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J e a n P i
e r r e A l a i n F A Y E I N
T R O D U C T I O N A
L A P S
Y C H O E C O L O
G I E UNE PROPOSITION D'ELARGISSEMENT DE L'ECOLOGIE
TRADITIONNELLE VERS UNE ECOLOGIE
PERSONNELLE A PORTEE POLITIQUE ET SOCIALE |
"Former les esprits sans
les endoctriner. Les enrichir sans les asservir. Les
armer sans les enrégimenter "
"Pour assurer une paix
durable, rien ne vaut l'éducation. Une éducation résolument orientée vers la
paix doit être au cœur de notre action"
" L'éducation, cette
deuxième mère...."
"D'aucuns diront que des
générations nouvelles élevées avec amour et dans le respect de la
pensée, ayant de bonne heure ressenti les bienfaits de la
culture, la ressentiront comme leur bien propre et
seront prêtes à lui consentir les sacrifices en renoncement aux satisfactions
de l'instinct nécessaires à son maintien. Ils diront que s'il n'y a
pas eu jusqu'ici des foules humaines d'une qualité pareille (dans aucune
civilisation) c'est parce qu'aucune n'a encore su prendre les dispositions
susceptibles d'influencer les hommes de cette manière, et cela dès leur
enfance.
On peut douter qu'il soit
jamais possible, ou du moins déjà de nos jours dans l'état présent de notre
domination de la nature, de prendre de telles dispositions. Mais on ne pourra
contester le grandiose de ce plan, ni son importance pour l'avenir de la
civilisation humaine.
Il repose certes
sur cette juste intelligence psychologique:
l'homme est pourvu de dispositions
instinctives les plus variées et les événements précis
de l'enfance impriment à celle-ci leur orientation définitive.
Un certain pourcentage de l'humanité - en
vertu d'une disposition pathologique
ou d'une force excessive de
l'instinct - restera sans doute toujours asociale, mais si l'on parvenait
à réduire jusqu'à n'être plus qu'une minorité la
majorité d'aujourd'hui qui est hostile à la culture on aurait fait
beaucoup, peut-être tout ce qui se peut faire.
PRE-INTRODUCTION DESTINEE AUX
EDUCATEURS
CONSCIENTS DE L’IMPORTANCE DE LEUR MISSION
"
Comme si chacun n'était pas libre de mener sa vie à sa guise, sans avoir à suivre un quelconque "mode d'emploi", avec ce que cela sous-entend de plus ou moins obligatoire !
Reste que derrière cette idée de "mode d'emploi" aussi accrocheuse qu'apparemment farfelue se dessine le problème de fond de toute éducation: vers quoi conduire (e-ducere en latin) les très jeunes (et vers quoi inciter les un peu moins jeunes à se conduire eux-mêmes, si l’envie leur vient de s’intéresser à la chose) si l'on ne se réfère pas, pour cette éducation (qui doit fatalement être appelée quelque peu "formative" car elle proposera, voire déterminera les valeurs et les choix de vie ultérieurs) à quelque chose d'au moins "préférable", qui, parfois, sera même quasi- obligatoire (au sens de : "sous peine de déclenchement de troubles et de dysfonctionnements difficilement prévisibles en l'absence de mise en garde préalable).
Ce qui se rapproche bien d’une sorte de “mode d’emploi” - qui comporte en général quelques risques si on ne le suit pas - à présenter et à expliciter par l’éducateur spécialisé. Lequel se situe à mi-chemin entre l’enseignant (qui peut se limiter à la transmission de connaissances) et le parent (qui doit contribuer à la structuration psychologique du jeune).
Une éducation moderne digne de ce nom ne peut avoir d’autre objectif que de permettre au jeune d'accéder à l'autonomie dans l’équilibre, et à la force dans le respect d’autrui. Noble tâche, qui doit aboutir à des adolescents, puis à des adultes, capables de se donner à eux-mêmes des lois (certes personnelles) rationnelles en plus (et parfois au lieu) de suivre des pulsions internes, largement biologiques, ou des pressions -ou sollicitations - externes n’allant pas toujours, voire pas souvent, dans le sens de l’intérêt du destinataire des susdites, ni forcément non plus de celui de la société.
Cette autonomie rationnelle est donc l’objectif à rechercher, peu le nient. Mais si tout le monde est bien d'accord, au nom de la liberté, sur la nécessité de faire prendre au jeune ses distances vis à vis des croyances et influences extérieures et de développer son esprit critique, bref d’accord sur le préfixe : "auto-" qui, dans “ autonomie”, libère, est tout à fait indispensable, et a fort bien été souligné et explicité par tous les penseurs modernes, il est bien plus difficile de mettre en place chez lui le (tout aussi indispensable, mais infiniment plus rarement étudié, et encore plus rarement souligné) suffixe "-nomie" relatif à la loi (personnelle !) qui impose (ou interdit) de faire ce que sa raison lui conseille (ou déconseille) - pour peu qu’il y réfléchisse assez clairement ! Suffixe qui conduit à la nécessité d’aider le jeune à se construire un système de valeurs, puis, dans un souci d’équilibre et de logique interne, de l’amener à agir autant que faire se peut en conformité avec icelles. Ce qui exige un minimum de “caractère”. Et même, ô horreur, de discipline !
O horreur ? Nullement, car c’est seulement d’un minimum (en général) d’AUTODISCIPLINE qu’il s’agira, et cela devient une tout autre affaire ! Mais cela n'en sera pas moins sans poser quelques petits problèmes, car il sera nécessaire de proposer a l’intéressé (nous allions presque dire “ordonner au patient” tant l’idée d’une similitude avec une “ordonnance”, dans son intérêt, se présente !) de passer de sa “loi interne” automatique, lui disant très haut et très fort de faire ce qu’il a envie de faire, à une loi d’apparence quelque peu externe malgré tout, à forts relents de “devoir” (ô re-horreur ! ) , lui disant à voix basse (ô combien !) de ne faire que ce que sa réflexion aussi éclairée que possible lui présente sur un plateau rarement aussi appétissant que le premier qui s’était présenté !
Impératif (rationnel, mais nullement “catégorique”) qui, dans les cas de divergence avec la pulsion primitive, ne déplaira guère moins du fait qu’il sera librement élaboré et (théoriquement) consenti. Impératif qui est de toutes façons infiniment difficile à respecter si la volonté n’est pas au rendez-vous. Et cela même si l’on sait que ce n’est finalement rien d’autre que la sagesse, seule voie sûre vers un bonheur durable - ce dont on se contrefiche, ou à peu près, à ces âges !
Ainsi c’est bien à la présentation (puis à l’inculcation) d’une sorte de "mode d'emploi de vie" que s’attachera tout éducateur (et, incidemment, tout parent) responsable et conscient du fait qu'il a une mission de type un peu sacré à remplir.
Cet éducateur, ce parent, il va lui falloir essayer de convaincre le jeune "utilisateur de la vie" du bien fondé de ce qu'il lui aura doucement mais fermement suggéré de "prendre en compte" de "respecter", voire parfois de ne "surtout pas transgresser" ce que l'on appelait autrefois d’un terme qui n’est absolument plus de mise aujourd’hui : un “sens du devoir” (re-horreur !).
Plus de mise et c’est tant mieux dans la mesure où ce mot était chargé de contraintes - et d’interdits - plus ou moins abusifs (et avait une connotation de rigorisme) découlant de croyances ou de coutumes parfaitement contestables.
Plus de mise et c’est tant pis, dans la mesure où a été trop souvent jetée avec lui beaucoup de (voire tout) ce qui relevait du sens civique, du sens social, et du sens des valeurs personnelles (ne parlons même pas de la politesse ou du respect des aînés, nous nous sentirions vieux jeu, et de toutes façons cela reste un peu annexe).
Mais si l'on refuse les "dogmes auxquels croire sans rire"(H.Atlan), dogmes qui pourtant facilitaient bien jadis le problème de l’éducateur, évidemment (mais au prix d'un enrégimentement idéologique), comment éviter de voir le jeune tomber dans un relativisme à forts relents de scepticisme, où rien ne vaut parce que tout se vaut, et où toute notion d’autodiscipline encore elle, mais là est le mot-clé) devient incompréhensible ? Ce qui, plus souvent que rarement, conduit soit à un individualisme hédoniste plus ou moins forcené (avec soumission à des pulsions primaires ou à des tendances caractérielles parfois violentes et bien nocives pour tout le monde, à commencer par l'intéressé, et carence - voire absence - tant de sens de la mesure que de sens social - voire même d’humanisme, notamment devant l'attrait de l'argent ou la volonté de puissance sur les autres) soit, dans d'autres cas, ou les mêmes, risque d'aboutir à une sorte d'auto destruction des psychismes par plaisir .
C'est à cette bien délicate tâche de la nécessaire structuration sans enrégimentement des psychismes juvéniles vers la force tranquille et vers l'harmonie, en place et lieu de ce qui les attend trop souvent (si rien n’est fait pour eux) à savoir soit l'anarchie déstructurante soit la "structuration de travers" que s'attelle la psychoécologie.
Elle relève ainsi, assurément avec un bel optimisme, le véritable défi de société que constitue la difficulté d'éduquer de plus en plus d'enfants et d'adolescents, lesquels ont de moins en moins de sensibilité face à l'autorité parentale (quand elle est encore là), et face à celle sociale (qui se délite), et n'en ont pas encore assez face à celle de leur raison (quand elle est suffisamment développée, développement qu’il s’agit précisément d’assurer).
La psychoécologie le fait en se référant en toile de fond (puisqu'il faut bien, tout de même, se référer à quelque chose) non à une idéologie (qui serait fatalement enrégimentante), mais à un état d'esprit : celui "Peace and Love" des hippies californiens des années 60. Esprit qui est celui de bien des gens calmes et doux, mais aussi celui de bien des hindous, outre celui de divers "Écolos" soi-disant utopistes ou illuminés alors qu’ils ne sont que les intelligents organisateurs de l’avenir.
Cette" psyécologie" sera fondée sur l'idée qu'il y a, pour des raisons non pas morales, mais de simple santé psychique, toute une "auto-écologie" à développer avant (ou en en prolongement de ) l'écologie traditionnelle, et même de la - plus récente - écologie sociale (qui elles ne s'intéressent qu'à "l'extérieur"). Auto-écologie qu'il faudra bien d'abord (si l’on accepte notre analyse) enseigner au jeune avant qu'il ne se l'impose (mais oui!) sous forme de règles (mais oui!) à bien connaître et à suivre, et qui auront, au demeurant, rarement à être très contraignantes, et encore moins insupportables.
“Mode d'emploi de vie“ qu'il saura alors pourquoi il vaut mieux le suivre que le transgresser, puisque l'éducateur (trice) le lui aura expliqué ! Avec des "impératifs" qui, pour ne plus être catégoriques, n'en paraîtront pas moins pratiquement fortement indicatifs, parce que raisonnablement (et parfois même quasi métaphysiquement) fondés ! Tout en étant sans contrainte autre qu’en self-contrainte !
Un “apprentissage du devoir” (qui, pour nous, ne saurait être que du devoir d’harmonie !) a certes toujours été pratiqué envers les enfants depuis la nuit des temps, dira-t-on sans doute, et alors où est la nouveauté ? Elle réside dans le fait qu’il y a de moins en moins (et de plus en plus souvent plus du tout) d’ ”éléments” assurant, par famille ou par environnement interposé, cet apprentissage, pour ne pas dire qu’il y a de plus en plus d’“éléments” assurant un contre-apprentissage du dit devoir ! La lecture, par exemple, cet “exercice” si enrichissant par l’effort de participation qu’il exige, se voit délaissée pour le - passif, et donc bien moins formateur - spectacle (le mot est révélateur de la passivité dénoncée) télévisé. Il convient donc de prendre en considération cette situation, qui ne va assurément pas en s’améliorant.
Sur le plan pratique, deux approches éducatives seront donc simultanément proposées, l’une purement psychologique, l’autre civique et sociale. S’y ajoutera, pour des raisons qui seront abondamment explicitées, une approche qui pourra être qualifiée d’”existentielle”, et qui aura la plus grande importance à nos yeux.
Cet ouvrage sera donc d'abord destiné à éclairer - évidemment pas à éduquer ! - les éducateurs, (et les parents perplexes, ou dépassés par les événements) et à leur donner quelques uns des outils conceptuels susceptibles de leur permettre d'inciter les jeunes à venir à cet esprit "Peace and Love", des vertus duquel il est bien difficile de douter dès lors qu'il est débarrassé de ses composantes un peu trop "stupéfiantes" développées à son origine californienne dans les années 60 , et que s’y ajoutera, dès qu’il seront en âge, un engagement social et politique aussi sérieux que possible (côté cœur, évidemment !).
Grande sera donc leur mission ! D’autant qu’elle seule sera à même de résoudre nombre de problèmes de société, notamment ceux posés par la montée de la mondialisation financière !
Cette mission, dès lors, ils ne devront pas craindre de l'entreprendre avec ferveur, et même avec enthousiasme ! En ne craignant pas de taxer de défaitisme tous ceux qui les traiteront d'utopistes.
Ces éducateurs seront, en fait, les gagnants de la vie, et ceux qui les railleront n'en seront que les "losers”.
L’auteur (*)
*Praticien diplômé (en 1964)
de
PLAN DE L'OUVRAGE
LIVRE 1
Introduction : le fond philosophique du projet psychoecologique
De la réflexion à l'action psychologique
Considérations psychoimmunothérapiques annexes
LIVRE 2
Psychoécologie politique et sociale : Le Mouvement BLUEPEACE
Vers une écologie transcendantale : L'écologie spirituelle ou l'option spiritualité laïque
INTRODUCTION
LE FOND PHILOSOPHIQUE DU PROJET PSYCHOECOLOGIQUE
Gregory Bateson, anthropologiste de belle renommée est, à notre connaissance, le premier à avoir fait percer le bourgeon de la psychoécologie en écrivant son - fort difficile - ouvrage intitulé : "Vers une écologie de l'esprit". Surprenante écologie que celle là ? Pas si l'on se réfère à la définition extensive qu'en donne le Pr Minkowski: "Science de l'homme dans son milieu naturel et inter humain" !
Ce qui peut inciter à inclure l'esprit (et, à tout le moins, le psychisme) de l'homme dans cette écologie.
Prenant le relais de Bateson, Félix Guattari, un des pères de la psychiatrie non institutionnelle et analyste de quelque renom depuis le célèbre "Anti-Oedipe" avance, dans son petit ouvrage intitulé "Les trois écologies", livre fort clair et d'accès très aisé, le terme d'écosophie pour évoquer une·sagesse écologique qui inclurait la sagesse personnelle. Laquelle sagesse ne va pas (non plus que dans le cas de Bateson) sans quelque relation avec l'idée que l'on peut se faire d'une psychologie (voire d'une psychanalyse) écologique, même si personne n'a encore, à notre connaissance officialisé le rapprochement, un tantinet audacieux de ces deux termes. Cela dans une perspective (pédagogique) d'élaboration, chez les jeunes, d'une vie psychique basée tant sur le respect que sur la reconnaissance de devoirs envers leur nature profonde et envers celle des autres !. Avec tout le nécessaire recul vis à vis d'un monde s'enfonçant de plus en plus dans l'économique, la production, la surconsommation et l'aliénation au principe de rendement et à la technicité sans plus guère savoir ce que "poésie - ou simplement qualité - de la vie" (et si c'était finalement, même, une vraie vie?) peut bien vouloir dire....
Cela selon des schémas si puissamment dénoncés, et depuis longtemps, par K.Jaspers ("Philosophie", "La situation spirituelle de notre temps" etc..), puis, plus récemment, par E.Fromm ("Man for himself", "Escape from freedom", "Avoir ou être" etc...), ou I.Illich ("La convivialité"), pour ne citer qu'eux. Eux qui s'attacheront à combattre le sur développement des sociétés modernes aussi bien que le sous développement des sociétés du Tiers Monde. Ce qui, implicitement, laisse imaginer qu'il existerait, à l'échelle planétaire, un optimum de développement à atteindre, mais à ne pas dépasser (notamment pour éviter une trop dommageable perte de liberté individuelle). Optimum vraisemblablement lié à un "optimum démographique", bien peu le nient. Optimum qui serait plus facilement atteint de part et d'autre si les pays sur-développés acceptaient de transférer plus de richesses qu'il ne le font vers les sous-développés, évidemment.
Cette écosophie nous a semblé s'imposer dans le cadre plus vaste d'une psychoécologie et c'est l'esquisse de cette dernière que nous soumettons ici à votre réflexion, en précisant d'avance que nos thèses ne recoupent que partiellement (et vont aussi plus loin que) les idées des auteurs précédemment mentionnés. En outre, il nous semble que nous innovons à peu près totalement dans notre proposition de mettre en oeuvre par voie pédagogique une action préventive en parlant d' "immunisation psychologique". Innovons aussi en tentant de dégager dans le cadre de la dite tentative psychoimmunologique une psychobioéthique au titre d'une "écologie personnelle". Sans chercher le moins du monde à jouer les “Monsieur Propre": laissons cela aux esprits courts "bien pensants" en quête de "Réarmement moral". Nous sommes, au contraire, nous, en faveur des désarmements.
Y compris en faveur d'un "Désarmement moral", débouchant sur une parfaite liberté - parfaite, mais aussi éclairée et responsable que possible, et dès lors passablement
auto-disciplinée! - de mœurs.
Cette "psychobioéthique" sera en bonne partie une "morale sociale" axée, comme l'était jadis le Confucianisme, sur la vertu d'humanité (c'était le "jen") et sur l'équité ( le "yi" ). Ce qui ne sera pas sans incidences politiques, et l'on se retrouvera aux confins d'une psychanalyse socio-politique, pouvant paraître nous ramener (mais dans un tout autre esprit) au Marcuse d"Eros et Civilisation", tout imprégné de la pensée de Ch.Fourier, ce génial précurseur (hélas bien brouillon ! ). Précurseur qualifié de "socialiste utopique" qui était très imprégné, d'une spiritualité laïque fort peu connue, spiritualité que Marcuse laissera complètement au vestiaire ( alors que le confucianisme l'avait en partie prise en compte).
Marcuse, qui, ( hormis peut être Sartre, et, dans un tout autre
genre, le St Augustin de
Nous tenterons, nous, une approche liée à une interprétation non strictement matérialiste, très jaspérsienne, de la pensée de Spinoza qui est à coup sûr, avec son "Ethique" - en fait une proposition de libération existentielle plus qu'une éthique - le premier (mais Platon n'allait-il pas déjà dans ce sens, qui pourrait bien être celui du véritable humanisme?) à avoir proposé de laïciser le salut religieux en un simple itinéraire intellectuel et spirituel vers une santé psychique. Itinéraire qui serait recommandé pour tout un chacun (cela un peu comme l'était en Orient le Tao - terme signifiant: voie, voie qui était, à l'origine, plus philosophique que religieuse).. Itinéraire laïc qui, par sa généralisation ( à réaliser pédagogiquement) est probablement seul susceptible de sérieusement ré harmoniser la société planétaire, les approches strictement politiques, et notamment celles fondées sur le matérialisme historique, ayant montré leurs limites, et les gouvernements, même les plus à gauche, se retrouvant désormais pratiquement soumis aux impératifs de l'économie mondiale de marché, entendons aux volontés des groupes financiers (et de leurs actionnaires) les plus puissants.
