse à un principe de réalité non encore ressenti comme plus fort, et qui lui fera réaliser, mais trop tard, que cela ne valait pas vingt années de prison, sans parler du reste !
Ce deuxième personnage qui a, fort souvent, rectifié le comportement instinctif peu harmonieux, ou spontanément faux (la mauvaise foi) du premier n'a-t-il pas généré, lui, de l'harmonie - encore plus si, comme cela arrive, il conduit à sincèrement respecter la vie ou à chercher à aider, voire à aimer ceux qui sont tout particulièrement déshérités, réaction alors aussi mystérieuse qu'hyper harmonieuse, en parfaite opposition avec le mouvement réflexe initial tout de dégoût et de répulsion ressenti face à un grand brûlé, un clochard sale et ivre ou un mongolien, ou avec l'instinct (seulement atavique ?) de chasse qui pousse à tuer la palombe qui passe dans le ciel, sans que ce soit par nécessité alimentaire, aussi bien qu'à s'approprier tout ce qui nous attire !. Il reste que notre aptitude à "secondariser" - technique qui revient d'abord à éveiller puis à laisser parler, à écouter et enfin à donner le dernier mot au personnage B "secondaire", en se méfiant de notre personnage A "primaire" (mais sans le combattre systématiquement) est une des voies privilégiées vers plus d'harmonie: il est en effet probable que tant notre petit personnage que le monde tout entier se porteront mieux si, par exemple, on ne court pas outre mesure après tout ce qui nous séduit, ou si on aide les déshérités à s'insérer un peu plus dans le cadre social au lieu de les laisser croupir dans un coin en se disant que ce n'est pas notre problème, et si l'on soigne (et guérit !) les "canards boiteux" au lieu de chercher à les éliminer pour "faire plus propre" ! Et si on prend en compte le point de vue et la sensibilité d'autrui plutôt que si on les ignore. Et si on sauve des vies au lieu de tuer ou laisser faire ceux qui tuent... L'on se portera aussi beaucoup mieux si l'on apprend à "voir" le psychisme des gens - lequel peut être bien "désordonné", "malpropre", voire "sanglant" derrière leur belle apparence avec vêtements impeccables, cravates et sourires enjôleurs, tous aspects extérieurs d'autant mieux entretenus que précisément il s'agit de tromper l'interlocuteur sur un intérieur peu ragoûtant. Voyez les·mines débonnaires de Saddam Hussein à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession si l'on ne faisait l'effort de penser aux enfants qu'il a gazés et aux gens qu'il a fait torturer ! Se méfier systématiquement des apparences voire les interpréter a priori avec suspicion, en prenant l'habitude de, tout d'abord, valoriser ce qui déplaît, et inversement, voilà aussi une autre façon de générer de l'harmonie - en évitant du dysharmonieux trop clairement en attente !... Et cela passe par notre personnage n°2, le raisonneur "B".
Tout se passe comme si ce raisonneur - qui semble être aussi celui qui "s'évade ailleurs", qui aime (les animaux, la nature, les êtres...) ne nous appartenait qu'en partie, alors que le "primaire" (A) semble "bien à nous". Pourtant si on y réfléchit, n'appartiendrait-il pas largement à autre chose, ce personnage A ? Au hasard ! puisqu'il semble plus directement lié à notre système biologique, glandulaire, nerveux, que ne l'est son alter ego, lequel paraît, lui, dépendre de notre effort de réflexion et de notre référence à une conduite harmonieuse, humaine et·/ou intelligente, attitudes assurément bien moins clairement biologiques quant à leur origine ? Tout cela ne peut, en tous cas, que nous inciter à concevoir la possibilité d'existence d'une espèce de "symétrique" du hasard quelque part...
Il est un peu troublant en outre de constater l'espèce de priorité qu'acquiert le personnage B une fois le processus de "déprimarisation" en route - alors qu'on ne connaît guère d'exemple de "désecondarisation". C'est là où l'enseignement (compris dans le seul sens de développement des facultés de réflexion et non d'accumulation de connaissances plus ou moins techniques) et notamment l'enseignement des "humanités" et de la philosophie, qui prolonge celui de la littérature, de l'histoire, de la géographie humaine, de la sociologie, acquiert tout son relief.