Ce contre-pied "spino-jaspèrsien" de Marcuse, nous
le tiendrons tout en conservant le souci marcusien (qu'il partage avec Fourier
et Sartre) de lutter avec la plus extrême vigueur contre les fascismes en tous
genres (donc contre les exploitations de l'homme, de la femme et de l'enfant)
qui subsistent un peu partout, même si c'est sous des formes de plus en plus
sournoises (voire indolores !). Par ailleurs, nous nous rallierons à certaines
de ses thèses sur le rôle libérateur d'Eros (qui, pour nous, peut comporter une
composante spirituelle!) dans le processus de désengagement face à une société
occidentale (plus oppressante que répressive, à nos yeux) et en tout cas bien
trop injuste pour les plus faibles, malgré de grands progrès et de grands
efforts de la part d'hommes généreux. Bien trop inféodée, aussi, - et inféodant
- au principe de rendement, au principal profit des privilégiés de la fortune,
qui le nierait sinon ces derniers !Enfin, à la différence de Marcuse, nous ne
contesterons pas tout dans le système capitaliste, ( encore moins dans celui
semi-capitaliste d'économie mixte tel que le connaît encore - un peu - pour
quelque temps
La branche que nous tentons d'isoler et de cultiver prendra-t-elle un bel essor? Donnera-t-elle ensuite de nouveaux bourgeons robustes?
Parviendra-t-on, par exemple, à générer une "psi-économie" nouvelle, améliorant même l'économie mixte de marché? La "psi-écologie" sera-t-elle, un jour, reconnue comme matière à enseigner prioritairement, tant dans l'intérêt des enfants que dans celui de la société future?
Y aura-t-il une "auto-analyse écologique" systématiquement mise au programme des institutions du secondaire en complément d'un enseignement de l'écologie, de la psychologie élémentaire, de l'action humanitaire et de l'histoire des religions, matières dont l'enseignement est présentement envisagé avec raison?
Nous l'ignorons à ce stade, mais, en tel cas, cet enseignement, s'il s'inspire de nos propositions, sera, en fait, très largement, celui de la sous-branche "psychologie existentielle", parfois appelée aussi "psychanalyse humaniste" . Analyse qui s'attache à rendre conscient tant de l' instinctif que du spirituel et non pas seulement de l'instinctif comme dans le cas de Freud.
C'est alors, outre les "très grands" Ludwig Binswanger, Erich Fromm,et Karen Horney déjà mentionnés, aux moins connus Victor Frankl, Abraham Maslow, Oskar Pfister, Roberto Assagioli et autres Rollo May, D. Laing, P. Bjerre et A. Maeder, pour ne citer qu'eux, qu'il conviendra de rendre hommage, tout imprégnés de religiosité, et notamment de christianité, que soient certains d'entre eux - mais est-ce toujours si facile d'échapper à cette influence dans notre monde occidental? Seul Sartre, l'inspirateur d'une variante originale de psychanalyse existentielle, liée à son "existentialisme" y parviendra de façon parfaite, mais ce sera au prix d'une sorte d'excès, symétrique, de sensibilisation au matérialisme dialectique, sans qu'il soit plus question de rendre conscient du spirituel, évidemment !.
Ce qui fera que ladite psychanalyse existentielle sartrienne (exposée dans "L'Etre et le Néant") n'aura, ni à nos yeux, ni à ceux de beaucoup d'autres, sinon plus rien d'existentiel (les mots n'ayant là que le sens qu'on veut bien leur donner) du moins plus rien de bien fécond, - néantisation oblige!. Elle aura toutefois fait un grand pas en avant par rapport à Freud, en soulignant le caractère irréductible de la liberté fondamentale - ou existentielle - de l'homme, mais d'une liberté sans fondement ni signification, puisqu'elle "se découvre dans l'angoisse comme l'unique source de la valeur, et le néant par qui le monde existe"! ("L'Etre et le Néant"). Fructueuse découverte, assurément, que celle d'un " néant par qui le monde existe" !
Découverte absurde qui a conduit tant de jeunes à l'idée que le monde était lui aussi absurde, alors qu'il est surtout mystérieux, ce qui est une toute autre affaire, laissant, (encore plus si l'on admet "l'absurdité de l'absurde": J.Guitton ), la porte ouverte non à telle ou telle religion dogmatique, mais au moins à du plein, du sens, de l'anti-néant, avec un tout autre impact psychologique!
Pour des raisons d'efficacité psychoimmunologique nous nous rallierons plutôt à Jaspers, le philosophe existentiel le plus positif à nos yeux, pour qui l'homme n'est pas, comme chez Sartre, "condamné" à la liberté passablement absurde supposée l'inciter à se dégager tout seul du vide, en construisant dessus (!), mais est, au contraire, bénéficiaire d'une liberté signifiante lui proposant de s'inscrire dans un ensemble pré harmonieux (à la construction duquel il participerait pour le rendre effectivement complètement harmonieux, en évitant les dysharmonies qu'engendre fatalement la non - ou la mauvaise - gestion de sa liberté et de ses pulsions ).
Dans l'expérience (l'imagerie) mentale que l'on a de cette liberté, cela change complètement le paysage, on s'en doute, et rapproche quelque peu tant de la psychologie analytique de Jung ( qui malheureusement va trop loin vers le mysticisme , nous semble-t-il) que de certains enseignements orientaux et hindous ( Sri Aurobindo, Ramana Maharshi, etc..). Restera à insister sur la nécessité, autant soulignée par un E.Mounier que par Sartre (et ce pour des raisons presque opposées) de donner à ladite liberté un caractère engagé et militant au service de valeurs humanitaires dans une perspective essentiellement antifasciste (au sens le plus large du terme, incluant tout ce qui est abus de pouvoir, de force et d'autorité dans absolument tous les domaines).
Ainsi c'est sur les Dr Jaspers et Adler ( philosophes - médecins! ) que nous nous appuierons le plus pour proposer aux éducateurs du futur, à titre psychoimmunothérapique au moins autant que dans une perspective pédagogique (avec des incidences politiques - au sens noble du mot ) un référentiel intellectuel ( et surtout pas une idéologie, cela sonnerait par trop totalitaire) destiné à un monde de jeunes qui, s'il n'est pas encore tout à fait déboussolé, n'en manque pas moins, visiblement, de boussole, et de repères - et pourrait bien être plus difficilement capable de s'en passer qu'il ne se l'imagine. Et nous le proposerons aussi, "dans la foulée", à tous ces adultes généreux qui, pour reprendre le mot de Jack Ralite, n'ont plus qu'une canne blanche pour les guider là où ils avaient un drapeau rouge porteur d'espoir, drapeau qu'il est à leur honneur de ne pas vouloir renier, mais drapeau dont ils voient bien les limites et la fragilité.... Et les dangers...
A ceux, enfin, qui seraient un peu étonnés de nous voir donner tant d'importance à la (psycho)pédagogie (qu'on l'appelle ou non psychoimmunothérapie) nous répondrons que cela est dû au fait que, pour nous, la question - plus qu'écologique - d'actualité: "Quel monde laisserons nous à nos enfants?" mérite d'être complétée, voire précédée, ou même remplacée par celle - plus typiquement psychoécologique -: "Quels enfants laisserons nous à notre monde? ".
Le lecteur pourra certes la trouver superflue, ou un peu idiote, mais nous lui demanderons néanmoins de bien la considérer : Voudra-t-il que les enfants deviennent des adultes intelligents et sensibles, libres et responsables, aimant la nature et ses créatures (humaines incluses) ou qu'ils aient, pour trop d'entre eux, de bonnes chances de devenir soit des "je-m'en-foutistes" soit, au contraire, des "boursouflés" - voire des "tuméfiés - psychiques" n'aimant que l'argent et (souvent alors) la puissance, plus “expansionnistes “ et productivistes que de raison, et risquant fort, ainsi, soit, côté gauche, de constituer de nouvelles nomenklatura sabotant les initiatives sociales les plus généreuses, soit, côté droite, de continuer à exploiter autrui comme cela s'est toujours fait, et (pour les deux "bords") de participer à la "défiguration", voir défigurer eux-mêmes la nature.
Avec Erich Fromm (en partie inspiré par Gabriel Marcel, auteur d'un intéressant ouvrage intitulé : "Etre et Avoir") nous pensons qu'il faut désormais choisir sur quel mode prioritaire nous avons à vivre, et donc vers quel pôle nous devons faire évoluer nos enfants: " Avoir ou Etre. Un choix dont dépend l'avenir de l'homme " intitule-t-il l'un de ses ouvrages ("Etre" sous entendant évidemment en ayant de quoi vivre fort aisément, mais sans beaucoup plus, et en étant parfaitement conscient de ce que nombre de personnes n'ont, hélas, d'autre issue que de lutter pour "avoir" juste de quoi survivre, et que dès lors pour elles le dilemme est: Avoir ou ne pas être! ).
Ce choix de mode de vie va très loin, qui oblige à se positionner existentiellement beaucoup plus précisément que nous n'avons coutume de le faire, et, sauf à la rigueur pour le nécessaire, l’utile et l’agréable intelligemment compris, il ne nous paraît pas possible de défendre le mode hypercompétitif et antagonistique "avoir", lequel , avec son corollaire: “faire” (bien plus que nécessaire!), dérape si facilement (pour peu que les circonstances s'y prêtent) vers l'excès de pouvoir des détenteurs de la puissance (essentiellement celle économique et financière). Sous couvert semi-idéologique ( lutte contre le chômage par exemple) le plus souvent d'ailleurs! Ce qui vaut certes mieux que l'excès de pouvoir politique de dictateurs sous couvert totalement “idéologique” (nationalisme ou autre) mais n'en reste pas moins un pis aller à dépasser, et cela est hors de portée de la seule action politique, même de la plus progressiste .
Le mode prioritairement "être" se trouve, lui, parfaitement compatible avec la plus parfaite joie de posséder des choses utiles et agréables. Il n’est nullement incompatible avec un droit à un (véritable) travail pour tous . Il nous semble la seule option harmonieuse envisageable, et devrait alors servir de référence, d'autant que lui seul a des chances de permettre d'accéder à un plein emploi planétaire pour un travail à temps réduit qui n'en serait pas moins suffisamment rémunérateur dans la perspective d' une société de "non-surconsommation" beaucoup plus sage que l'actuelle, en pays développé.
Ce choix ne saurait être éludé plus longtemps, et il implique,
avant tout une prise de recul vis à vis des soi-disant impératifs économiques
(lesquels, soit dit en passant, étaient déjà mis en avant pour justifier tant
l'esclavagisme que le travail des enfants!). Ce choix enfin, se rapproche de
celui des socialistes sincères pour qui, selon Ch. Andler, l'adoption du
socialisme est "une sorte de conversion quasi religieuse et l'apparition
d'une conception nouvelle de la vie et des rapports sociaux" (in
Dictionnaire de philosophie Lalande, rubrique "socialisme" ). Ce qui
s'applique en fait beaucoup mieux à "
Notre proposition de”troisième voie” ( déjà recherchée par E. Mounier et quelques autres) sera compatible avec l'économie mixte de marché si préférable à celle totalement libérale, économie que certains nomment socialisme de marché, et pourrait facilement s'inscrire dans le cadre d'une "écologie sociale", plus respectueuse de l'individu que ne l'ont jusqu'alors été les divers socialismes - et que ne le sont présentement certains écologismes intégristes à l'anti humanisme (de fait) assez remarquable .
Elle nous semble conforme à ce que souhaitaient tant Péguy que
Jean Jaurès lorsqu'ils écrivaient: "L'humanité n'est pas faite afin de
réaliser le socialisme, c'est nous au contraire qui faisons le socialisme afin
de réaliser l'humanité" (Péguy "Cahiers de
Il ne peut évidemment s'agir que de l'individu suffisamment éveillé au sens de ses responsabilités, de l'individu non individualiste, ou alors doté d'un "individualisme solidaire" (F.Brune),* donc de l'individu préalablement suffisamment correctement éduqué vers une "socialité" pour être suffisamment détaché vis à vis de ses pulsions primaires afin qu'il puisse prendre en compte volontairement les exigences de la justice, l'intérêt général (et aussi celui de la nature!) en plus du sien, voire, exceptionnellement, à la place du sien. Sinon il faudrait un gouvernement, fatalement fort et autoritaire, pour lui imposer, volens nolens, lesdites exigences et cette imposition, surtout en matière de solidarité, donne des résultats allant du très imparfait au catastrophique selon les secteurs, les pays, et les époques.
Le meilleur gouvernement étant théoriquement celui qui n'existe pas, c'est à dire celui - idéal - dans lequel les citoyens devenus pleinement responsables se gouvernent eux-mêmes harmonieusement (avec tout de même des institutions et des responsables chargés de gérer la collectivité, au nom d'un service politique analogue au service militaire, sans avantages particuliers risquant de satisfaire leur éventuelle soif de pouvoir, au contraire) il serait nécessaire de voir plus loin. Et de passer (progressivement) de l'élaboration des meilleures lois possibles - lesquelles, sauf cas de révolution assez peu souhaitable, ne feront pas disparaître les structures inégalitaires et injustes encore en place malgré de grands progrès (ayant probablement trouvé leur limite) - à "l'élaboration" des meilleurs citoyens possible, c'est à dire de ceux épris de justice et de solidarité, même si ce doit être à leur désavantage de privilégiés de la naissance ou de la fortune (lorsque tel sera le cas).
Ne reste donc comme ultime espoir que "l'éducation du
peuple" (éducation sociale fondée sur une éducation psychique, et du
"peuple" des jeunes, en fait le seul qui soit éducable) éducation
dont Proudhon disait précisément qu'elle est le préalable indispensable à la
démocratie et au pouvoir dudit peuple ( "
Ce sera certes une opération à long terme, mais que nous reste-t-il d’autre à faire qui, au vu des enseignements de l’histoire, aille réellement au fond des choses ?
Faute d'une telle éducation le risque sera de plus en plus grand de voir les objectifs profonds de la démocratie délaissés, car des stars médiatiques, des bonimenteurs (tantôt milliardaires, tantôt non, mais toujours un peu trop roublards) ou, ailleurs, des intégristes, ou, ailleurs encore, de benoîts et doctes représentants du monde de la grande finance recueilleront les suffrages au détriment des candidats sérieux et valables forcément plus pâles, et cela avec les dommages que l'on peut imaginer pour la collectivité !
Il nous semble que l'écologie sociale envisagée peut difficilement ne pas être l'objectif de tout être épris de liberté tout en étant respectueux d'autrui. Et nous pensons ( en paraphrasant quelqu'un) qu'elle se fera entre personnes éveillées à une certaine spiritualité ( ou à une certaine écologie de l'esprit - disons à une certaine psychoécologie...) les incitant à refuser de vivre sur le mode "avoir" et à le dénoncer haut et fort (en les opposant donc activement à l'expansionnisme tous azimuts qui correspond présentement à ce mode) pour prôner (et vivre sur) un mode "être" - ou qu'il ne se fera pas.
Ce mode "être" (à priorités non-économiques, mais n'excluant nul bien-être raisonnable, dans la simplicité et la convivialité, et impliquant donc une certaine "dépulsionnalisation" généralisée - mode pour l'interprétation duquel nous ferons quelques propositions aux côtés d'Erik Fromm et de divers autres) ce mode "être", donc, sera fatalement mal reçu dans une société évoluant très majoritairement sur le mode expansionniste "avoir", d'autant qu'il remet en question tant le sacro-saint principe de bonheur par le maximum de croissance et de progrès technique que les instincts, très profondément ancrés dans l'homme, de domination sur la nature et sur les autres, de puissance et d'appropriation de l'inutile coûteux. Ce qui fera passer les "psiécolos" de demain, (qui seront surtout des jeunes, au moins d'esprit) pour des marginaux et des contestataires aux idées non seulement fumeuses et arriérées, mais encore dangereuses pour la société quand ils ne seront que les éléments porteurs d'harmonie et d'avenir, réfléchissant leur vie et leur monde et cherchant à les gérer intelligemment et sainement au lieu de se contenter de vivre une primarité pulsionnelle aménagée au "moins mal". Aménagée malgré tout très cahin-caha, on le voit, pour le plus grand profit des plus forts et des plus chanceux, ce qui donne envie de tenter de porter remède à cette situation, précisément en agissant sur les esprits des jeunes, dès lors que l'on réalise que la chose est possible. Et aussi, en envisageant la mise en place d'une société psiécologique parallèle, fraternité contestataire (de ce qui est contestable) formée, au départ, de ceux des adultes conscients et responsables qui se seront ralliés aux idées ici exposées et qui souhaiteraient tant se retrouver réunis qu'être en mesure d'offrir aux jeunes qui refuseront le présent "système" un cadre d'accueil pour leur avenir.
Société future dont la psychoécologie se propose d'être l'amorce , ce qui exige que l'on fasse présentement de la résistance intellectuelle active dans bien des domaines, et c'est donc cet appel à la résistance ( qui sera qualifié de sabotage par les fascistes de l'économie, c'est à dire par ceux qui font passer les intérêts économiques et financiers - essentiellement les leurs - avant l'humain) que nous lançons ici - après René Dumont, Ivan Illich et tant d'autres. En allant encore au delà de la perspective d'écologie culturelle dont parle Régis Debray (sans toutefois suffisamment en saisir toute la portée, nous semble-t-il). En envisageant le rassemblement en une Gauche mondialisée de tous ceux qui s’opposent aux diktats de la mondialisation financière. En lançant l’idée du “Mouvement Bluepeace “ .
C'est une vieille aventure historique que celle des fraternités intellectuelles plus ou moins contestataires qui, dans leur prétention à l'universalité n'ont, depuis celles pythagoriciennes, jamais su ou pu qu'aboutir à des sectes et des chapelles étroites ou alors tourner court après plus ou moins de dégâts!
Mais est-il impossible à l'humanité de progresser en intelligence? Certes non pensait déjà Condorcet, qui parlait de progrès de l'esprit humain ! De progresser grâce, bien sûr, à l'éducation (à quoi d'autre, sinon?), mais grâce à une éducation - que nous proposons de qualifier de psychoécologique - qui apprenne aux jeunes non seulement à connaître et à savoir mais encore à penser - et, dans une perspective de libération existentielle spinozienne à SE penser. A se découvrir, même, suivant en cela le précepte socratique du célèbre "Connais toi toi-même"! A se choisir soi même, enfin, au lieu de se retrouver choisi par des forces externes et internes, pulsionnelles, lesquelles se sentant "menacées " font, chez l'adulte (rarement récupérable - disons rarement soignable - alors que le jeune n'est qu'exceptionnellement définitivement "noué" cérébralement) obstacle à la pensée existentielle sous toutes les formes possibles (paresse intellectuelle, absorption dans l'événementiel et le professionnel, adhésion à des philosophies matérialistes réductrices ou /et par trop hédonistiques etc...)...
Tout cela en réfléchissant sur - et en se référant à - cette
Nature immano-transcendantale (dont il est bien difficile de totalement nier
l'existence, aussi vague et mystérieux "cela" soit-il) que notre
monde, après l'avoir représentée sur des modes mythiques puis religieux
inévitablement simplistes et plus ou moins farfelus, n'a rien trouvé de mieux
que d'évacuer purement et simplement, sinon en tant que principe - ou Etre? -
transcendantal suprême (
Or un tel principe immano-transcendantal ("Nature de fond" qui ne serait sans doute nullement à célébrer par un quelconque culte, ni n'aurait à reposer sur un quelconque dogme) resterait tout de même à prendre en considération pour tout ce qui touche tant à la vie privée qu'à la vie en société, aussi étrange cela puisse -t-il paraître. A prendre en considération par le biais, par exemple, de la recherche de l'intériorité spirituelle, et aussi par celui de la culture permanente. Par celui de la réflexion philosophique, peut-être surtout. Nature de fond ( qualifiée de "naturante " par divers philosophes, en arrière-plan - quoique indissociable - de celle, tangible, relevant du "naturé", dont on se soucie au contraire beaucoup ) Nature de fond, donc (que quelques uns assimilent à un dieu personnel, vision probablement un peu courte) évacuée avec son mystère ( signifiant, selon toute vraisemblance, jusqu'en chacun de nous ). Evacuation à peu près totale de nos jours, ce qui a toutes chances de ne pas être sans rapport avec les dégâts que l'on observe. Dégâts qui n'iront probablement ni en diminuant ni en s'estompant sans la prise en compte du fait que cette " évacuation" radicale - qui a certes eu l'avantage de faire disparaître toutes sortes de croyances et de pratiques corrélatives parfois très dommageables et malsaines - est probablement plus qu'une erreur majeure: c'est très vraisemblablement LE drame de notre temps, à l'origine de presque tous ceux causés par l'homme.
Drame auquel il pourra probablement être remédié dans l'avenir si on se préoccupe d' apprendre aux jeunes non à se convertir à telle ou telle religion supposée être la seule valable, comme cela se fait encore beaucoup de par le monde, et non plus à se laisser "convertir" aux valeurs des sociétés industrialisées hyper productivistes, hyper compétitives, et hyper consommatrices, et cela quasi automatiquement, par simple imprégnation en monde occidental, mais en leur apprenant à simplement utiliser leur liberté existentielle pour "accéder à l'existence", en dépassant leur être empirique, le seul qui apparaisse en l'absence de réflexion existentielle suffisante. Apprentissage qui ne se fait à peu près nulle part et est d'autant plus regrettable qu'il s'agit là, simultanément, d'un apprentissage de l'humanisme, probablement le seul qui ait quelques chances d'être efficace à grande échelle.
Après la révolution civile de 1789 qui a apporté aux hommes une large part des libertés civiles dont ils jouissent actuellement (dans les démocraties tout au moins), n'y aurait-t-il pas une évolution existentielle à mettre en chantier, leur apportant la susdite liberté existentielle, sans que l'"opération" passe nécessairement par des voies religieuses?
Le projet de la psychoécologie (laquelle répétons le, peut aussi bien apparaître avant tout comme une "écologie personnelle" à prolongements politiques et sociaux) est d'apporter sa modeste contribution à la réalisation de cette évolution en commençant par proposer aux éducateurs un outil conceptuel nouveau dans la perspective d'une pédagogie psychobiologique. Pédagogie qui serait à généraliser autant que faire se pourra (son institutionnalisation nous apparaissant évidemment comme l'idéal).
Ce qui n'est peut-être finalement rien d'autre (espérons le, et pardon pour l'ambition!) que la poursuite du "projet" amorcé par la philosophie grecque antique, et prolongé depuis par tant de philosophes, et tant de penseurs (dont l'inattendue Louise Michel, femme généreuse s'il en fut, pionnière du féminisme intelligent, et première inspiratrice d'une psychobiologie ) d'accès de l'humanité à ce minimum d'intelligence et d'honnêteté de vie sans lesquels elle ne saurait sans doute être bien viable. Ni bien vivable.....
Projet qui pourrait également bien être aussi celui d’un accès à cette “part de divin qui est en nous” pour reprendre une expression de B.Kouchner, personnalité au demeurant peu suspecte de bigoterie.
Part qui est celle aspirant à l’harmonie en nous (et hors de nous ?) Face à celle primaire pulsionnelle et égoïste dont les excès , parfois très vite atteints si l’on n’y prend garde, servent si bien la dysharmonie hors de nous (et en nous!).
Ce projet, n’est-ce pas avant tout et plus que tout une suggestion faite à chaque jeune de trouver que le meilleur “mode d’emploi” de la vie réside dans son idéalisation aussi intense que possible, outre dans une sublimation de tout ce qui mérite de l’être (amour, justice, vie, monde, humanité, liberté, fraternité....)? Cela avec la recherche d’une élévation de son propre esprit - et si possible (éducation, qui est affaire de tous, voilà ta finalité!) de celui des autres? Mouvement ascendant de dépassement de notre "primarité" qui paraît bien ne pouvoir se faire à grande échelle et de façon durable sans le recours à quelque principe transcendant dans lequel avoir une confiance de type tout à fait supérieur, autant dire une foi (con-fidere !).
Puis d'inspirer la - si souhaitable - incitation rousseauiste à toute action orientée vers l'harmonie, vers la paix et vers l'amour de l’humanité.
LIVRE PREMIER
CHAPITRE I
L A R E F L E X I O N D E D E P A R T
1 - L'ALÉATOIRE DANS LES JEUX DE DÉS, CHEZ LES SINGES DACTYLOGRAPHES ET DANS DIVERS OBJETS FANTAISISTES
Entamons, voulez-vous, une partie d'un jeu utilisant un dé. Ce peut être le backgammon. La première chose que nous ferons, si les enjeux sont importants, ou si nous sommes d'un naturel sceptique, sera d'examiner de près le dé. Si rien d'anormal n'apparaît extérieurement nous pourrons alors accepter de jouer. Mais nous pourrons aussi nous dire qu'il serait plus prudent de le tester en le lançant sur le tapis vert un certain nombre de fois avant de jouer pour voir si rien d'anormal n'apparaît dans le résultat de ces essais. Nous avons en effet en nous un sens de ce qui est aléatoire, c'est à dire soumis au seul hasard, et c'est l'affaire de chacun que de juger dans quelle mesure le contexte n'est peut-être pas aussi parfaitement aléatoire qu'il le devrait, et s'il y a d'autres éléments que le hasard à prendre alors en considération.
Il convient de préciser que le hasard des physiciens n'est pas tout à fait le même que celui des philosophes : pour les premiers, le hasard est avant tout ce qui échappe (ou plutôt semble échapper ) au déterminisme. Pour les seconds, c'est ( aussi ) ce qui échappe à l'intervention humaine, tout en pouvant rester parfaitement déterminé. Ainsi de la tuile qui tombe d'un toit, et tue quelqu'un qui passait "par hasard". C'est donc, plus précisément, le jeu des circonstances, la rencontre de séries d'événements chacun non provoqué à fins de rencontre avec un autre. Ce qui n'a rien à voir avec le hasard indétermination que l'on connaît mieux depuis Heisenberg.
Si l'essai de nos dés fait apparaître une série ininterrompue de, disons, dix " six ", on peut considérer que la chose est rare mais reste admissible dès lors que les autres chiffres apparaissent ensuite sans rien d'anormal. C'est ce qu'on appelle "la chance". Si l'on voit sur un nombre de lancements de cent une série de cinquante " six" , on peut trouver la proportion tout de même surprenante. Mais, sur notre série de cent nous observons 90 fois le "six" alors, là, nous ne manquerons pas de trouver l'affaire suspecte. Pourtant cela peut très bien arriver, tout comme le peuvent cent six sur cent coups, sans trucage aucun.
Supposons maintenant que sur nos cent coups nous ayons un arrêt de dé sur la tranche, situation hautement improbable, Nous nous émerveillerions de cette rareté! Serions nous pour autant en droit de penser que les dés sont pipés? Peut-être - mais la chose reste théoriquement possible avec des dés non pipés. Et que pourrions nous penser de dés qui tomberaient systématiquement non plus sur la tranche mais sur un coin, ne touchant le tapis qu'en un seul point? Notre étonnement serait sans bornes (surtout si les coins du dé sont bien pointus!). Si enfin il arrivait que le dé ne parvienne pas à retomber, mais reste en l'air? Cela sans que l'examen du dessous de table et des pièces voisines ne révèle le moindre système magnétique ni la moindre ficelle transparente. Ne serions nous pas en droit de considérer qu'à ce stade, et même si on a bien voulu "fermer les yeux" pour les retombées sur la tranche et sur les coins, on est forcé d'admettre que l'on est sorti du cadre des lois du hasard, et qu'il y a eu intervention d'autre chose? A moins que la suspension temporaire de la loi de la gravitation universelle dans un secteur de l'atmosphère ne vous paraisse envisageable, naturellement, et rien ne prouve qu'elle ne peut pas l'être. Tout n'est donc qu'une question de jugement personnel, et là où certains suspecteront, au point d'y croire, une intervention extérieure au hasard dès la première série de dix "six" consécutifs, d'autres penseront que la compatibilité avec l'aléatoire subsiste même dans les cas extrêmes. Une certaine sagesse ne consiste-t-elle pas cependant à avoir des doutes dès que l'on sort de ce qui paraît normal à la plupart des gens? Cela semble conseillé, surtout lorsque les enjeux sont de taille.
Cette petite histoire de dés (qui nous amène tout doucement à la notion de crédulité) peut évoquer en nous celle de l'anthropoïde dressé à frapper des touches de machine à écrire au plus grand des hasards, sans jamais s'arrêter Combien de temps pensez vous qu'il lui faudrait avant d'avoir tapé la phrase: "je suis un singe". Puis les mêmes phrases que celles de cette page ? Une comédie de Molière, ponctuation comprise? Un dictionnaire complet français- swahili? A partir d'un certain degré la réponse paraît devoir être : jamais ! Et pourtant, en théorie, avec un temps infini, tout peut être tapé par le singe en vertu du seul hasard. Vraiment tout ? Peut-être pas pourtant, nous y reviendrons, en découvrant la notion de seuil qualitatif.
Avant de franchir ce seuil, franchissons celui (mais n'est-ce pas le même ?) qui sépare le singe de l'homme, en commençant par nous pencher non plus sur une machine à écrire, mais sur les particules élémentaires apparues au moment du Big Bang (ou peut-être autrement, ou avant ?). Lesquelles particules se sont combinées de toutes les façons possibles et imaginables en se complexifiant. Et puis, de combinaisons en essais et de tâtonnements en juxtapositions certains produits de ces arrangements, après être passés par des stades aussi divers que la bactérie, le poisson, les reptiles etc..., se mirent à se rendre compte de leur existence, puis, après encore quelque temps de réflexion, et sans doute aussi de complexification (seulement physique?) décidèrent d'en exprimer quelque surprise! En (se) posant des questions à ce sujet! Cela correspond au passage de l'homo sapiens à l'homo sapiens sapiens.
Deux questions paraissent alors pouvoir être posées sérieusement :
1.- Les phénomènes observés peuvent-ils, à votre avis, résulter de la seule complexification moléculaire sans qu'il y ait plus besoin d'explication extérieure" que n'en aurait le texte le plus étonnant tapé par le singe, ou bien au contraire sont-ils vraiment trop bizarres pour que l'on puisse ( selon vous ) les mettre sur le compte du seul hasard ? Si la réponse à cette dernière question est "non", alors :
2. - Le fait que ces phénomènes ne soient apparus que dans le temps relativement court de 5 milliards d'années environ, vous paraît - il de nature à modifier votre réponse précédente? Et chacun sera bien sûr en droit de répondre par un nouveau non". Il n'y aurait alors, en somme, pas lieu de faire tout ce cinéma en nous émerveillant devant ce qui n'aurait rien que de très possible. Nous serions, en effet, face au phénomène humain, dans la situation de ce joueur qui ayant gagné un milliard à la roulette, n'aurait nullement à s'étonner de la chose, ainsi que J.Monod, en bon physicien, l'a fort bien souligné.
N'est-il cependant pas encore plus "raisonnable" de suspendre notre jugement devant l'énormité du phénomène ? Nous le pensons . L'on pourrait tout de même poser à tout adolescent ouvert la question suivante: Au cas où le monde ne serait pas totalement régi par le hasard, en quoi cela risquerait- il de te concerner personnellement (et, le cas échéant t'être profitable) dans ta vie de tous les jours ? Question nullement destinée à recevoir une réponse précise, mais seulement à susciter commentaires et réflexions (ce qui ferait d'elle une sorte de "question piège").
2 PETIT JEU : EST-CE REEL EST-CE IRREEL ? ET COMBIEN SOMMES NOUS ?
Quand nous étions enfant, nous étions longtemps resté songeur devant l'explication selon laquelle si la mer se retirait, lors des marées, c'était parce que la mer "tirait dessus". Comment diable cela se peut-il nous demandions nous ? Nous avons, et vous aussi, retrouvé cet étrange malaise devant les explications que la science moderne nous propose pour les mystères qui nous concernent, notamment avec la théorie quantique (laquelle “permet” de vider plus de liquide d’un verre que ce qu’on y a mis !). Et pourtant toute autre explication a des chances d'être fantaisiste.
Des penseurs astucieux ont dit, pour expliquer les choses, qu'il y avait une sorte de dedans sous le dehors, seul le deuxième pouvant être compris autrement que par intuition . Kant, par exemple, parlait de phénomènes pour le dehors, et de noumènes pour le dedans. Pourquoi ne pas explorer cette idée, qui, si elle semble impliquer une dualité du type esprit matière peut rester compatible avec une approche sérieuse basée sur le seul hasard comme principe explicatif.
Dans cette perspective, les phénomènes psychosomatiques méritent d'être examinés plus attentivement, eux qui relient si étrangement matière et idées (et le principe du support neuronal - donc matériel - de tout type de pensée étant de plus en plus admis). Allant un peu plus loin dans l'interrogation, et dans un autre domaine, la beauté est-elle apparence et phénomène subjectif ou bien réalité en soi? Pourquoi et comment (par quels phénomènes hormonaux ?) nous fait-elle du bien ?
Des générations de philosophes depuis Platon et sa caverne se sont efforcés de répondre avec chaque fois une dissociation entre ceux qui s'en tenaient au refus de toute transcendance et ceux qui en invoquaient une (parfois accessible, pensaient-ils, par ce dedans des choses qui existerait sous leur “dehors”).
On ne peut nier que la position de ces derniers rend mieux compte du double aspect apparent du monde et de l'humain. Cela n'engage guère d'aller prudemment et temporairement dans leur direction, aussi longtemps que nous refusons d'accepter sans examen toutes les conséquences et conduites qu'ils cherchent généralement à nous faire avaler selon une logique discutable ou sans logique du tout, une fois le principe du "dedans" transcendant admis (temporairement). Pour nous, et jusqu'à nouvel avis, un éventuel” dedans” est tout aussi aléatoire qu'un dehors et il n'a rien ni à nous imposer, ni à nous interdire...ce qui revient en fait à refuser toute transcendance dirigiste.
Quant à la dualité de ces mondes dans lesquels nous évoluons, physiquement et mentalement, il peut y avoir discussion sur la question de savoir s'il s'agit d'une dualité objective, (ces mondes existent-ils objectivement), subjective (ne sont-ils tous deux qu'illusion, - mais le personnage victime de l'illusion qu'est-il alors ?) ou objecto-subjective
(le monde extérieur étant réel, l'autre monde ne l'étant pas ou inversement - ou encore une nouvelle définition de l'objectivité étant à concevoir ?).
Cet "autre monde", c'est comme d'un monde intérieur qu'on en parle le plus souvent, en l'objectivant ainsi quelque peu (mais moins que si on le considérait comme un monde extérieur tout prêt à nous accueillir à l'occasion). Mais il nous serait tout de même possible de migrer temporairement vers lui, comme en franchissant un pont, à l'aller, puis au retour !
Marc Aurèle ne disait-il pas: "Tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle retraite n'est plus tranquille pour l'homme que celle qui se trouve en son âme". Le "jardin d'Epicure" qui existerait au fond de chaque être n'est pas très différent, même s'il ne fait pas appel à la notion d'âme aussi explicitement.
Sans aller si loin, ne convient-il pas de s'interroger sur notre réponse classique "je le savais pourtant" à quelque question dont on ne pouvait donner la réponse, de sorte qu'on ne la "savait" pas, au moins aux yeux des autres ? Qui donc était alors ce je qui prétendait le savoir ? Un autre nous à l'intérieur de nous-même ? N'est-il alors pas logique d'imaginer deux "sous-personnages", l'un ignorant ce que l'autre peut parfois savoir? Et quand on se raisonne, n'y a-t-il pas également comme deux personnages, celui qui conseille ou commande, et celui qui (parfois) obéit en baissant piteusement le nez ou sinon n'en est pas très fier ?).
Cet inconscient que la psychanalyse nous laisse entrevoir, sur lequel nous reviendrons plus longuement, n'aurait-il pas un rapport avec une dualité psychique en nous - voire n'en constituerait-il pas un des aspects fondamentaux - à côté de la pensée consciente, comme notre propos sur l'indépendance des pulsions l'a suggéré ? Le "je pense donc je suis " de Descartes ne pourrait-il pas être affiné et plus valablement formulé: "Il y a en moi quelque chose qui pense, et je suis"? Bertrand Russell disait, lui: "Ca pense en moi" et encore le "en-moi" lui paraissait discutable, il se demandait si ce n'était pas en dehors de lui ! Ce qui nous amène à concevoir deux entités (trois si on ajoute le "moi intérieur" de Marc Aurèle, qui n'est ni pensée pure, ni vraiment moi !) Et l'inconscient freudien où le met-on ? Et le personnage qui s'interroge sur tous ces personnages" ?
L'humoriste dirait certainement que l'arroseur arrosé était plus simple et plus amusant, nous l'admettons volontiers. Reste qu'il n'est pas tout à fait interdit de poser la question: "mais enfin, combien sommes nous en nous mêmes ?" Et puisque nous sommes à la recherche d'indices pour pouvoir répondre à la question piège posée antérieurement, il semble bien que nous puissions admettre parmi tous ces indices, l'existence de (au moins) une dualité en nous se rattachant bien probablement à une dualité de type dedans-dehors du monde, avec "continuité" entre les deux puisque nous pourrions passer de l'un à l'autre, cela comme il semble bien y avoir une continuité entre le concret et l'abstrait. Dualité qui pourrait être du type de celle observée face à un miroir, à ceci près qu'il s'agirait d'un miroir fort spécial. Intérieur. N'est-ce pas, après tout, une attitude bien naturelle que d'évoquer un miroir lorsque nous réfléchissons? Dualité involontairement mise en évidence contre son gré par A.Comte (qui la récusait) en disant qu'on ne peut à la fois regarder dans la rue et se voir passer!