Quel que soit sa forme, l'enseignement des sciences humaines, au sens large, s'il est objectif, et présenté de façon à susciter la réflexion personnelle (débats télévisés, éditoriaux de magazines, livres ou exercices scolaires) constitue le meilleur des facteurs de déprimarisation. Il est regrettable de le délaisser au profit d'enseignements considérés comme plus utiles qui n'aboutissent guère qu'à générer de l'harmonie primaire, enseignements utilitaires, indispensables c'est vrai mais, souvent à trop courte vue s'ils restent seuls. C'est tout le problème de l’enseignement moderne, Régis Debray l’a fort bien souligné.
c) L’harmonie générée tertiaire
Nous pensons qu’il existe une troisième forme d’harmonie que nous aurons tendance à considérer comme presque “assistée” dans la mesure où elle échappe encore plus totalement que la précédente, et parfois totalement, à notre volonté, voire à notre conscience (de nous-mêmes).
Le simple scrupule, la mauvaise conscience - qui aboutissent si souvent à éviter (ou remédier) à des dysharmonies est une expérience que tout le monde ne connaît pas, mais qui existe bel et bien, et va parfois jusqu’au grave remord. On peut ne pas trouver la chose bien mystérieuse, mais on doit cependant la verser à l'actif des types d'harmonies aussi difficilement assimilables à des harmonies spontanées qu'à des harmonies volontairement générées par nous, primaires ou secondaires. Avec divers autres phénomènes psychiques qui nous paraissent tout aussi mystérieux tels que le sentiment de culpabilité quand on cause du dommage irréparable à autrui, la joie que l'on éprouve (tout cela, parfois et pour certains, seulement) à aider des animaux ou des êtres en difficulté... à se priver pour eux, à leur faire des dons etc. Névroses ou pseudo-névroses, cela ? Peut-être. Mais névroses génératrices d'harmonie, assurément. Il convient d'y regarder à deux fois avant de chercher à les soigner si rien de plus grave ne les accompagne, celles-là. Avez-vous déjà pensé à cet aspect de la question chers amis psychanalystes freudiens, lorsque vous dénoncez les sublimations "abusives", qui cependant génèrent de l'harmonie ?
Si un nombre non négligeable d'humains les éprouvent, certaines de ces pseudo-névroses, sous une forme ou sous une autre, ne devra-t-on pas se dispenser de les considérer a priori comme cas pathologiques - ceci en posant la question de savoir si les véritables névrosés ne seraient pas ceux qui ignorent toute générosité, tout scrupule et tout remords ?
De la même façon, beaucoup semble fait pour que des comportements, qui (dans les domaines les plus divers) sortiraient du cadre de l'harmonie pour risquer d'entraîner avec une probabilité élevée des dysharmonies soient accompagnés d'avertissement, ou comportent une sorte de signal préalable nous informant du risque de dérapage. Qu'est-ce qui nous fait par exemple confusément mais nettement sentir que quelque chose n'est "pas bien", surmoi mis à part ? C'est ainsi que l'expérience, avec la mémorisation de nos erreurs et de nos réussites, agit en nous, et nous amène à développer un sens de la mesure qui est un sens de ce qu'il ne faut pas faire (ou de ce qu'il faut faire) pour éviter de tomber dans le dysharmonieux par excès ou défaut.
Il est étonnant, ce phénomène, car le strict hasard exigerait (nous semble-t-il) que nos expériences soient faites sans qu'elles nous servent de leçon, le pourcentage de celles allant (par hasard, s'il n'y a que lui) vers l'harmonieux restant la même en cas de répétition de telle ou telle expérience de vie. Or·ce n'est pas le cas. Le hasard semble faussé à ce niveau (par quel effet ?) lorsqu'il laisse s'établir une harmonie de type non totalement spontané et non totalement volontaire, ce qui nous paraît ressembler à de "l'assistance". Ceci qu'il y ait (ou non), comme F. Jacob le suggère "sélection de certains synapses disponibles" se combinant en circuits fonctionnels dans le mécanisme "d'apprentissage" ("Le jeu des possibles"). Il est, en tous cas intéressant de comparer ces phénomènes psychiques (remords, expériences mémorisées, sens des limites à ne pas franchir... ) aux mécanismes autorégulateurs (l'auto organisation est le centre de toutes sortes de travaux, et pour cause, là est le mystère !) de type "feed-back" (auto-information, avec boucle de rétroaction ) de la cybernétique, la science des robots et de l'intelligence artificielle la plus moderne, celle qui s'éduque elle-même, en pensant qu'il pourrait, comme mentionné dans notre introduction, s'y ajouter un "feed-forward" encore plus étonnant, puisqu'il présenterait des objectifs à rechercher volontairement, (ce qui conduit aux boucles de "pré action" déjà mentionnées, avec une - apparente, puisque décidée par nous-mêmes, - limitation de notre liberté).