Ce qui ne paraît certes pas idiot, mais se retourne contre son auteur car l'introspection, aboutissant précisément à "se voir passer" montre bien l'existence de deux personnages en nous (au moins)..sauf à ce que l'introspection ne soit qu'une illusion de plus... Mais si elle ne l'est pas (ou ne l'est pas tout à fait) ne contribuerait-elle pas, outre son rôle de surveillance de nos pulsions, à discerner un autre type de réalité que celle observée jusqu'alors (réalité soupçonnée par de nombreux scientifiques, d’ailleurs, devant les phénomènes inexplicables auxquels ils se trouvent confrontés) ?
3. L’HARMONIE, CONCEPT VIEUX COMME LE MONDE MAIS QUI NE VIEILLIT PAS. QUE PEUT IL RECOUVRIR ?
L’harmonie des grecs était, depuis Pythagore, définie comme un assemblage avec accord bien réglé entre les parties d’un tout. Ce qui implique un certain ordre et une organisation, et aussi une authentique apparition de quelque chose de nouveau ne se trouvant pas dans lesdites parties prises individuellement.
Cette définition est assurément insuffisante : le sourire d'un enfant ne saurait s'analyser aussi techniquement, alors que ce sourire est sans grande objection possible de l'ordre de l'harmonieux, ce qui implique une part de subjectivité dans notre appréciation du terme harmonie, lequel peut également se définir comme l'unité esthétique (ou bénéfique) d'une multiplicité. "Unité" à laquelle les spécialistes reconnaîtront un petit côté néguentropique fréquent.
Pour tenir compte de cette subjectivité, nous élargirons la définition initiale en englobant tout ce qui est, au niveau de l'humain, ressenti comme agréable, sans être nocif ou dangereux pour quiconque. Cette extension ne saurait être parfaite, mais elle nous semble pouvoir inclure des éléments comme ce sourire, qu'il convenait de ne pas écarter. D'autre part une définition en seuls termes d'ordre et d'organisation (et de propreté) ne tient pas compte du fait que nombre d'éléments de désordre (voire de petit négligé) sont nécessaires pour engendrer des situations ressenties comme harmonieuses, pour que l'homme, par exemple, se sente dans des dispositions de bonne humeur, voire de bonheur, et d'équilibre psychologique maximum tout en ne nuisant à personne : petits (ou grands) brins de folie, bureaux encombrés, laisser aller vestimentaire, occasionnel ou systématique (voyez Einstein!), petites poussées anarchisantes bien sympathiques, petites paillardises sans méchanceté, humour noir ou gaudriole coluchienne (parfois certes beaucoup trop "crue", et ne sachant pas éviter une insupportable vulgarité), révoltes justifiées et anticonformisme bon teint..., si l'intelligence reste maîtresse du terrain et si l'on contrôle bien les "opérations", en se méfiant des dérapages toujours à craindre, tout cela peut rester parfaitement harmonieux.
On pourra, à ce sujet, utilement consulter l'ouvrage déjà cité d'E. Morin "Le paradigme perdu, la nature humaine" soulignant à quel point le disharmonieux apparent peut, en fait, faire probablement partie de l'harmonie dans son utilité et sa fécondité."L'idéologie de Ch. Fourier" de Simone Debout, excellent ouvrage (PBP Payot) va dans le même sens.
L'ordre et l'organisation sont, d'autre part, bien trop souvent
ressentis comme étouffants, surtout s'ils sont omniprésents (
Cela, nullement dans le sens où l'on prétend que n'importe quelle harmonie prouve qu'il y a autre chose que du hasard et qu'elle serait en quelque sorte le "doigt de Dieu" ! Il nous semble, à nous, qu'il n'y a pas plus de raison pour que le hasard ne génère pas de l'harmonieux (tel que nous l'avons, subjectivement, défini), qu'il n'y en a pour, qu'avec l'aide du temps, le singe ne finisse pas par taper les plus beaux poèmes. D'autre part, un arc-en-ciel, un coucher de soleil ou un cristal de roche sont des choses ressenties comme harmonieuses qui n'ont pas trop de mal à être mises sur le compte du seul hasard. Il faut donc pousser la réflexion beaucoup plus en profondeur. C'est dans cette perspective que nous distinguerons trois formes d'harmonie: l'harmonie spontanée, l'harmonie générée par l'humain (laquelle se subdivise à nos yeux en trois sous-catégories : primaire, secondaire et tertiaire ou "assistée") et l'harmonie psychique. Les dysharmonies seront, elles, mentionnées relativement à cette classification (et, pardon pour avoir l'air de donner une leçon quand nous ne faisons que proposer au lecteur d’approfondir des éléments de réflexion !).
A. L'harmonie spontanée.
Il s'agit de celle qui existe en quelque sorte à l'état brut (vie incluse). De la merveille d'un organisme animal aux arcs-en-ciel en passant par les plages de cocotiers, les roses, ou la danse nuptiale des paons, elle se présente un peu partout, aux côtés de dysharmonies à l'état brut tout aussi évidentes : maladies, fléaux divers, accidents d'origine naturelle, sur lesquelles nous n'insisterons pas. Il est à noter que les gens qui croient en un principe divin harmonieux, ne pouvant mettre "sur le dos" de ce principe des choses aussi évidemment peu dignes de lui, que tous ces éléments pas très glorieux, créent en contrepartie un (ou des) diables ou démons, et l'on navigue alors à pleines voiles vers toutes sortes de superstitions... que l'explication par le hasard permet d'éviter.
Il n'est pas nécessaire de s'étendre longuement sur l'harmonie spontanée, elle ne nous paraît pas de nature à apporter grande contribution à notre réflexion sinon pour souligner que, par suite du phénomène d'entropie, les dysharmonies spontanées sont bien plus fréquentes que les harmonies spontanées tout autour de nous.
B. L'harmonie générée (par l'humain) et l'harmonisation
a) L'harmonie générée "primaire".
C'est elle qui résulte de l'action de l'homme (ou de la femme, nous ne voulons pas être taxé de sexisme, et le mot homme est, en philosophie, synonyme d'être humain) éclairée par son intelligence, pour faire face aux dysharmonies spontanées. Le progrès médical, le confort, le développement des sciences et techniques entrent, dans cette catégorie mais, en contrepartie, parfois pour établir sa domination sur d'autres, ou sur la nature, l'homme ne manque pas de créer des dysharmonies (tortures, guerres, dénaturations en tous genres, notamment en matière d'environnement, monde zoologique inclus). Notre sentiment est sans doute que l'harmonieux l'emporte là sur le dysharmonieux, mais l'admettre nous contraindrait à faire intervenir un élément extérieur au hasard pour expliquer cette différence. Nous ne la considérerons donc pas comme suffisante à elle seule, afin de ne pas être suspecté de faire le jeu des idéalistes, spiritualistes ou croyants, en oubliant notre neutralité scientifique. D'autant que la bombe atomique peut très bien nous faire sauter d'ici peu et que les pollutions en tous genres peuvent être plus près qu'il n'y paraît de nous "gâcher la vie" irrémédiablement (problème de la couche d'ozone, etc.). Et puis tant qu'un seul enfant mourra de faim ou de violences il ne saura être question de dire qu'il y a plus d'harmonie que de dysharmonie dans le monde !
b) L'harmonie générée "secondaire".
Plus subtile que la précédente en ce qu'elle exige une forme de
pensée plus réflexive, elle va plus loin dans l'analyse des éléments en jeu -
donc dans la prévision·des conséquences des actes générant de l'harmonie du
premier type. Nous appellerions aussi bien cette nouvelle harmonie
"l'harmonie générée du second degré" - la première nous apparaissant
à côté d'elle comme quasi-instinctive en ce qu'elle ne cherche guère qu'à nous
procurer plus de confort, plus de sécurité, plus de puissance sur le monde
(techniques...), sans voir toujours beaucoup plus loin quant aux effets et
conséquences. Un premier exemple tout simple est celui de la lutte contre un
réflexe qui nous fait préférer acheter un produit parce qu'il est bien présenté
et attirant, en donnant à cet élément d'appréciation une importance bien trop
grande. Se dire, et dire aux autres, qu'il risque de ce fait d'être plus cher,
à qualité réelle égale, ou de contenir des colorants chimiques dangereux
destinés uniquement à faire vendre la boisson en l'enjolivant, est un acte d'harmonie
générée secondaire. L'effort de réflexion et de projection dans l'avenir paiera
finalement s'il emporte
Un second exemple, plus important, est celui de ces révolutions qui ont été provoquées non seulement pour faire face à une situation difficile (famine, oppression, injustices d'un niveau épouvantable...) ce qui les ramènerait à l'harmonie générée primaire, mais encore pour dépasser l'immédiat et construire un "avenir meilleur" en s'appuyant sur des notions aussi abstraites que celles de droit, de justice, de liberté. Nous qui bénéficions maintenant de cet "avenir", nous ne nous rendons plus guère compte de ce qu'il y a là d'harmonieux, mais ceux qui ont lutté et parfois sacrifié leur vie pour le réaliser savent au fond de leur tombeau la chance que nous avons. On l'oublie trop vite, comme on oublie trop qu'il convient d'agir de même pour les générations qui viendront après nous. Seuls les écologistes (dans leur domaine) et quelques esprits avancés (tels J.Y.Cousteau) en ont une conscience aiguë, là encore.
Notre dernier exemple sera davantage d'ordre intérieur et mettra bien en relief l'existence en nous de deux des personnages internes suggérés. Lorsque nous croisons dans la rue une personne très laide, affreusement brûlée, trisomique ou mutilée, notre réaction spontanée est de répulsion. Quelques enfants, d'ailleurs, dans leur "cruauté" naturelle s'en moquent parfois, (ou même lui lancent des pierres - ou rient d'un rire aussi idiot que gêné). Après cette première réaction, nous nous reprenons et nous disons que le pauvre être est bien plutôt à aider qu'à repousser, et qu'il n'a guère besoin de misères supplémentaires après tout ce qu'il a du éprouver, et que cela aurait très bien pu nous arriver à nous. Et nous essayons alors sinon toujours de l'aider, du moins de ne pas manifester d'autre attitude que celle que nous aurions eu en croisant quelqu'un de normal. C'est que nous avons grandi, et qu'il ne nous viendrait plus à l'idée de nous moquer de lui, et encore moins de lui jeter des pierres. Un deuxième personnage (B) secondaire est venu se superposer à celui (A) primaire de notre enfance, lequel subsiste à un niveau spontané et instinctif, que des racistes, par exemple et plus généralement les impulsifs de tous crins, les intolérants, ont, la plus grande peine à dépasser, incapables qu'ils sont, sinon de réaliser, du moins de se convaincre que, les hommes sont tous identiques, au fond, même si certaines caractéristiques génétiques secondaires, dont la couleur des yeux, des cheveux ou de la peau les différencient (en plus de modes de vie différents, dont ils ne sont en rien responsables, même s'ils nous dérangent un peu dans nos habitudes culturelles, qui nous paraissent les seules bonnes, fort souvent). Parfois ce personnage numéro deux n'apparaît pas du tout, ou très peu, et l'on reparle alors de comportements allant de l'égoïsme bien senti au narcissisme total quasi "diabolique", dans les cas extrêmes... Ainsi de ce jeune homme ayant tué froidement père et mère, parce qu'ils refusaient de le laisser conduire avant l'âge légal... C'est bien là le comportement logique et instinctif d'un principe de plaisir pur en réponse à un principe de réalité non encore ressenti comme plus fort, et qui lui fera réaliser, mais trop tard, que cela ne valait pas vingt années de prison, sans parler du reste !
Ce deuxième personnage qui a, fort souvent, rectifié le comportement instinctif peu harmonieux, ou spontanément faux (la mauvaise foi) du premier n'a-t-il pas généré, lui, de l'harmonie - encore plus si, comme cela arrive, il conduit à sincèrement respecter la vie ou à chercher à aider, voire à aimer ceux qui sont tout particulièrement déshérités, réaction alors aussi mystérieuse qu'hyper harmonieuse, en parfaite opposition avec le mouvement réflexe initial tout de dégoût et de répulsion ressenti face à un grand brûlé, un clochard sale et ivre ou un mongolien, ou avec l'instinct (seulement atavique ?) de chasse qui pousse à tuer la palombe qui passe dans le ciel, sans que ce soit par nécessité alimentaire, aussi bien qu'à s'approprier tout ce qui nous attire !. Il reste que notre aptitude à "secondariser" - technique qui revient d'abord à éveiller puis à laisser parler, à écouter et enfin à donner le dernier mot au personnage B "secondaire", en se méfiant de notre personnage A "primaire" (mais sans le combattre systématiquement) est une des voies privilégiées vers plus d'harmonie: il est en effet probable que tant notre petit personnage que le monde tout entier se porteront mieux si, par exemple, on ne court pas outre mesure après tout ce qui nous séduit, ou si on aide les déshérités à s'insérer un peu plus dans le cadre social au lieu de les laisser croupir dans un coin en se disant que ce n'est pas notre problème, et si l'on soigne (et guérit !) les "canards boiteux" au lieu de chercher à les éliminer pour "faire plus propre" ! Et si on prend en compte le point de vue et la sensibilité d'autrui plutôt que si on les ignore. Et si on sauve des vies au lieu de tuer ou laisser faire ceux qui tuent... L'on se portera aussi beaucoup mieux si l'on apprend à "voir" le psychisme des gens - lequel peut être bien "désordonné", "malpropre", voire "sanglant" derrière leur belle apparence avec vêtements impeccables, cravates et sourires enjôleurs, tous aspects extérieurs d'autant mieux entretenus que précisément il s'agit de tromper l'interlocuteur sur un intérieur peu ragoûtant. Voyez les·mines débonnaires de Saddam Hussein à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession si l'on ne faisait l'effort de penser aux enfants qu'il a gazés et aux gens qu'il a fait torturer ! Se méfier systématiquement des apparences voire les interpréter a priori avec suspicion, en prenant l'habitude de, tout d'abord, valoriser ce qui déplaît, et inversement, voilà aussi une autre façon de générer de l'harmonie - en évitant du dysharmonieux trop clairement en attente !... Et cela passe par notre personnage n°2, le raisonneur "B".
Tout se passe comme si ce raisonneur - qui semble être aussi celui qui "s'évade ailleurs", qui aime (les animaux, la nature, les êtres...) ne nous appartenait qu'en partie, alors que le "primaire" (A) semble "bien à nous". Pourtant si on y réfléchit, n'appartiendrait-il pas largement à autre chose, ce personnage A ? Au hasard ! puisqu'il semble plus directement lié à notre système biologique, glandulaire, nerveux, que ne l'est son alter ego, lequel paraît, lui, dépendre de notre effort de réflexion et de notre référence à une conduite harmonieuse, humaine et·/ou intelligente, attitudes assurément bien moins clairement biologiques quant à leur origine ? Tout cela ne peut, en tous cas, que nous inciter à concevoir la possibilité d'existence d'une espèce de "symétrique" du hasard quelque part...
Il est un peu troublant en outre de constater l'espèce de priorité qu'acquiert le personnage B une fois le processus de "déprimarisation" en route - alors qu'on ne connaît guère d'exemple de "désecondarisation". C'est là où l'enseignement (compris dans le seul sens de développement des facultés de réflexion et non d'accumulation de connaissances plus ou moins techniques) et notamment l'enseignement des "humanités" et de la philosophie, qui prolonge celui de la littérature, de l'histoire, de la géographie humaine, de la sociologie, acquiert tout son relief.
Quel que soit sa forme, l'enseignement des sciences humaines, au sens large, s'il est objectif, et présenté de façon à susciter la réflexion personnelle (débats télévisés, éditoriaux de magazines, livres ou exercices scolaires) constitue le meilleur des facteurs de déprimarisation. Il est regrettable de le délaisser au profit d'enseignements considérés comme plus utiles qui n'aboutissent guère qu'à générer de l'harmonie primaire, enseignements utilitaires, indispensables c'est vrai mais, souvent à trop courte vue s'ils restent seuls. C'est tout le problème de l’enseignement moderne, Régis Debray l’a fort bien souligné.
c) L’harmonie générée tertiaire
Nous pensons qu’il existe une troisième forme d’harmonie que nous aurons tendance à considérer comme presque “assistée” dans la mesure où elle échappe encore plus totalement que la précédente, et parfois totalement, à notre volonté, voire à notre conscience (de nous-mêmes).
Le simple scrupule, la mauvaise conscience - qui aboutissent si souvent à éviter (ou remédier) à des dysharmonies est une expérience que tout le monde ne connaît pas, mais qui existe bel et bien, et va parfois jusqu’au grave remord. On peut ne pas trouver la chose bien mystérieuse, mais on doit cependant la verser à l'actif des types d'harmonies aussi difficilement assimilables à des harmonies spontanées qu'à des harmonies volontairement générées par nous, primaires ou secondaires. Avec divers autres phénomènes psychiques qui nous paraissent tout aussi mystérieux tels que le sentiment de culpabilité quand on cause du dommage irréparable à autrui, la joie que l'on éprouve (tout cela, parfois et pour certains, seulement) à aider des animaux ou des êtres en difficulté... à se priver pour eux, à leur faire des dons etc. Névroses ou pseudo-névroses, cela ? Peut-être. Mais névroses génératrices d'harmonie, assurément. Il convient d'y regarder à deux fois avant de chercher à les soigner si rien de plus grave ne les accompagne, celles-là. Avez-vous déjà pensé à cet aspect de la question chers amis psychanalystes freudiens, lorsque vous dénoncez les sublimations "abusives", qui cependant génèrent de l'harmonie ?
Si un nombre non négligeable d'humains les éprouvent, certaines de ces pseudo-névroses, sous une forme ou sous une autre, ne devra-t-on pas se dispenser de les considérer a priori comme cas pathologiques - ceci en posant la question de savoir si les véritables névrosés ne seraient pas ceux qui ignorent toute générosité, tout scrupule et tout remords ?
De la même façon, beaucoup semble fait pour que des comportements, qui (dans les domaines les plus divers) sortiraient du cadre de l'harmonie pour risquer d'entraîner avec une probabilité élevée des dysharmonies soient accompagnés d'avertissement, ou comportent une sorte de signal préalable nous informant du risque de dérapage. Qu'est-ce qui nous fait par exemple confusément mais nettement sentir que quelque chose n'est "pas bien", surmoi mis à part ? C'est ainsi que l'expérience, avec la mémorisation de nos erreurs et de nos réussites, agit en nous, et nous amène à développer un sens de la mesure qui est un sens de ce qu'il ne faut pas faire (ou de ce qu'il faut faire) pour éviter de tomber dans le dysharmonieux par excès ou défaut.