Nous programmons les systèmes de conduite des robots en leur fixant à l'avance des limites qu'ils apprennent à respecter en les reconnaissant par expérience, par enregistrement d'informations en "feed-back", tout comme cela se passe pour nous-mêmes, ou se passe pour des animaux qui subissent un petit choc électrique s'ils tirent sur la manette interdite et voient au contraire un sucre tomber s'ils tirent sur la bonne pour apprentissage (- en fait cela va plus loin encore puisque les techniques cybernétiques les plus modernes permettent aux robots d'apprendre à apprendre). De là à imaginer que nous pourrions avoir été ainsi "programmés" nous-mêmes, ainsi "assistés" pour aller, par le biais d'un, grâce à un, (par la grâce d'un ?) feed-forward, vers plus d'harmonie, il n'y aurait qu'un petit pas que nous serions bien un peu tentés de faire si nous n'étions a priori aussi férocement prévenu contre toute explication autre qu'aléatoire. C'est que ce “feed-forward” là est difficile à concilier avec le déterminisme, lequel implique une "nécessité" totale, liée à des "causes passées" (et non “futures” !), aussi bien qu’à concilier 'avec un chaos, qui , lui, implique une totale absence de "nécessité". Les deux étant d’ailleurs, et très paradoxalement, fort intriqués dans de nombreux domaines y compris les mathématiques (cf., p.ex.:"Dieu joue-t-il aux dés?" de Ian Steward, Flammarion 92)..!
C - L'harmonie psychique.
Que penser maintenant de cette harmonie apparaissant lorsque l'on parvient, seul ou en groupe, ou par nations entières, à faire régner avec l'aide de l'intelligence, de la confiance, de l'espoir, de l'optimisme et d'autres attitudes (dites positives) en tous genres ? Avec l'impression que ces attitudes auraient presque toujours une tendance à générer de l'harmonie car grâce à elles peuvent se voir augmentées les chances de réussite personnelle, peuvent s'établir une économie saine et florissante et la paix au lieu des querelles sanglantes, de la stagnation et des échecs que suscitent généralement une simple passivité et, a fortiori, la défiance, le pessimisme, la mésentente et autres attitudes dites négatives ? Lesquelles semblent avoir, elles, pour effet·de laisser les choses se dégrader infiniment plus (et infiniment plus vite) qu'on ne s'y attendrait tant l'entropie est facilement destructrice parfois... Curieux phénomène que celui qui permettrait d'augmenter l'harmonie par la seule disposition d'esprit dans laquelle on se place - disposition qui rejoint la thèse de notre dualité interne, d'ailleurs, toujours avec le personnage B découvrant cette fois à nos yeux les merveilles (ou le calme) de notre jardin d'Epicure tout fleuri au fond de nous-mêmes. Personnage nous poussant aussi, parfois, à garder confiance dans l'avenir malgré une adversité présente qui effraie notre personnage A, lequel a tendance à considérer ladite adversité comme sans plus de remède qu'il n'en voit à première vue.. L'espoir, c'est cela... Or tout se passe parfois, voire souvent, comme si le simple fait d'espérer (avec confiance) augmentait les chances de passer le cap difficile ! Que cela - qui est corroboré par d'innombrables témoignages- est troublant dans son irrationalité qui amène certains à faire état "d'ondes positives" à mettre en oeuvre par notre optimisme en fuyant tout ce qui ressemble à des "ondes négatives"!
On parle, en mathématiques, de jeux à somme non nulle. La logique voudrait qu'en face d'une situation de type dual, statique, les "plus" et les "moins" soient égaux, faisant ainsi une somme nulle (par exemple l'argent que l'un gagne est perdu par l'autre, si deux joueurs s'affrontent). Il s'agit assurément d'un accroissement nul de biens totaux (ou d'harmonie si on associe propriété de biens à une joie). Or il existe des jeux à somme non nulle, c'est-à-dire où tout le monde gagne simultanément sans qu'il y ait de perdant - avec donc un accroissement d'harmonie. C'est le phénomène inverse de l'entropie, (la néguentropie), d'une certaine façon.
L'explication fait, parfois, et même souvent, intervenir des éléments psychiques tels précisément que la confiance, l'optimisme et l'espoir (sans que l'on comprenne le véritable pourquoi du phénomène en seuls termes mathématiques) et c'est pourquoi nous proposons de parler d'harmonie psychique qui serait en fait une harmonie potentielle transformable en harmonie réelle par disposition psychique appropriée. Pour que tout devienne plus clair l'on pourrait faire appel à quelque chose comme l'existence de "réserves" d'harmonie présentes à l'intérieur même du système dans lequel nous évoluons - et où nous pourrions puiser (cela un peu comme l'homme a découvert qu'il existait des réserves de produits pétroliers sur lesquels il suffisait de se brancher correctement pour en tirer avantage). Mais là tout reste à l'intérieur de notre monde mental. L'attitude psychique, selon qu'elle serait positive ou négative, aurait le même effet que l'action de "se brancher" sur (ou d'ignorer) les réserves en question.
Cela paraît bien un peu fantaisiste, mais il n'est pas si facile d'imaginer un autre type d'explication - qui n'est pas sans rappeler par certains côtés la continuité matière-esprit et les phénomènes psychosomatiques dans la mesure où on mettrait en contact là aussi du réel avec de l'irréel, on les "brancherait" l'un sur l'autre. Ceci "marcherait" selon un processus qui n'est pas sans un début d'explication possible, que R. Chauvin ("Biologie de l'esprit") nous paraît avoir le mieux entrevue : il se demande, en substance, et la question nous semble très forte, pourquoi l'ADN, qui est bien le formateur du cerveau d'un individu, et le forme bien probablement, d'une certaine façon, à son image, ne lui aurait pas délégué une partie de ses pouvoir néguentropiques, assez phénoménaux, il faut bien l'admettre !
La confiance en l'existence d'une solution à un problème existentiel difficile, la volonté, l'espoir (ne saurait-on même dire le simple choix de telle ou telle attitude mentale ?) ne seraient-ils alors pas programmant "en retour", selon des mécanismes à la fois inconscients et inconnus de nous? Cette attitude mentale aurait alors bien une partie des mystérieux pouvoirs qu'a en effet dû avoir l'ADN pour réaliser ses exploits constructifs (en fait il s'agit du "système adénique" dans son ensemble comprenant enzymes, ARN, ribosomes etc..). Exploits que l'on peut difficilement, dans ce contexte, ne pas rapprocher de la psychosynthèse qui sous-tend la logoactivité positive, psychosynthèse elle même fort proche d'une authentique psychogénèse (authentique parce qu'il pourrait bien y avoir création, ne serait-ce que de nouveaux circuits neuronaux, ou extension de réseaux déjà en place, si ce n'est même apparition d'éléments neuronaux nouveaux !).
De sorte que, du "système adénique" au "système psychogénétique" il n'y aurait qu'un petit pas à franchir, que les adhérents à l'idée de "Genèse transcendantale" n'hésitent pas, eux, à franchir, et qui nous donne à nous, à tout le moins, "matière à pensée" (J.P.Changeux).
C'est bien probablement à un niveau sub-atomique que les choses
"sérieuses" se passent. Et ce sont cette fois les physiciens (J.