Il est étonnant, ce phénomène, car le strict hasard exigerait (nous semble-t-il) que nos expériences soient faites sans qu'elles nous servent de leçon, le pourcentage de celles allant (par hasard, s'il n'y a que lui) vers l'harmonieux restant la même en cas de répétition de telle ou telle expérience de vie. Or·ce n'est pas le cas. Le hasard semble faussé à ce niveau (par quel effet ?) lorsqu'il laisse s'établir une harmonie de type non totalement spontané et non totalement volontaire, ce qui nous paraît ressembler à de "l'assistance". Ceci qu'il y ait (ou non), comme F. Jacob le suggère "sélection de certains synapses disponibles" se combinant en circuits fonctionnels dans le mécanisme "d'apprentissage" ("Le jeu des possibles"). Il est, en tous cas intéressant de comparer ces phénomènes psychiques (remords, expériences mémorisées, sens des limites à ne pas franchir... ) aux mécanismes autorégulateurs (l'auto organisation est le centre de toutes sortes de travaux, et pour cause, là est le mystère !) de type "feed-back" (auto-information, avec boucle de rétroaction ) de la cybernétique, la science des robots et de l'intelligence artificielle la plus moderne, celle qui s'éduque elle-même, en pensant qu'il pourrait, comme mentionné dans notre introduction, s'y ajouter un "feed-forward" encore plus étonnant, puisqu'il présenterait des objectifs à rechercher volontairement, (ce qui conduit aux boucles de "pré action" déjà mentionnées, avec une - apparente, puisque décidée par nous-mêmes, - limitation de notre liberté).
Nous programmons les systèmes de conduite des robots en leur fixant à l'avance des limites qu'ils apprennent à respecter en les reconnaissant par expérience, par enregistrement d'informations en "feed-back", tout comme cela se passe pour nous-mêmes, ou se passe pour des animaux qui subissent un petit choc électrique s'ils tirent sur la manette interdite et voient au contraire un sucre tomber s'ils tirent sur la bonne pour apprentissage (- en fait cela va plus loin encore puisque les techniques cybernétiques les plus modernes permettent aux robots d'apprendre à apprendre). De là à imaginer que nous pourrions avoir été ainsi "programmés" nous-mêmes, ainsi "assistés" pour aller, par le biais d'un, grâce à un, (par la grâce d'un ?) feed-forward, vers plus d'harmonie, il n'y aurait qu'un petit pas que nous serions bien un peu tentés de faire si nous n'étions a priori aussi férocement prévenu contre toute explication autre qu'aléatoire. C'est que ce “feed-forward” là est difficile à concilier avec le déterminisme, lequel implique une "nécessité" totale, liée à des "causes passées" (et non “futures” !), aussi bien qu’à concilier 'avec un chaos, qui , lui, implique une totale absence de "nécessité". Les deux étant d’ailleurs, et très paradoxalement, fort intriqués dans de nombreux domaines y compris les mathématiques (cf., p.ex.:"Dieu joue-t-il aux dés?" de Ian Steward, Flammarion 92)..!
C - L'harmonie psychique.
Que penser maintenant de cette harmonie apparaissant lorsque l'on parvient, seul ou en groupe, ou par nations entières, à faire régner avec l'aide de l'intelligence, de la confiance, de l'espoir, de l'optimisme et d'autres attitudes (dites positives) en tous genres ? Avec l'impression que ces attitudes auraient presque toujours une tendance à générer de l'harmonie car grâce à elles peuvent se voir augmentées les chances de réussite personnelle, peuvent s'établir une économie saine et florissante et la paix au lieu des querelles sanglantes, de la stagnation et des échecs que suscitent généralement une simple passivité et, a fortiori, la défiance, le pessimisme, la mésentente et autres attitudes dites négatives ? Lesquelles semblent avoir, elles, pour effet·de laisser les choses se dégrader infiniment plus (et infiniment plus vite) qu'on ne s'y attendrait tant l'entropie est facilement destructrice parfois... Curieux phénomène que celui qui permettrait d'augmenter l'harmonie par la seule disposition d'esprit dans laquelle on se place - disposition qui rejoint la thèse de notre dualité interne, d'ailleurs, toujours avec le personnage B découvrant cette fois à nos yeux les merveilles (ou le calme) de notre jardin d'Epicure tout fleuri au fond de nous-mêmes. Personnage nous poussant aussi, parfois, à garder confiance dans l'avenir malgré une adversité présente qui effraie notre personnage A, lequel a tendance à considérer ladite adversité comme sans plus de remède qu'il n'en voit à première vue.. L'espoir, c'est cela... Or tout se passe parfois, voire souvent, comme si le simple fait d'espérer (avec confiance) augmentait les chances de passer le cap difficile ! Que cela - qui est corroboré par d'innombrables témoignages- est troublant dans son irrationalité qui amène certains à faire état "d'ondes positives" à mettre en oeuvre par notre optimisme en fuyant tout ce qui ressemble à des "ondes négatives"!
On parle, en mathématiques, de jeux à somme non nulle. La logique voudrait qu'en face d'une situation de type dual, statique, les "plus" et les "moins" soient égaux, faisant ainsi une somme nulle (par exemple l'argent que l'un gagne est perdu par l'autre, si deux joueurs s'affrontent). Il s'agit assurément d'un accroissement nul de biens totaux (ou d'harmonie si on associe propriété de biens à une joie). Or il existe des jeux à somme non nulle, c'est-à-dire où tout le monde gagne simultanément sans qu'il y ait de perdant - avec donc un accroissement d'harmonie. C'est le phénomène inverse de l'entropie, (la néguentropie), d'une certaine façon.
L'explication fait, parfois, et même souvent, intervenir des éléments psychiques tels précisément que la confiance, l'optimisme et l'espoir (sans que l'on comprenne le véritable pourquoi du phénomène en seuls termes mathématiques) et c'est pourquoi nous proposons de parler d'harmonie psychique qui serait en fait une harmonie potentielle transformable en harmonie réelle par disposition psychique appropriée. Pour que tout devienne plus clair l'on pourrait faire appel à quelque chose comme l'existence de "réserves" d'harmonie présentes à l'intérieur même du système dans lequel nous évoluons - et où nous pourrions puiser (cela un peu comme l'homme a découvert qu'il existait des réserves de produits pétroliers sur lesquels il suffisait de se brancher correctement pour en tirer avantage). Mais là tout reste à l'intérieur de notre monde mental. L'attitude psychique, selon qu'elle serait positive ou négative, aurait le même effet que l'action de "se brancher" sur (ou d'ignorer) les réserves en question.
Cela paraît bien un peu fantaisiste, mais il n'est pas si facile d'imaginer un autre type d'explication - qui n'est pas sans rappeler par certains côtés la continuité matière-esprit et les phénomènes psychosomatiques dans la mesure où on mettrait en contact là aussi du réel avec de l'irréel, on les "brancherait" l'un sur l'autre. Ceci "marcherait" selon un processus qui n'est pas sans un début d'explication possible, que R. Chauvin ("Biologie de l'esprit") nous paraît avoir le mieux entrevue : il se demande, en substance, et la question nous semble très forte, pourquoi l'ADN, qui est bien le formateur du cerveau d'un individu, et le forme bien probablement, d'une certaine façon, à son image, ne lui aurait pas délégué une partie de ses pouvoir néguentropiques, assez phénoménaux, il faut bien l'admettre !
La confiance en l'existence d'une solution à un problème existentiel difficile, la volonté, l'espoir (ne saurait-on même dire le simple choix de telle ou telle attitude mentale ?) ne seraient-ils alors pas programmant "en retour", selon des mécanismes à la fois inconscients et inconnus de nous? Cette attitude mentale aurait alors bien une partie des mystérieux pouvoirs qu'a en effet dû avoir l'ADN pour réaliser ses exploits constructifs (en fait il s'agit du "système adénique" dans son ensemble comprenant enzymes, ARN, ribosomes etc..). Exploits que l'on peut difficilement, dans ce contexte, ne pas rapprocher de la psychosynthèse qui sous-tend la logoactivité positive, psychosynthèse elle même fort proche d'une authentique psychogénèse (authentique parce qu'il pourrait bien y avoir création, ne serait-ce que de nouveaux circuits neuronaux, ou extension de réseaux déjà en place, si ce n'est même apparition d'éléments neuronaux nouveaux !).
De sorte que, du "système adénique" au "système psychogénétique" il n'y aurait qu'un petit pas à franchir, que les adhérents à l'idée de "Genèse transcendantale" n'hésitent pas, eux, à franchir, et qui nous donne à nous, à tout le moins, "matière à pensée" (J.P.Changeux).
C'est bien probablement à un niveau sub-atomique que les choses
"sérieuses" se passent. Et ce sont cette fois les physiciens (J.
Charon : " L'esprit et la relativité complexe " Albin Michel 1983,
Stéphane Lupasco "L'énergie et la matière vivante" Ed. Julliard,
M.Cazenave, Costa de Beauregard etc..) qui sont les chefs de file les plus à
même de prolonger les intuitions de R. Chauvin, H. Laborit étant sans doute
très près aussi par son approche des niveaux d'organisation de type
cybernétique ("Dieu ne joue pas aux dés" Seuil 1987). Nous
reviendrons sur ces auteurs qui sont indubitablement à la pointe de la
recherche psychophysique fondamentale, faisant notamment jouer un nouveau rôle
aux électrons (rebaptisés "éons") qui se voient attribuer des vertus
étonnantes chez Jean Charon, comme chez tous les gnostiques, d'ailleurs.
L'électron n'apparaît-il pas déjà comme étant un trou noir, pour ce qui
l'entoure en dessous de 10 puissance moins
Pour faire retour à notre image des réserves d'harmonie (l'harmonie potentielle sus-mentionnée), que seraient alors l'énergie et la santé psychique, si une telle santé ou une telle énergie existent, sinon la faculté de puiser dans les dites réserves ? Quel meilleur moyen y aurait-il pour l'acquérir cette éventuelle énergie que·de s'efforcer d'avoir un optimisme à toute épreuve, une confiance totale en l'avenir (ce qui n'est nullement hors de nos possibilités dès lors que nos chances objectives n'apparaissent pas excessivement faibles, ou que l'on ne se limite pas au monde tangible, ou à celui qui constitue le paysage mental des réductionnistes de diverses obédiences, ceci sous réserve de petites conditions bien probablement tout de même)...
Les sportifs connaissent parfaitement ce type de phénomène dans leur domaine, les médecins aussi (pour leurs malades) lorsqu'ils considèrent que garder un bon moral est préférable au découragement pour ce qui touche aux chances de guérison... Les économistes, enfin, l'ont particulièrement bien compris, notamment en matière d'investissement, élément indispensable à tout progrès économique, mais élément nécessitant absolument confiance, espérance et optimisme. C'est qu'en économie aussi (domaine au demeurant peu abordé en matière de psychothérapie, où l'on ne souligne pas assez le rôle·de l'argent -ou du manque d'argent- dans certaines névroses : Bien des dépressifs à qui l'on ferait gagner "un gros lot" retrouveraient bien vite le goût de vivre, et bien des blasés trop gâtés ou de richissimes mégalomanes paranoïaques tout à coup appauvris et devant “descendre à la mine” retrouveraient tout leur équilibre..), en économie donc, aussi, tout se passe comme si les réserves d'harmonie potentielle devaient volontairement être "branchées" pour que tout marche bien. Et ceci encore plus lorsque les temps deviennent hostiles, ce qui est naturellement encore plus difficile: avoir confiance quand tout va mal est infiniment plus ardu que quand tout va bien !
Le climat psychologique est l'élément clé de l'économie, nul ne le conteste plus depuis la généralisation du papier monnaie, monnaie dite “fiduciaire” - le terme en dit long sur le rôle de la foi (non religieuse) jusqu'en économie! On est, dans ce domaine, passé au "psychosomatique" généralisé mais on n'est pas très sûr de pouvoir maîtriser le système faute d’être suffisamment allé au fond des choses, c'est à dire, en l'occurrence, faute d'avoir suffisamment pris en compte les éléments psychologiques entrant en jeu. Et il a fallu la cruelle expérience de la grande dépression des années trente pour y voir plus clair dans les lois (empiriques) qui sont à la base du phénomène en économie de marché. Qui n'a entendu parler du New Deal aux USA, effort de remise en route de l'économie pendant cette grande crise ?
Les économistes savent le rôle qu’a joué le phénomène de
"pump-priming" (amorçage de la ”pompe”) qui a permis de sortir de
La confiance revenue, l'eau de "l'économie harmonieuse" a coulé presque toute seule du réservoir ainsi siphonné par le retour à la confiance et à l'optimisme. Un pas de plus avait bien été fait par rapport au progrès du papier monnaie même si ça avait été bien un peu "en tâtonnant" grâce à Roosevelt et à Keynes. Nouveau progrès, puisqu'il s'était agi non seulement de générer de l'harmonieux, comme dans le cas de jeux à somme normalement nulle qu’il s’agit de rendre à somme positive, mais de sortir d’une spirale constamment descendante, “jeu” de type itératif devenant tout seul de plus en plus à somme négative.
Un autre exemple classique est celui du gâteau (en fait, de la masse de biens et de services divers) à partager. Si on se dépêche de tout partager, tout de suite, dans un climat de faible confiance en l’avenir, en se disant que “un bon tien vaut mieux que deux tu l’auras”, chacun n’a qu’une petite part. Si par contre on sait (et peut, bien sûr) attendre, si on sait investir une part dudit gâteau au lieu de le consommer en entier tout de suite, et que l’on exprime ainsi une confiance dans l’avenir (et dans les autres), c’est un gâteau bien plus grand que ce que l’on aurait jamais pu espérer que, sous certaines conditions, tous se partagent - sans que sa croissance soit illimitée d'ailleurs. Tout le monde y aura donc gagné à cette·"majoration d'harmonie" ayant résulté de la coopération et de la capacité à savoir utiliser l'avenir, et à faire cet acte de foi, ici seulement économique.
Mais il a une toute autre portée, cet acte: il débouche sur la
probable signification profonde de cette opération énigmatique qu'est l'investissement,
sans lequel il n'y aurait guère eu de progrès réalisé depuis l'aube des temps,
quelles qu'eussent pu être les motivations de gain et l'avidité des partenaires
économiques par ailleurs : L'investissement suppose quelque chose de
virtuellement bénéfique quelque part en arrière plan, ou en "arrière
temps", quelque chose de parfaitement existant tout en étant irréel, et
quelque chose de lié à la foi en son existence !. Ce qui nous parait ouvrir
quelques horizons tant extra matérialistes qu'extra déterministes... Mais les
opérations correspondantes ne vont pas sans quelques conditions préalables à
respecter, semblerait-il, cependant, dont un sens de la mesure que les
financiers de
Confiance, croyance, espoir (dans l'existence d'une solution non chaotique en toutes circonstances face à toutes sortes de problèmes) toujours ces mêmes substantifs sous des formes diverses à l'origine de tout ce qui permet de réussir, de décoller, de s'épanouir ou se sortir de mauvais pas... Sans autre "providence" que nous-mêmes, notons-le bien, car il est probable que le "réservoir d'harmonie" est surtout dans la tête de chacun et de tous ! Notamment sous la forme de cette intelligence qu'est le souci de l'harmonie, s'opposant à nos pulsions primaires qui ne savent guère que "ficher la pagaille". Sans autre providence, donc, mais avec cette "providence" là, notons-le tout de même !
Pour ce qui est des pessimistes, des négativistes, des craintifs, il en va de même, apparemment - mais le problème est encore plus difficile à résoudre car pouvoir faire preuve d'optimisme, c'est supposer que les obstacles, notamment s'ils sont de nature psychologique, ne sont pas trop élevés. On se heurte autrement au problème de savoir comment "faire boire un âne qui n'a pas soif", l'individu ne croyant plus suffisamment en ses chances pour "vouloir encore qu'il veuille" et personne ne pouvant alors, sauf exception, l'entraîner dans un mouvement de "libations".
La confiance de type religieux n'est évidemment pas à la portée de tout le monde, et est beaucoup trop débilitante aux yeux de nombre de nos contemporains, et on les comprend, mais par la confiance dans le monde et les "ondes positives" intenses qu'elle génère le plus souvent, qui peut nier qu'elle constitue une source d'énergie psychique considérable, un "pump-priming" de tout premier ordre avec effets positifs flagrants dans beaucoup de cas, et peut aider ceux qui y ont accès à faire face, avec le maximum de chances d'en souffrir le moins possible, aux pires épreuves de la vie ?. Elle peut même permettre, seule avec quelques idéologies vécues très positivement, de mourir avec joie, tout comme meurent ainsi en chantant ceux qui le font en ayant foi en une cause qu'ils estiment juste.
Cas extrêmes évidemment. Mais il reste que tout cela donne à réfléchir sur l'importance du phénomène foi, sur les avantages qu'apporterait au monde son extension sur un mode non religieux, mais néanmoins tout aussi "prenant" psychologiquement, et sur la triste condition dans laquelle se trouveraient des terriens dont la confiance dans le monde harmonieux et signifiant serait de plus en plus exclue, sous l'influence de tout ceux qui, en criant "Dieu est mort", ou en se ralliant à cette opinion, ont en même temps tué, en eux et autour d'eux, toute fidéité envers le monde, sinon même envers l'homme ! Or cette confiance exige la croyance en certaines choses (ne serait-ce qu'en l'existence d'une harmonie générale dérivée du fait que nous pouvons générer bien plus d'harmonie qu'il n'y en aurait par le seul effet du hasard...) nous en revenons toujours là...
Sans même aller aussi loin, des effets bénéfiques apparaissent si on sait s'investir dans quelque chose, si on fait l'effort de s'y intéresser avec l'idée que ça marchera. Petit acte de foi, en somme, qui ne nécessite aucun support religieux, mais est tout de même une petite forme de foi dans le monde - par "soi" interposé. Au début, c'est dur. Il faut faire l'effort de siphonner, et on a parfois l'impression que, peut-être, on siphonne du vide. Il faut alors savoir persévérer - autre acte de foi. Mais combien nombreux sont ceux finalement récompensés, s'ils ne se sont pas découragés trop vite - que ce soit pour avoir appris à lire, à jouer du piano, à collectionner des objets intéressants ou à avoir développé la pratique d'un sport ou d'une langue étrangère ou de jeux intelligents tels le bridge ou les échecs ? Ou à avoir cherché à élaborer des " systèmes féconds" et à découvrir des "situations porteuses", dont le meilleur exemple est celui du premier paralytique ayant pensé à faire appel à un aveugle, tous deux étant gagnants à leur rapprochement, qu'il s'agissait simplement de trouver !
Et c'est là où l'enseignement prend toute son importance, s'il ouvre l'esprit, car il oblige l'enfant à apprendre à investir dans son intelligence, et dans lui-même, et à savoir attendre des fruits n'apparaissant que bien plus tard. Et à être forcé de constater qu'ils viennent, en effet. Une fois adulte, il saura alors reproduire lui-même, volontairement, ces actes d'investissement en soi qu'on lui aura appris à l'école (si celle-ci était "bonne", et si l'on a compris la leçon de l'investissement en soi).