Charon : " L'esprit et la relativité complexe " Albin Michel 1983,
Stéphane Lupasco "L'énergie et la matière vivante" Ed. Julliard,
M.Cazenave, Costa de Beauregard etc..) qui sont les chefs de file les plus à
même de prolonger les intuitions de R. Chauvin, H. Laborit étant sans doute
très près aussi par son approche des niveaux d'organisation de type
cybernétique ("Dieu ne joue pas aux dés" Seuil 1987). Nous
reviendrons sur ces auteurs qui sont indubitablement à la pointe de la
recherche psychophysique fondamentale, faisant notamment jouer un nouveau rôle
aux électrons (rebaptisés "éons") qui se voient attribuer des vertus
étonnantes chez Jean Charon, comme chez tous les gnostiques, d'ailleurs.
L'électron n'apparaît-il pas déjà comme étant un trou noir, pour ce qui
l'entoure en dessous de 10 puissance moins
Pour faire retour à notre image des réserves d'harmonie (l'harmonie potentielle sus-mentionnée), que seraient alors l'énergie et la santé psychique, si une telle santé ou une telle énergie existent, sinon la faculté de puiser dans les dites réserves ? Quel meilleur moyen y aurait-il pour l'acquérir cette éventuelle énergie que·de s'efforcer d'avoir un optimisme à toute épreuve, une confiance totale en l'avenir (ce qui n'est nullement hors de nos possibilités dès lors que nos chances objectives n'apparaissent pas excessivement faibles, ou que l'on ne se limite pas au monde tangible, ou à celui qui constitue le paysage mental des réductionnistes de diverses obédiences, ceci sous réserve de petites conditions bien probablement tout de même)...
Les sportifs connaissent parfaitement ce type de phénomène dans leur domaine, les médecins aussi (pour leurs malades) lorsqu'ils considèrent que garder un bon moral est préférable au découragement pour ce qui touche aux chances de guérison... Les économistes, enfin, l'ont particulièrement bien compris, notamment en matière d'investissement, élément indispensable à tout progrès économique, mais élément nécessitant absolument confiance, espérance et optimisme. C'est qu'en économie aussi (domaine au demeurant peu abordé en matière de psychothérapie, où l'on ne souligne pas assez le rôle·de l'argent -ou du manque d'argent- dans certaines névroses : Bien des dépressifs à qui l'on ferait gagner "un gros lot" retrouveraient bien vite le goût de vivre, et bien des blasés trop gâtés ou de richissimes mégalomanes paranoïaques tout à coup appauvris et devant “descendre à la mine” retrouveraient tout leur équilibre..), en économie donc, aussi, tout se passe comme si les réserves d'harmonie potentielle devaient volontairement être "branchées" pour que tout marche bien. Et ceci encore plus lorsque les temps deviennent hostiles, ce qui est naturellement encore plus difficile: avoir confiance quand tout va mal est infiniment plus ardu que quand tout va bien !
Le climat psychologique est l'élément clé de l'économie, nul ne le conteste plus depuis la généralisation du papier monnaie, monnaie dite “fiduciaire” - le terme en dit long sur le rôle de la foi (non religieuse) jusqu'en économie! On est, dans ce domaine, passé au "psychosomatique" généralisé mais on n'est pas très sûr de pouvoir maîtriser le système faute d’être suffisamment allé au fond des choses, c'est à dire, en l'occurrence, faute d'avoir suffisamment pris en compte les éléments psychologiques entrant en jeu. Et il a fallu la cruelle expérience de la grande dépression des années trente pour y voir plus clair dans les lois (empiriques) qui sont à la base du phénomène en économie de marché. Qui n'a entendu parler du New Deal aux USA, effort de remise en route de l'économie pendant cette grande crise ?
Les économistes savent le rôle qu’a joué le phénomène de
"pump-priming" (amorçage de la ”pompe”) qui a permis de sortir de
La confiance revenue, l'eau de "l'économie harmonieuse" a coulé presque toute seule du réservoir ainsi siphonné par le retour à la confiance et à l'optimisme. Un pas de plus avait bien été fait par rapport au progrès du papier monnaie même si ça avait été bien un peu "en tâtonnant" grâce à Roosevelt et à Keynes. Nouveau progrès, puisqu'il s'était agi non seulement de générer de l'harmonieux, comme dans le cas de jeux à somme normalement nulle qu’il s’agit de rendre à somme positive, mais de sortir d’une spirale constamment descendante, “jeu” de type itératif devenant tout seul de plus en plus à somme négative.