Ceci est un phénomène universel concernant l'étudiant aussi bien que le joueur de tennis : si on fait (pour des choses intelligentes, évidemment, pas pour réussir financièrement ou pour rendre amoureux(se) et docile l'élu(e) momentané(e) de son cœur!) confiance à l'avenir, à soi-même, au monde, et si on fait un geste dans ce sens avec le plus de conviction possible, on aura beaucoup plus de chances de réussir et d'être heureux que si on ne fait pas preuve de ce qu'il doit être permis d'appeler du positivisme, même si A. Comte employait ce terme dans un sens différent. Il ne voyait lui, rien d'intriguant derrière ce mot lui-même, ce qui nous paraît une forme d'aveuglement... Car enfin tout cela n'est-il pas un peu équivalent, finalement à une sorte de clin d’œil·que nous ferait le monde pour nous dire: "Bien sûr, allez-y, croyez-y. Vous êtes dans un contexte d'harmonie générale mais qui n'apparaît pas parce qu'elle est optionnelle (cela, c'est la contre-partie logique de votre liberté). Sachez en profiter et jouez le jeu avec enthousiasme. Vous ne gagnerez sans doute pas à tous les coups mais vous aurez mis toutes les chances de votre côté, et c'est à la règle du jeu. Peut-être même finirez-vous par être gagnant à tous les coups de façon ou d'autre. Qui sait ?"
Certes il y a bien un peu dans tout cela quelque chose comme une pétition de principe, ou un cercle (qui serait en l'occurrence salutaire et non vicieux !) Nous disons en effet que pour créer de l'harmonie il suffit de vouloir croire - avec confiance et optimisme - en l'harmonie, et en même temps nous disons que pour avoir cette confiance et cet optimisme il suffit de "puiser" dans d'hypothétiques réserves d'harmonie, c'est-à-dire en fait y croire déjà ! Mais ce cercle est significatif : il nous avertit de ce que l'harmonie a des chances de n'être vraiment accessible qu'à quelqu'un qui a déjà la volonté confuse de parvenir jusqu'à elle (et de ce que la prise de conscience de cette situation peut nous aider à enclencher le phénomène).
Il est probable que nous avons tous un certain sens de l'appel de
l'harmonie mais que bien peu le portent à la conscience en la
"reconnaissant" dans son aspect à la fois indépendant de nous (un peu
transcendant si l'on veut) et dépendant de nous, en ce que nous pouvons
Il y a dans tous les cas un jeu possible dans lequel n'entrent que ceux qui veulent y entrer, jeu qui n'a nulle raison de ne pas être à la portée de tous. L'harmonie, comme la poésie ou la musique (et bien d'autres choses encore, car ce schéma nous semble assez généralisé) ne ferait bénéficier de ses avantages que ceux qui se seraient disposés à les saisir - et, naturellement, agiraient en conséquence. La clé biologique de l'opération étant la disposition d'esprit, mot qui évoque on ne peut plus clairement une disposition cérébrale - fatalement neuronale (fine), que nous serions nous-même en mesure de mettre en place par notre libre volonté - tout comme nous sommes libres d'ouvrir les yeux ou de les garder fermés !
Alors...? La confiance et l'espoir, éléments moteurs trahissant l'existence de "quelque chose d'autre" (que le jeu des circonstances, assimilé au hasard) pour diriger le monde - pardon, pour l'harmoniser la différence est de taille ? Peut-être pas encore, mais on commence tout de même à se dire que la masse de rouages et de poulies constituant notre mécanique s'est un peu improbablement transformée, à la réflexion, en une espèce de chose construite, (aussi loin soit-on d'une belle horloge). Mais l'horloger, finalement, ne serait-ce pas nous-mêmes ? Nous-mêmes, lorsque nous utilisons notre liberté pour puiser dans des réserves d'harmonie du monde qui existeraient psychiquement (puisque nous pourrions, à volonté, à partir d'elles créer de l'harmonie réelle ?)
Allons, allons ! Nous nous laissons aller à croire au père Noël et à prendre ce qui a, pour un esprit vraiment(?) critique, toutes chances (?) d'être nos désirs pour des réalités et ce alors que Marx, Freud, Sartre et tant d'autres ont mis en garde contre de telles illusions, ceux qui avaient besoin d'un support, ou d'un motif d'encouragement, au point de s'en inventer un par eux mêmes, en disant qu'il vient du ciel, de l'intérieur d'eux-mêmes, ou d'ailleurs !
Il n'y a pas de preuves réelles de ce que nous avançons sur l'existence de réserves d'harmonie, donc il n'y a pas de réserves d'harmonie, voilà. Et pardon au lecteur pour nous être ainsi laissés attirer en dehors des chemins du rationalisme le plus strict.
Quelle réflexion pourrions-nous cependant tirer de ce petit tour d'horizon sur l'harmonie et la dysharmonie? Celle qu'avec la capacité d'harmoniser, de générer de l'harmonie (ou de la dysharmonie), l'homme se trouve dans la position d'un joueur de dés qui pourrait contrer le hasard.
Il peut en effet, par sa volonté (apparemment appuyée sur l'espoir, la confiance, l'optimisme et la foi dans le monde mais cela est accessoire à ce stade, l'intelligence pouvant y suffire) modifier le cours des choses tel que le hasard le dessinerait s'il était seul en cause. Ce qui le met dans la situation du joueur qui pourrait, sans recourir à un artifice matériel quelconque, faire sortir sinon autant de "six" qu'il le voudrait du moins plus de chiffres élevés que de chiffres bas. Ce qui ferait bien sortir du cadre du strict hasard. L'homme a la possibilité de générer, et ce sur une période aussi longue qu'il le décide, plus (ou moins!) d'harmonieux que le seul hasard n'en générerait. Le dé du monde peut ainsi être lancé de telle façon que l'on puisse sortir plus de chiffres élevés que de faibles (ou l'inverse). La conclusion nous paraît s'imposer: les dés du monde sont "pipés". N'est-ce pas la définition même du "pipage" que la possibilité d'obtenir des résultats différents de ceux que fournirait le seul hasard ?
Même si l'on contestait notre raisonnement (sur des bases que nous aimerions connaître) et que l'on ne trouve pas qu'il y a contradiction interne entre l'idée d'un hasard exclusif, élément "explicatif" du monde, et celle qu'il créerait des objets capables d'organiser différemment les choses, il resterait tout de même curieux de voir ainsi en compétition l'homme et le hasard !
Ceux des lecteurs qui souhaiteraient approfondir cette question sous l'angle de l'entropie pourront se référer à, par exemple, l'excellent "L'univers ambidextre" de M. Gardner Seuil 1985 Coll. Science Ouverte. Ils y verront que le physicien autrichien M. Bolzmann s'est tout particulièrement penché sur ces cas d'entropie négative, ces cas où la balance penche du côté opposé à celui vers lequel elle doit pencher normalement, en générant des systèmes où, par exemple, l'information augmente au lieu de diminuer. Si M. Bolzmann conclut à la possibilité (hasardeuse) d'une telle éventualité, c'est seulement dans la mesure où elle est limitée et temporaire (d'un temporaire qui peut en fait demeurer tel quelques milliards d'années, broutille au regard de l'éternité). Atlan et Dupuy (op. cités) se sont également très sérieusement penchés sur ce problème, comme, en fait, presque tout chercheur moderne intellectuellement honnête, car il y a là, comme un mystère, lié à cette auto-organisation qui apparaît partout en biologie, sans que l'on se penche trop sur elle, alors qu'elle nous paraît devoir être l'élément clef de toute réflexion par son caractère si intriguant...
Nous pensons, nous, qu'il n'est pas possible de faire entrer dans le schéma de Bolzmann une diminution d'entropie, ou une augmentation d'information qui n'a, a priori, aucune raison de ne pas durer aussi longtemps que le système ! · Or rien ne laisse penser que les humains (ou leurs successeurs, qui reprendraient, et vraisemblablement re développeraient l'information acquise) soient destinés à disparaître avant le système tout entier - s'ils savent faire preuve de suffisamment de discernement pour ne pas se vouer eux-mêmes à leur perte avec leurs armes infernales désormais entre les mains de malades mentaux payant bien (ou disposant de puits de pétrole) s'étant hissés au pouvoir.
On se trouve, à notre avis, en face d'un nouveau cas de figure. Cela nous semble bien correspondre à un authentique saut qualitatif, sur lequel nous ne voyons pas que beaucoup de penseurs se soient penchés... Serait-ce à cause des implications dites "métaphysiques"? Mauvais mot, alors... (Le remarquable ouvrage d'Ilga Prigogine, Nobel de Chimie, "La nouvelle alliance" 1977 apporte des éléments de réflexion nouveaux, ne contredisant nullement notre réflexion, non plus que les ouvrages d'H. Reeves: "L'heure de s'enivrer". "L'univers a-t-il un sens ? " Seuil 1986. Aussi de Prigogine , encore, dans son "Temps, physique et devenir", de C. Vidal et H. Lemarchand "La réaction créatrice", et de Berge-Pomeau-Vidal: "L'ordre dans le chaos (Hermann 87) Aussi, enfin, le très fort (et très abscons) livre de réflexion biologique qu'est le "Contre Monod" de Marc Beigbeder, qui, hélas, ne tire pas toutes les conclusions de sa brillante démonstration, et, selon nous, s'arrête en chemin alors que John Eccles ("Evolution du cerveau et création de la conscience" Fayard 92) va un peu plus loin sur cette même route.
Tout cela nous laisse aussi perplexe que pourrait l'être le spectateur de l'anthropoïde dactylographe (que la dactylographe de ce manuscrit ne nous en veuille pas !) si ce dernier avait, avec l'aide du seul hasard, tapé ce livre mot pour mot et virgule pour virgule puis s'était exclamé: "Il n'y a peut être pas que des absurdités dans ce qui vient de sortir de cette machine ! Cette histoire de singe qui taperait par pur hasard des choses laissant imaginer qu'il y a d'autres choses que le hasard et qu'il serait utile pour la santé psychique d'en tenir compte dans la vie quotidienne pourrait bien être de quelque intérêt pour mes congénères. Je vais le faire imprimer et diffuser pour qu'ils me disent ce qu'ils en pensent, eux." Et s'en était allé du même pas chez un imprimeur avec son texte sous le bras. On se dirait, alors, qu'il y a eu intervention d'autre chose que le hasard, et la chose serait peu douteuse, en effet. Mais il est tout à fait exclu que cela, qui relève de la science fiction, se produise diront les rationalistes purs et durs ! Un anthropoïde, s'il peut bien taper n'importe quoi par hasard, même une réflexion sur l'anti-hasard, ne saurait comprendre ce qui est écrit et encore moins se soucier d'intéresser ses congénères à la question.
Tout à fait exclu ? Nous sommes absolument de leur avis, à priori. "Trouble is" diraient les Anglo-saxons (le problème est) : n'est-ce pas ce qui s'est passé dans le cas du présent ouvrage ? Nullement protesterez-vous, car l'auteur, s'il est bien un "anthropos" (homme) n'est assurément pas un anthropoïde. L'auteur vous l'accorde volontiers, (en vous en remerciant). Reste qu'avec un peu de recul, on devrait pouvoir considérer qu'avec 99 % de ses gènes similaires à ceux du chimpanzé et des mots alignés les uns après les autres avec les doigts on n'est pas très loin de notre exemple pour ce qui est de l'exécutant et des conditions d'exécution de l'ouvrage, tapé par un "singe nu" (Desmond Morris dixit) au lieu de l'être par un singe velu.
Si bien que de quelque façon qu'on interprète la situation il semble bien que l'aléatoire a conduit à une performance jugée incompatible avec l'aléatoire (ce qui sera encore plus vite reconnu si l'on admet que l'auteur n'a pas tapé ce livre "au hasard"). De sorte qu'ou bien on admet que notre singe nu a dans son 1 % de chromosomes différents quelque chose d'essentiellement non aléatoire, ou bien on le conteste, mais il faut alors reconnaître qu'il fait des choses qui sortent de l'aléatoire. La différence nous paraît minime, et il nous semble qu'il est impossible d'éviter de reconnaître à l'humain, et à sa liberté de s'interroger sur lui-même et sur le hasard et de générer plus de néguentropique (d'harmonie) qu'il n'y en aurait aléatoirement, un caractère à tout le moins "a-hasardeux". Il suffit, d'ailleurs, d'imaginer une assemblée de chimpanzés en train de rendre la justice, ou de prendre des notes face à un tableau noir couvert de formules mathématiques pour réaliser à quel point le 1% chromosomique en question (autant dire quelques paquets de molécules !) pèse lourd dans la balance de l'évolution ! Et puis, enfin, cette raison qui est en nous, comment la concilier avec l'aléatoire pur, aussi partielle que soit son application ?
Cela, s'ajoutant aux divers petits indices peu hasardeux mentionnés précédemment nous oblige à construire de nouvelles hypothèses de travail, à élaborer une axiomatique nouvelle qui serait un peu plus qu'une simple axiomatique : il semble bien qu'il y aurait, qu'on le veuille ou non, (et nous ne le voulons nullement, à priori !) une autre vérité, une autre explication, un autre principe du monde, un "non-hasard" ou un "sur-hasard", un "petit-quelque -chose-de-type- surhasardeux", sans que le radical "sur" exprime une quelconque idée de supériorité, mais bien de seule superposition (ou de juxtaposition, avec “cohabitation") aux côtés d'un hasard qui ne quitterait nullement la scène pour autant. Comme il faut bien tenter de rendre compte des singularités soulignées en matière d'harmonie, nous ne pourrons que relier, d'une façon qui nous échappe, certes, mais, relier tout de même, cet "autre chose", ce "sur-hasard", donc, à l'harmonie, en lui attribuant (dans le cas de l'humanité, tout au moins) des "vertus harmonisatrices" (se manifestant notamment par la faculté qu'ont les humains de concevoir des notions abstraites telles par exemple le droit, et de chercher à établir un monde fraternel, ou au moins pacifique, régi·par ce droit plutôt que par la loi du plus fort), et dans lequel les médecins tentent de porter remède à ce qui, naturellement, ne va pas chez l'homme, pour le faire aller bien . Cela également le plus naturellement du monde, mais d'un " naturel" qui n'a rien à voir avec le premier !
Nous sommes absolument désolés de faire un saut qualitatif d'une telle importance, mais nous nous y sentons intellectuellement contraint, (comme de plus en plus de scientifiques modernes, d'ailleurs, d'autant que cela va dans le sens de nos réflexions sur la néguentropie aussi bien que sur la biologie moderne) tout en restant prêt à accueillir avec intérêt toutes suggestions de lecteurs aboutissant, à partir des mêmes réflexions, à des conclusions différentes des nôtres, car cela nous éviterait peut-être d'avoir à faire ce saut. Un tel saut est extrêmement déplaisant, voire un peu effrayant, pour un individu moderne, équilibré, bon vivant, ayant les pieds bien sur terre, épris de liberté, et normalement intégré à sa société occidentale industrialisée, bien peu soucieuse de se "coller sur le dos" quoique ce soit qui puisse, même vaguement, ressembler à une transcendance (même immanente au monde et non pas extérieure à lui), alors qu'elle vient à peine - et à grand peine - de se débarrasser de celle qu'une religion passablement moyenâgeuse lui avait imposée sans discussion ! C'est en effet un grand point d'interrogation qui apparaît si l'on se rallie à l'idée d'un sur-hasard, qui évite difficilement la qualification sinon de transcendance du moins de "signifiant", de "non-absurde", à un titre ou à un autre ! C'est encore plus désagréable si ce sur-hasard nous concerne directement, nous touche, car alors c'est notre autonomie, notre liberté qui peuvent être mises en doute. Or cette liberté est fondamentale ! Monod (qui, incidemment, ne semble pas s'être tellement demandé par quel "Hasard" sa "Nécessité " s'était retrouvée nécessaire) redoutait, lui, cette autonomie lorsqu'il écrivait que le postulat d'objectivité nous conduisait à une "effrayante solitude". (Cette solitude n'aurait pour nous rien d'effrayant, puisqu'elle garantirait notre liberté, Sartre l'avait bien assez souligné !)
Notre postulat d'objectivité·à nous débouche apparemment, au contraire, plutôt sur quelque chose comme une "compagnie", dont nous nous serions bien passée, tant par le coté a priori "bizarroïde" de la chose que parce que notre liberté (toujours elle !) nous semblerait alors désagréablement menacée !
Tout ne se passe-t-il pas, en fait, un peu comme si quelque chose ou quelqu'un frappait derrière notre porte, en disparaissant dès que nous ouvrons, comme le dit le Professeur H.Atlan dans la dernière phrase de son "Intercritique de la science et du mythe" ? C'est visiblement l'impression qui se fait jour dans la communauté scientifique actuelle, alors que celle antérieure à, en gros, 195O parvenait à une conclusion inverse ? Mais nous nuancerions volontiers l'observation d'H.Atlan (qui semble ne voir là qu'une illusion) en ajoutant, monisme oblige, que tout se passerait plutôt un peu comme si c'était "nous" qui de l’extérieur, frappions à la porte d'un local à l’intérieur duquel "nous" nous trouverions !
Belle énigme, assurément que celle là, déjà posée par Paul Valéry lorsqu'il disait que nous étions "enfermés hors de nous-mêmes". Mais qu'y a-t-il de plus énigmatique que l'homme, finalement ? Parler de "sens" ou de "pré-sens" (de présence ?) serait certes extrapoler abusivement, mais le pendule va maintenant plutôt dans cette direction. Reste à souhaiter que cette éventuelle "présence" - que nous relions à l'idée d'un sur-hasard - nous fiche un peu plus la paix que la précédente - proposée (ou parfois imposée, sous forme tout à fait personnelle et bigrement contraignante) aux Occidentaux, (celle des Orientaux étant plus impersonnelle, celle que nous entrevoyons ayant quelque chance d'être transpersonnelle, à mi-chemin !) - et qu'elle ne nous réveille pas la nuit en tambourinant à notre porte ! Mais elle ne devrait pas être si "mauvais bougre" que cela puisqu'elle paraît très liée à l'harmonie après tout.
Quand même, quel choc pour un cerveau scientifique moderne et équilibré que de devoir ainsi faire appel à autre chose qu’au hasard pour “expliquer” l’homme ! Surtout après les claires mises en garde de Freud contre "les boues noires de l’occultisme” ! Mais comment éviter de concevoir, avec la nature profonde du monde, liée avec elle, une sorte d’harmonie de fond (certainement pas une providence ou alors bien spécifique) décelée par le fait que croire en l’harmonie crée de l’harmonie. N’y a t il pas là une sorte de cercle "vertueux” bien étonnant, où il n’est peut être pas interdit de voir de ....l’harmonie préétablie ?
Quelle aventure ! Mais aussi.... quel mystère !
HYPOTHESES PROPOSEES A TITRE DE BILAN DE NOTRE REFLEXION SUR LE HASARD, LE REEL, ET L'HARMONIE.
Rappelons tout d'abord que le terme de "sur-hasard" est ce qui nous semble le moins mauvais vocable pour représenter cet "autre-chose-que-le-hasard " dont nous sommes aussi forcés de suspecter l'existence que l'est le joueur dont le dé est resté en l'air (ou sur un coin) car la "probabilité de l'homme" (tel qu'il est, c'est à dire non seulement biologique mais aussi doté d'esprit, libre - ou auto-libérable - et conscient) nous paraît au moins du même ordre que celui du dé restant en l'air sans intervention d'aucune sorte.
Le lecteur sera prié de ne voir en ce terme de "sur-hasard" qu'un auxiliaire conceptuel destiné à cerner les mécanismes (notamment psychiques) en jeu et les réalités mystérieuses qui nous sous-tendent, nous et notre monde, et sur lesquelles nous allons nous pencher de notre mieux, toujours en tâtonnant.
En réponse à la "question-piège" mentionnée plus avant posée à l'adolescent et que nous rappelons : "Au cas où le monde ne serait pas régi par le seul hasard en quoi cela te concernerait-il (et pourrait-il t'être profitable) personnellement ? "nous proposerions ceci pour l'aider à se situer :
a) Un sur-hasard serait aux côtés du hasard un (autre) élément intervenant en tant qu'"harmonisateur" de notre biosphère, laquelle se trouverait en quelque sorte englobée à l'intérieur d'une "métasphère" plus large. Cette "métasphère" incorporerait ce qui nous dépasse (toutes ces "choses" appelées: l'infini, l'abstrait, l'absolu, l'idéal, la beauté etc..), rendrait en partie compte des phénomènes étranges observés tant sur le plan scientifique que sur le plan psychologique, et resterait comme un "en dehors" (mais aussi en dedans !) du monde qui échapperait pour toujours à notre entendement (tout comme le hasard d'ailleurs, car, finalement, qui connaît son origine à celui là ?).Cela n'est pas sans rappeler ce que suggérait Platon, il y a près de vingt-cinq siècles, avec un certain mythe caverneux - à ceci près que nous proposons, en partie pour nous rapprocher du neurophysiologique, de voir "au fond de nous" ces idéaux que Platon voyait à l'extérieur. Ce qui l'orientait vers une vision totalement dualiste du monde, alors que la notre ne l'est que partiellement, le dualisme ne se situant pour nous qu'à l'intérieur d'une unité du monde (conception dénommée "monisme" ou "holisme" par les spécialistes de la question).
Le sur-hasard se retrouve partout et à toutes les époques dans
l'histoire de
b) La réalité du monde serait donc quelque chose comme une
dualité: monde du hasard/ monde du sur-hasard mais elle serait de type
"continu", ce qui nous ramène au monisme, et à une Nature naturante
engendrant ou englobant une nature naturée. Le sur-hasard aurait toutes sortes
de "prolongements" (dont la possibilité de liberté donnée à l'homme
par
Ce qui rejoint les positions de ces diverses religions faisant état de l'existence d'un autre monde que le nôtre, d'une sorte de "paradis" - mais nous ne le voyons ni uniquement postérieur à la mort (il serait, bel et bien, avant tout "sur terre"), ni soumis à des conditions d'accès de type rituel ou dépendant tellement de notre vertu, ni extérieur à nous. Nous le verrions plutôt, comme Marc Aurèle, Spinoza et d'autres, toujours à notre portée, en nous, et accessible par notre volonté, par notre intelligence, par notre "imagination créditive", c'est-à-dire surtout par notre confiance en son existence (confiance basée sur de forts sérieux indices, il nous semble).
Il conviendrait dès lors d'appréhender la réalité comme étant pluristratifiée dans son unité, et nous participerions d'autres strates que celle immédiatement observable, que les matérialistes retiennent seule. Ce qui donnerait tout son sens à la phrase de Paul de Tarse: "Nous sommes dans ce monde mais non de ce monde". Nous ne le serions, en effet, ni totalement, ni uniquement, dans ce monde naturé, à bien y réfléchir. Ou plutôt, il y aurait comme un "autre monde" (naturant) à découvrir, au fond de nous mêmes ! Mais il serait, avant tout, cérébral, s'entend, et la métasphère serait une infrasphère plutôt qu'une ultrasphère, si tant est que nos pauvres mots aient encore un sens à ce niveau de mystère ! Reste que cela doit, à nos yeux, plus nous éviter de "tomber en religion" que de nous y conduire, et le chemin de Damas serait sans doute à éviter plutôt qu'à emprunter - sinon temporairement, et pour aller plus loin ! Nous pourrions alors, en toute intelligence, nous ouvrir, de ce fait, à une sorte de "spiritualité naturelle" sans déchoir.
c) Le sur-hasard constituerait, d'une certaine façon, la réserve d'harmonie potentielle dont nous avons soupçonné l'existence, et, de plus, il jouerait en permanence dans la biosphère un rôle qui serait de type harmonieux, informateur, organisateur et dynamisant (ce qui, entre autres, permettrait de comprendre un tout petit mieux l'origine de cette énergie - ou de cet apaisement - qu'apporte l'oraison à ceux qui pratiquent cet exercice psychique, mais ne sont pas encore capables de le faire sans le support d'une religion).
Cette action harmonieuse s'inscrirait en surimpression sur un hasard qui resterait la règle dans la biosphère et elle se caractériserait, dans le monde physique, par une évolution cosmique puis biologique aboutissant à un humain qui resterait peut-être (mais peut-être pas, ou pas complètement, cela nous paraît sans réelle importance) le résultat d'un hasard.
Teilhard, lui, parlait de hasard dirigé, mais ce terme nous paraît beaucoup trop fort, peut-être même erroné, et trahit par trop son idéologie sous-jacente. On est certes tenté de donner à la nature une espèce d'intentionnalité, ce qui est a priori évidemment très étonnant, et scientifiquement très embarrassant, c'est indubitable. Ce n'en est pas moins admissible, surtout si l'on rentre dans le détail des opérations biologiques (notamment embryologiques) en jeu pour ce qui touche à la vie.
L'action harmonieuse qui résulterait d'un "sur-hasard"
se retrouverait facilement (et ce, depuis le Big Bang - sinon même plus avant
?) au niveau des lois physiques et biologiques (
Dans le monde des humains, la présence du sur-hasard serait révélée par des effets divers dont certains sont connus (tels quelques-uns de ceux décrits plus avant), d'autres soupçonnés seulement, d'autres enfin sans doute, parfaitement inconnus encore, et qui constituent partie de ce qu'on appelle la psychologie des profondeurs. Effets qui auraient pour conséquence (ou pour but ?) de nous permettre, si nous le souhaitons, d'encadrer, voire de "contrer" le hasard. Ceci, au nom d'une harmonie qui ne serait nullement automatique, mais bel et bien facultative, et n'existerait que sous forme potentielle à la manière de la fée électricité qui existe depuis toujours mais n'apporte ses bienfaits que depuis que les hommes ont compris les lois du magnétisme.
La santé psychique idéale consisterait alors à se placer le plus possible en accord avec les lois psychiques profondes qui seraient en quelque sorte le reflet du sur-hasard en nous, et correspondraient à une physiologie "infra-neuronale" optimale .C'est dans ce contexte que :
1- Nous serions dotés, par le biais de notre liberté, et aussi de nos sentiments, d'une capacité d'aimer autre chose que nous-mêmes, de désobéir à nos pulsions égoïstes, de nous imposer, au nom de valeurs à la fois transcendantales et facultatives (par respect pour notre liberté existentielle) des sur-moi volontaires différents de ceux éducationnels ou culturels et même d'aller parfois contre notre propre intérêt (apparent).Ceci en établissant des "ponts métasphériques" non seulement entre individus particuliers mais encore entre un individu donné et les autres pris dans leur ensemble (l’amour de l’humanité, par exemple).
Ceci permettrait également de parvenir à un respect de la nature,
à un monde de moindres inégalités et de justice accrue, et à une vie en société
qui ne soit un enfer pour personne, les pulsions de domination,
d'appropriation, ou autres, étant alors supposées correctement gérées en tenant
compte de l'harmonie de l'ensemble. Laquelle passe avant tout par le respect de
La capacité sus-mentionnée d'aimer autre chose que nous-mêmes n'aurait rien de spontané, mais exigerait une préparation particulière et une réflexion qu'il s'agirait d'aider chacun à mettre en oeuvre, car, n'en déplaise aux apôtres d'un épanouissement par le défoulement maximum de nos pulsions (Perls, Reich, etc..) c'est leur contrôle qui serait sain et non leur libre jeu, qui, non contrôlé, nous asservit, ainsi que nous l'avons souligné.
2- Nous serions dotés d'une capacité intellectuelle nous permettant d'avoir accès, essentiellement par le biais des mathématiques et des sciences connexes, aux lois physiques du monde dans lequel nous sommes plongés - libre à nous de décider si nous souhaitons en tirer profit à notre seul avantage immédiat, quitte à courir ensuite à notre perte, ou si nous préférons le faire en préservant l'avenir... Là, encore, cette capacité "se travaille", on le sait.
3- Nous serions dotés d'une conscience éclairée par un sens de la mesure et d'une raison nous permettant, si nous le souhaitons, de nous mettre au diapason avec les éléments harmoniques "métasphériques", (par "personnage B" interposé, donc, si on accepte cette présentation duale de nous-mêmes). Un des défis posés à cette conscience et à cette intelligence individuelle serait de savoir se transformer en conscience et intelligence collective - l'éducation jouant un rôle capital dans l'opération.
4- Nous serions dotés d'une capacité de relever le défi précédent
en découvrant et comprenant la signification des phénomènes curieux dont nous
sommes témoins en nous et autour de nous, en les référant à la probabilité
qu'ils auraient eue de se produire en régime purement aléatoire et en réalisant
que la trop grande faiblesse de cette probabilité nous oblige à admettre une
sorte d'immano-transcendance de
5- Nous serions enfin dotés de la capacité d'éprouver à côté des joies biosphériques classiques (harmonieuses par pur hasard en somme : plaisirs physiques, famille, jeux etc., simples symétriques des douleurs diverses également liées au hasard), d'autres plus subtiles résultant de la mise en accord avec les éléments harmoniques métasphériques, par branchement sur (ou entrée dans) une métasphère (par opposition à la biosphère), si on peut employer ces expressions imagées. Avec alors, l'apparition d'une paix, d'une joie intérieure, d'une plénitude, d'une qualité de vie qui pourra même paraître nouvelle, conciliant un corps et un esprit trop souvent présentés comme difficilement conciliables...
Toutes choses que comprennent généralement assez mal ceux qui ne conçoivent qu'un monde biosphérique, et ne savent guère se plonger que dans leurs travaux, dans leur vie sociale, dans leurs comptes, leurs souvenirs, leurs amours du moment ou dans des nirvanas artificiels parfois dangereux...mais auxquels se réfèrent les autres lorsqu'ils parlent d'une vie intérieure et de sa richesse - de spiritualité, d'un petit "paradis intérieur", en somme...Lequel les amène parfois à se sentir emplis de ce "sentiment océanique" dont Romain Rolland faisait mention dans sa correspondance avec Freud (qui se disait, lui, tout à fait étranger à la chose, évidemment, tout en en admettant l'"existence" ne serait-ce qu'au titre d'une illusion - de plus ! ).
Sentiment qui s'expliquerait peut-être par le fait que :
"l'homme serait l'être par qui le monde viendrait à la conscience"
(M.Dufrenne "Pour l'homme"). Le monde, ou...
Connaissance du troisième genre (correspondant, pour Spinoza, à une libération du deuxième niveau, - c'est à dire totale - qui serait liée à la découverte d'un "bien qui donne à l'âme, quand elle le trouve, et le possède, une joie continue et parfaite, et ce pour l'éternité" (Spinoza, "Traité de la réforme de l'entendement").
"Bien" qui aurait quelques chances d'être, grâce à la
réalité de
Notre premier commentaire sur les hypothèses proposées sera que si elles étaient fondées, nous serions à l'heure actuelle, vis-à-vis de cette harmonie "métasphérique" (éventuelle) dans la même situation que les hommes du néolithique l'étaient vis-à-vis de la même harmonie, mais entrevue dans son seul "aspect" physique (harmonie prouvée depuis par le biais de l'existence de lois mathématiques et physiques). Tout comme ils la soupçonnaient, derrière les curieuses vertus de certains nombres, nous pourrions bien la soupçonner, nous, derrière les curiosités psychologiques, à notre avis plus que troublantes, que nous avons signalées.
Nos ancêtres, par exemple, qualifièrent de magiques ces nombres 3,
4 et 5 avec lesquels on pouvait, si on les portait sur une corde de
Qu'y a-t-il derrière ce que nous entrevoyons en matière d'harmonie psychique - et combien de découvertes y a-t-il à faire en nous-mêmes, cette fois ? Nous l'ignorons. Mais nous ne serions pas surpris si nous étions, en fait, au "néolithique" du psychique, à l'heure actuelle, et s'il y avait quelques gigantesques découvertes en attente pour nos successeurs... Ne pourrait-on déjà, au moins, concevoir un principe unique, sur-hasardeux, disons même métasphérique, comme source de deux types d'harmonie, physique et psychique ? Cela n'irait certes pas à l'encontre de la réflexion d'Einstein: "Le mystère éternel du monde, c'est son intelligibilité" tant parce que cela implique une unité entre pensée et réalité du monde, que parce que cela révèle quelque ordre en chacun des deux... Cela n'irait pas non plus à l'encontre de son intuition d'une équation unitaire à la base du monde physique, d'ailleurs. Equation nous ramenant tout droit a une Nature naturante, ou équivalent....
Il ne manque actuellement pas de chercheurs qui expriment, nous semble-t-il, des idées tournant toutes plus ou moins autour de ce principe unique, comme si on le cernait de mieux en mieux à travers toutes sortes d'approches, et ceci sans faire le moins du monde de la philosophie. (Laborit - "Dieu ne joue pas aux dés" - parle de niveaux d'organisation supérieurs les uns aux autres exactement comme nous parlons d'une métasphère englobant la biosphère et la prenant en charge d'une façon quasi informatique, à la liberté de l'homme près . Façon certes encore énigmatique mais qui rendrait compte de diverses théories, dont celle de l'orientation de l'évolution, ou bien de la "délégation de pouvoirs" signalée par Chauvin relativement au système adénique : "S'il est important de connaître la structure d'un niveau d'organisation, dit Laborit, il est encore plus important de mettre en évidence les relations qu'il établit avec le système qui l'englobe". Notons, au passage que Jaspers s'est plus que quiconque penché sur le concept d'”englobant”).
Auparavant, Laborit s'était, nous semble-t-il, rapproché de Chauvin en se demandant: "Ce qu'il (le cerveau) possède en lui n'épouse-t-il pas la forme et l'harmonie (?) de l'univers dans lequel il est plongé ?" Plus avant encore, ce qui devrait faire plaisir au physicien J. Charon précédemment cité, et à d'autres, il explore une "structure d'ordre 5" selon la définition qu'en laisse prévoir F. Jacob ("Le jeu des possibles") à partir des 4 niveaux précédents, relatifs à l'organisation biologique: cette 5ème structure se situerait entre la molécule d'ADN et le niveau atomique soumis aux lois de la mécanique quantique.
"L'individualisme", dit Laborit, "a sans doute participé à l'éloignement de l'individu de ses sources cosmiques. C'est pourquoi l'orientation de certains scientifiques contemporains, des physiciens surtout, vers un "animisme" d'apparence rétrograde paraît éminemment suspecte à une grande partie de la communauté scientifique. Et pourtant cet univers est ce que nous appelons, beau, harmonieux, mais aussi révoltant, inhumain. Et comment, avec de tels jugements de valeur, qui nous sont propres, pouvons-nous nous inclure en lui sans nous y perdre, ou sans nous perdre dans le déluge des mots à travers lesquels j'essaie de ne pas faire transparaître ma propre angoisse ?" (op.cit.). Comment ? Pourquoi pas en faisant référence à un hasard et à un sur-hasard qui s'articuleraient harmonieusement autour de la liberté de l'homme conférée à ce dernier par une Nature naturante aimant sa "création" ?
Notre second commentaire sera de rappeler que nous ne chercherons
pas à expliciter l'identité de ce sur-hasard, laquelle, vraisemblablement nous
échappera toujours. Tout au plus, d'aucuns, dont l'auteur, diront "
Cahin-caha parfois pas si mal organisé que cela, c'est vrai (si on a la chance d'être parmi ceux qui n'ont pas trop de malchance !) - mais parfois bien miteux dans le cas opposé, il suffit d'allumer la télé pour s'en convaincre !
Si par hasard (non, ce n'est pas le mot à employer !) nos hypothèses étaient fondées, nous serions alors beaucoup moins dans ce "cahin-caha" plus ou moins sympathique, que dans quelque monde non dépourvu d'un minimum de signification, à son niveau à lui, en tout cas, et par notre intermédiaire. Ceci, sans être esclaves pour autant d'un ordre du monde prédéterminé, du moins tel est notre sentiment.
En quelque sorte, (et sans parler pour autant de providence, terme par trop galvaudé et au sens trop ambigu, puisque la principale providence ce serait "nous", à la fois collectivement et individuellement - dans la mesure de nos moyens, évidemment), nous ne serions pas pour autant totalement livrés à nous-mêmes, sans quelque assistance, nous ne serions pas dans le vide, nous ne serions peut-être même pas seuls (en termes psychiques, par l'intermédiaire de notre personnage.
B). Le monde serait bien (pour partie) ce que nous le ferions être, d'où l'importance du pédagogique formateur, puis du politique, de l'économique et du social, mais, au moins, avec l'harmonie, nous aurions un repère, un modèle, aussi bien que nous aurions une sorte d'"allié" avec le sur-hasard pour parvenir à ce modèle de santé psychique que nous recherchons. Il y aurait, presque, alors, quelque chose à quoi nous pourrions dire merci: par notre capacité de connaissance et d'action bénéfique qui peut en résulter - progrès médical, par exemple, symbolisant bien la réussite de l'homme face à un hasard parfois sans pitié), par l'assistance psychique, à notre disposition (tant en cas de détresse, que pour réaliser en nous l'équivalent de "l'état de grâce"), par les joies et la force de notre esprit (s'ajoutant à des joies et des forces physiques qui sont bien sympathiques elles aussi), le sur-hasard nous aurait fait un très grand cadeau.
La vie serait alors peut-être bien le premier cadeau de ce sur-hasard, cadeau pour lequel on ne nous a pas accordé le choix de le refuser (au départ) mais cadeau qui est, sauf exception, généralement considéré comme bien agréable.
La possibilité d'être heureux par des voies "primaires" (réussite, famille, sport, jeux, sexe etc..) c'était, en somme le cadeau du hasard, cadeau assorti de ces contreparties que sont les échecs, les douleurs, les contraintes pénibles etc..
La vie est un premier cadeau (dans la seule mesure où les réussites l'emportent sur les épreuves et cela, le hasard de la naissance, de la santé, de la chance etc.. en décide en grande partie).La possibilité d'être heureux "en passant" dans la métasphère profonde quand nous le voudrions, accédant ainsi librement à la dimension supérieure du niveau d'organisation, cela serait un fantastique deuxième cadeau, offert à tous, même s'il se trouve assorti de la petite condition préalable qu'il faut "croire" en lui pour en bénéficier, et même si cela implique que l'on respecte alors certaines petites valeurs - par logique interne avec cette "croyance" en somme - nous développerons ce point plus loin.