Un autre exemple classique est celui du gâteau (en fait, de la masse de biens et de services divers) à partager. Si on se dépêche de tout partager, tout de suite, dans un climat de faible confiance en l’avenir, en se disant que “un bon tien vaut mieux que deux tu l’auras”, chacun n’a qu’une petite part. Si par contre on sait (et peut, bien sûr) attendre, si on sait investir une part dudit gâteau au lieu de le consommer en entier tout de suite, et que l’on exprime ainsi une confiance dans l’avenir (et dans les autres), c’est un gâteau bien plus grand que ce que l’on aurait jamais pu espérer que, sous certaines conditions, tous se partagent - sans que sa croissance soit illimitée d'ailleurs. Tout le monde y aura donc gagné à cette·"majoration d'harmonie" ayant résulté de la coopération et de la capacité à savoir utiliser l'avenir, et à faire cet acte de foi, ici seulement économique.
Mais il a une toute autre portée, cet acte: il débouche sur la
probable signification profonde de cette opération énigmatique qu'est l'investissement,
sans lequel il n'y aurait guère eu de progrès réalisé depuis l'aube des temps,
quelles qu'eussent pu être les motivations de gain et l'avidité des partenaires
économiques par ailleurs : L'investissement suppose quelque chose de
virtuellement bénéfique quelque part en arrière plan, ou en "arrière
temps", quelque chose de parfaitement existant tout en étant irréel, et
quelque chose de lié à la foi en son existence !. Ce qui nous parait ouvrir
quelques horizons tant extra matérialistes qu'extra déterministes... Mais les
opérations correspondantes ne vont pas sans quelques conditions préalables à
respecter, semblerait-il, cependant, dont un sens de la mesure que les
financiers de
Confiance, croyance, espoir (dans l'existence d'une solution non chaotique en toutes circonstances face à toutes sortes de problèmes) toujours ces mêmes substantifs sous des formes diverses à l'origine de tout ce qui permet de réussir, de décoller, de s'épanouir ou se sortir de mauvais pas... Sans autre "providence" que nous-mêmes, notons-le bien, car il est probable que le "réservoir d'harmonie" est surtout dans la tête de chacun et de tous ! Notamment sous la forme de cette intelligence qu'est le souci de l'harmonie, s'opposant à nos pulsions primaires qui ne savent guère que "ficher la pagaille". Sans autre providence, donc, mais avec cette "providence" là, notons-le tout de même !
Pour ce qui est des pessimistes, des négativistes, des craintifs, il en va de même, apparemment - mais le problème est encore plus difficile à résoudre car pouvoir faire preuve d'optimisme, c'est supposer que les obstacles, notamment s'ils sont de nature psychologique, ne sont pas trop élevés. On se heurte autrement au problème de savoir comment "faire boire un âne qui n'a pas soif", l'individu ne croyant plus suffisamment en ses chances pour "vouloir encore qu'il veuille" et personne ne pouvant alors, sauf exception, l'entraîner dans un mouvement de "libations".
La confiance de type religieux n'est évidemment pas à la portée de tout le monde, et est beaucoup trop débilitante aux yeux de nombre de nos contemporains, et on les comprend, mais par la confiance dans le monde et les "ondes positives" intenses qu'elle génère le plus souvent, qui peut nier qu'elle constitue une source d'énergie psychique considérable, un "pump-priming" de tout premier ordre avec effets positifs flagrants dans beaucoup de cas, et peut aider ceux qui y ont accès à faire face, avec le maximum de chances d'en souffrir le moins possible, aux pires épreuves de la vie ?. Elle peut même permettre, seule avec quelques idéologies vécues très positivement, de mourir avec joie, tout comme meurent ainsi en chantant ceux qui le font en ayant foi en une cause qu'ils estiment juste.
Cas extrêmes évidemment. Mais il reste que tout cela donne à réfléchir sur l'importance du phénomène foi, sur les avantages qu'apporterait au monde son extension sur un mode non religieux, mais néanmoins tout aussi "prenant" psychologiquement, et sur la triste condition dans laquelle se trouveraient des terriens dont la confiance dans le monde harmonieux et signifiant serait de plus en plus exclue, sous l'influence de tout ceux qui, en criant "Dieu est mort", ou en se ralliant à cette opinion, ont e