Ce deuxième cadeau exigerait un mouvement initial de notre part - comme s'il fallait faire l'effort de tendre la main dans l'obscurité pour saisir un don généreux mais qu'on ne verrait (et n'apprécierait) qu'après l'avoir atteint et touché, car alors seulement "la lumière se ferait", (comme on dit dans les "évangiles" de diverses religions). Ce geste est un geste de confiance, et les conclusions de notre "réflexion-tour d'horizon" semblent inciter à le faire, ce geste (ne serait-ce que pour "voir" !) d'autant que la liberté, (et la notion de probabilité d'existence d'une vérité !) ferait, elle aussi partie du lot, ce qui nous permet de ne pas être irréversiblement engagés par notre adhésion.
Il n'y a pas à couper les ponts derrière soi, et incidemment, la liberté ne serait bien sûr plus la chose absurde présentée par Camus dans son "mythe de Sisyphe" (mais dans un système excluant le sur-hasard, la liberté devient en effet ou bien absurde ou bien incompréhensible ! C'est d'ailleurs ce qui conduit matérialistes, structuralistes et assimilés à nier la liberté existentielle de l'homme, ou, dans le cas de Sartre, à en faire une valeur suprême dans un monde dépourvu de valeurs. Il fallait s'appeler Sartre pour oser le faire !).
Alors, que penser de tout ce "beau discours"? Que c'est un acte de foi de type religieux ? Que cela, en dépit de nos véhémentes protestations d'impartialité est une adhésion à une philosophie idéaliste ou spiritualiste ? Que nenni ! Ou alors... pure coïncidence, de laquelle nous aurions presque envie de vous prier de nous excuser.
Ce que nous concevons c'est l'idée qu'il existerait bel et bien un niveau d'organisation supérieur à celui dans lequel nous évoluons, et que notre sphère d'activité (biosphère), serait en quelque sorte emboîtée dans une autre, à la fois plus vaste et plus profonde (métasphère) avec diverses connexions entre les deux, au niveau cérébral le plus fin. C'est tout !
Et cela peut difficilement passer pour idéaliste, spiritualiste ou religieux - même si idéalisme, spiritualité et religion se retrouvent derrière cette présentation des choses, notamment dans la faculté de "vivre à un autre niveau" que celui immédiatement expérimenté.
Ce niveau d'organisation profond et supérieur ! (qui nous concernerait au plus intime de notre être, en même temps qu'il dépasserait notre entendement), il convient de réaliser qu'il est implicitement accepté par toute personne refusant l'absurdité de sa vie et du monde : quelle troisième voie y aurait-il, en effet, au delà du sens et du non-sens ? Aucune, et tout "sens" conduit fatalement quelque part à voir en l'homme plus qu'un "tas de molécules".
Pour nous, le passage (occasionnel, et nullement obligatoire sinon par la mort) dans la métasphère sera seulement une expérience psychologique, pouvant être éprouvée à la demande.
Ce serait une sorte d'entrée dans un caisson d'isolation sensorielle très particulier (et gratuit) ne nécessitant aucune carte d'accès philosophique ou religieuse (mais auquel diverses idéologies et religions peuvent faciliter l'accès, il faut le reconnaître).
On pourrait aussi chercher à décompresser en cas d'hypertension psychique, et à recompresser dans le cas d'hypotension, en usage minimum du dit "caisson". Et si des formes nouvelles d'appréhension du vécu en découlent éventuellement, dont cette spiritualité écologique sur laquelle nous nous étendrons longuement, mais avec prudence, en fin d’ouvrage, cela restera sans doute tout à fait admissible (et tout à fait facultatif, quoique sans doute recommandé) .
De sorte qu’au lieu de se lancer dans une querelle de mots pour déterminer si notre position est idéologique (religieuse ?), ou non, nous vous proposerons d’essayer de voir comment on peut “vivre” les hypothèses formulées, en assimilant très simplement et très prosaïquement le geste de confiance proposé, que d’autres nomment “acte de foi”, à celui que font tous ceux qui s’inscrivent à un entraînement de culture physique, ou à des cours du soir : “pour voir” !
Geste qu’ils font un peu par confiance, et un peu parce que des indices divers leur laissent imaginer qu’il pourrait bien en effet y avoir quelque bénéfice à retirer de l’opération.
*Parmi ces indices, il y a l'opinion de ceux qui ont déjà essayé.
En matière de "métasphère", la nouveauté du terme comme l'originalité avancée des hypothèses correspondantes ne peuvent guère nous valoir le récit de beaucoup d'expériences antérieures, mais il y a toutes sortes de gens qui par des cheminements différents - le plus souvent intuitifs - ont abouti à des conclusions assez peu différentes (pour nous, il ne s'agit, rappelons-le, que d'hypothèses, pas de conclusions) et s'ils les vivent de façon paraissant éloignée de ce que nous pourrions être amené à suggérer, il s'agit peut-être plus là d'une apparence que d'une réalité. Nous pensons bien évidemment aux personnes non névrosées ayant des convictions idéologiques ou religieuses (désolé de revenir à eux !) leur faisant penser que le monde a un sens (pas seulement historique) et qu'il existe un autre monde authentique (quelque part en nous et supérieur à nous à la fois), monde analogue à notre métasphère, en somme. Peu d'entre eux semblent s'en plaindre, au contraire (cela est particulièrement net en Inde). N'est-ce pas un élément à prendre en considération par quiconque refuse les procès de Galilée à l'envers ?
Avant de voir les chapitres suivants et d'examiner comment
pourrait passer dans notre vie quotidienne l'acceptation - même provisoire - de
la validité des hypothèses émises, et quels bénéfices nous en retirerions éventuellement,
nous rappellerons que nous ne faisons nulle référence à une quelconque vérité
supérieure et que nous restons tout à fait ouvert à
Contrairement aux thèses de Monod, tout ne serait pas comme si, la vie étant "improbable", nous avions avec elle gagné le gros lot d'un milliard et trouverions la chose surnaturelle. La vie, cela fait partie des possibles, des probables même: avec le temps tout le possible est réalisable. Mais la vie qui s'interroge sur elle-même, met en question le hasard, et peut fausser le déterminisme ou l'orienter, par son action volontaire, voilà une toute autre histoire ! Si l'on devait reprendre les éléments de la comparaison de Monod, ce qui est étonnant c'est d'avoir gagné non pas un milliard au loto, mais plutôt quelque chose comme une liasse de billets de banque qui, lorsque nous la saisirions, nous dirait - sans aucun élément acoustique décelable - quelque chose du genre: "Bravo. Vous avez gagné le gros lot. Et que comptez-vous donc faire de nous autres billets ?" - voire ajoutant: "Nous donnerez-vous un peu aux pauvres aussi ?" C'est cela qui nous semblerait un événement aussi étonnant que ces amas de particules qui s'interrogent, car de même que rien dans les billets de banque ne leur permet de parler, rien dans les amas de particules élémentaires n'existe en l'état actuel de nos connaissances qui leur permette de (se) poser des questions "existentielles" sur elles-mêmes, et de librement décider de certains de leurs actes...
Qu'il n'y ait probablement pas lieu de trop s'étonner de l'apparition de la vie - là, Monsieur Monod, vous avez peut-être raison. Mais où donc se trouve l'élément permettant à la combinaison de particules de dire: "Je suis une combinaison de particules, et, bigre, suis-je compliqué ! Et d'où me vient cette faculté de me poser des questions sur moi-même pour savoir ce que je suis et ce que le monde est ? Et d'où me vient cette liberté dans un monde où tout serait soumis au déterminisme, avec cette faculté de l'organiser, de façon non seulement temporaire, mais durable ? Voilà le vrai problème - et, désolé, Mr Monod, cela vous ne l'avez pas dégagé du tout - ou vous avez préféré ne pas le faire, car il vous eût fallu par trop modifier l'idée que vous vous faites du monde: même avec un temps infini une telle chose ne pouvait arriver, dans votre système. Il y faut une ultra-biologie ou du sur-hasard. Une ultra-biologie dans laquelle l'homme apparaîtrait, de surcroît, comme ayant, pour exister (vraiment) tout autant besoin "d'aspirer" (l'appel de certaines "valeurs", ou de certains "éléments" si l'on veut s'en tenir au "feed - forward"!) qu'il a besoin, pour vivre, de respirer.
Sans que cela fasse de lui le centre du monde pour autant, mais en en faisant tout de même une sérieuse originalité (parmi d'autres choses originales que la nature peut certainement créer) ! Originalité qui mérite une petite réflexion supplémentaire en ce qui concerne la sélection naturelle, seule (ou principale) loi jusqu'alors reconnue comme moteur de l'évolution.
Réfléchissez d'ailleurs à ceci, s'il vous plaît, Professeur Monod, du fond de votre tombeau:
Alors que cette sélection élimine impitoyablement les plus faibles
("nettoyés" par les plus forts, ou par l'environnement), l'homme,
avec la médecine, procède de façon à les sauver, en les rendant même aussi
forts que possible ! Sauf à considérer la médecine comme une perversion de la
nature, force est d'y voir la preuve qu'à partir de l'homme il est nécessaire
de repenser l'évolution, notamment dans ses "rapports" avec le
hasard, lequel suffisait pour rendre compte de la sélection dite
"naturelle". Naturelle jusqu'à ce que la nature particulière de
l'homme entre en jeu, apparemment, en pouvant désormais, avec le génie
génétique, largement " faire" lui-même l'évolution ! Refuser de voir
qu'il y a autre chose que le hasard dans le cas de l'homme, refuser une
"sur-nature", en quelque sorte, fatalement liée à un
"sur-hasard" n'est-ce pas, qu'on le veuille ou non, justifier les
propos prêtés à Hitler (et repris, hélas par d'autres, jusque dans les prétoires
pour défendre les auteurs des pires crimes contre l'humanité dont la défense ne
devrait relever que des seuls psychiatres) : "La nature est cruelle. Nous
faisons partie de
Ce qui montre à quel point l'on peut aller loin dans la justification du "droit" du plus fort si l'on ne fait pas intervenir l'originalité existentielle de l'homme, probablement doté de liberté pour volontairement transformer un "naturel" pulsionnel en "néonaturel" réfléchi à visée d'harmonie. Et si l'on ne conçoit pas l'homme comme un être tout à fait spécial, dont la "véritable" nature serait non seulement d'être, mais encore de se faire ce qu'il "aurait à être" - aussi étonnant cela paraisse-t-il, pour quelqu'un de libre, d'"avoir à faire" quelque chose librement ! En l'occurrence, d'avoir à faire une "conversion à l'existence", nous développerons ce thème plus avant).
Devant les indices accumulés en faveur d'un autre élément que le hasard ne saurait-on aller plus avant, et exprimer l'idée que ceux qui soutiennent encore les thèses matérialistes, sans place pour un quelconque "a-hasard" sont en fait des croyants attardés ? Des croyants en un hasard, érigé, avec son acolyte le déterminisme (exclusif !) générant fatalisme et irresponsabilité définitive en principe absolu dans le cas de ceux qui refusent à l'homme toute liberté, et en principe relatif dans le cas de ceux qui comme Sartre l'agrémentent d'une liberté humaine, dépassant certes ainsi le déterminisme, mais en se fondant (?) sur du néant....!! Sacrée fondation, assurément !
"Nous n'avons pas de communication à l'être" affirmait (de source certainement sûre, car il devait avoir ses "introductions" privilégiées en haut lieu pour être aussi catégorique!) Montaigne, ce parfait sceptique (généralement plus raisonnable), dans son "Apologie de Raimond Sebond". Propos rapporté par Levi-Strauss, qui voyait là la "phrase la plus forte de toute la philosophie" (Le Monde 6/9/91).
On a la force d'esprit que l'on peut, c'est sûr, et celle là vaut bien celle de G.Deleuze qui ne voit dans la philosophie qu'une fabrique de boites de concepts vides, ou à peu près, dans son: "Qu'est- ce que la philosophie ?". La philosophie "fabrique de concepts" soit ! Mais de concepts avec portée profonde, jusqu'au tréfonds du psychisme de l'homme, et pouvant même changer sa vie, voilà notre impression - qui n'est pas tout à fait qu'une impression, sans doute ! Rien de vide à cela ! Et pour ce qui est de l'être en question, le problème, c'est que, jeu de mots mis à part, nous avons quelques petites chances d'en "être", puisque nous... sommes ! Simple petit détail, bien sûr, auquel ne sauraient s'attarder d'aussi grands philosophes que ces Messieurs. De la pensée desquels on est probablement en droit, tout de même, de se demander si elle ne serait pas par hasard plus creuse que profonde !... Et de se demander, aussi, si certains réductionnistes ne finiraient pas par réduire considérablement jusqu'à leurs propres capacités intellectuelles, dans leur zèle réducteur !
En fait, les adeptes des thèses réductionnistes et avec eux bien des sceptiques, ne seraient ils finalement pas des "fidèles"? Fidèles à (c'est-à-dire esclaves de) leurs pulsions qui, inconsciemment, leur ont fait élaborer ces belles théories les laissant maîtresses du terrain, sans avoir à redouter de voir leur hôte user de sa liberté existentielle (virtuelle, potentielle) pour les mettre au pas. Virus ayant détruit le système immunologique du porteur, finalement... cela y ressemble bigrement ! De là à voir dans la non-reconnaissance du caractère a-hasardeux de notre liberté l'équivalent psychique du virus HIV, un virus (mental) de l'immunodéficience (psychique) humaine...
Ce qui ferait de ces carencés existentiels, "malades porteurs" apparemment fort sains, autant de fidèles potentiels de Madame Soleil ou du guru du coin, ou de l'horoscope, ou du fatalisme ou, surtout, du narcissisme le plus absolu (nous ne parlons pas là des "maîtres", évidemment: ils sont, de par leur niveau culturel très à l'abri de ce genre de troubles - avec risque de quelques petites perturbations de type nietzschéen ou halliérien tout de même !)
Il nous semble que l'on n'a pas assez dénoncé auprès des jeunes les méfaits de ces "religions" là, qui d'ailleurs, s'articulent, avec de bonheurs différents, sur les religions traditionnelles, bouillons de culture de la crédulité de toute première classe et bien souvent aussi foyers de fatalisme... Quand il n'y a rien de sérieux en quoi croire, ne risque-t-on pas alors de croire en n'importe quoi, ou en n'importe qui, si l'on a besoin ou envie, de croire, ou si l'on sent confusément qu 'il y a quelque chose en quoi croire, en effet ?
Trois obstacles peuvent toutefois se dresser, face à toute tentative de convaincre les jeunes de reconnaître l'existence d'une "harmonie de fond" du monde, liée à un sur-hasard, harmonie dans laquelle il conviendrait de chercher à inscrire toute existence. Obstacles qui nuiraient à notre entreprise s'ils n'étaient levés. Des adolescents ne manqueront pas, en effet, de demander aux psychoécologistes comment concilier la notion d'harmonie avec le mal (la souffrance, l'injustice, les guerres, etc..) d'une part et avec la mort d'autre part. Ils demanderont sans doute aussi si l'homme est vraiment aussi libre que nous le prétendons.
Pour la mort et le mal, peut-on envisager de réussir là où même un Dostoïevski n'a pu convaincre que ceux qui, contrairement à nous, croyaient en un dieu personnel à travers une religion particulière (et étaient donc déjà, d'une certaine façon, des convaincus) ? Nous pensons que oui, et il est indispensable de dire pourquoi et comment, sous peine de condamner la psychoécologie comme élucubration sans fondement.
LES OBSTACLES A L'IDEE D'HARMONIE GLOBALE :
1. Le déni de réelle liberté.
Ce sera naturellement la première des objections faite à notre discours: nous nous croyons libres de nos choix et de nos pensées, mais nous ne le serions pas ni ne pourrions, en fait, vraiment l'être, et dès lors toute notre thèse s'effondre.
Ecoutons une autorité à ce sujet:
"Le moi n'est pas maître dans sa maison" (cité dans Binswanger, "Discours, parcours et Freud", Gallimard p.235, et Freud : Gesammelte Werke X,355 Imago, Londres).
Explication: ce sont nos pulsions profondes qui nous font agir, et ce en toutes circonstances.
"L'humanité savait qu'elle était dotée d'esprit. Je devais lui montrer qu'il existe aussi des pulsions" op.cit., p.174). "Les pulsions sont des essences mythiques formidables dans leur indétermination. Nous ne pouvons dans notre travail <de psychanalyste> les perdre de vue·un instant et nous ne sommes cependant jamais sûr de les apercevoir avec acuité" ( op. cit., p.2O2, GW XII,249). " Le pressentiment nous a toujours touché que derrière ces nombreuses petites pulsions (empruntées manifestement à la nature) se cache quelque chose de sérieux et de formidable, et dont nous aimerions nous approcher prudemment" (op. cit., p.256). " L'élément le plus important comme le plus obscur de la recherche psychologique, ce sont les pulsions de l'organisme" (op. cit., p.188, GW · VI, 223).
Ces propos du plus célèbre des limiers de l'inconscient, Freud, rappellent assez à l'homme combien lui est étranger un certain lui-même, sans qu'il s'en doute en général. Ils lui montrent à quel point "nous sommes vécus par les puissances de la vie", si "l'homme est un jouet passif de ces essences formidables, invisibles appelées "pulsions" ( op. cit., p.214).
Quoi ! Nous qui, libérés de toute croyance et de toute idéologie, nous croyons si libres, si maîtres de nous-mêmes, tout au moins, nous ne le serions pas - pas aussi immédiatement et directement que nous le pensons, en tous cas ? Si Freud a raison, nous ne le sommes guère, en effet ! Déjà certaines expressions populaires laissaient soupçonner la chose: "C'est plus fort que moi", "Sa réussite ou l'argent lui monte à la tête", "La passion ou la colère l'égare" (comme peut le faire la douleur !), "Je n'étais plus moi-même", ou encore: "Qu'est-ce qui a bien pu me prendre ? " mais elles ne s'appliquent qu'à des moments particuliers (extrêmes) de l'existence.
Il nous est, en tous cas, difficile de ne pas songer à d'autres "puissances de la vie" dont nous ne sommes pas maîtres non plus, à savoir notre biologie cellulaire - qui peut, elle aussi, être bien nocive en cas de dérèglement de sa machinerie, comme en cas d'emballement dû à une défaillance du système de "freinage". Pourra-t-on, pour autant, parler de cancer mental dans certains des dérèglements du mécanisme de contrôle de nos pulsions ? Cela est bien tentant et nous proposerions volontiers l'examen de cette hypothèse "psycho-ONcologique"!
Reste que de liberté réelle, on n'en voit guère après tout cela ! Pour que l'homme soit libre, il lui faudrait réaliser que les pulsions qui l'habitent ont la particularité de "tromper" leur hôte - là encore comme le font ces éléments cancéreux ou parasitaires qui utilisent à leur profit l'ingénierie biochimique dudit hôte pour bien se développer - et tant pis si ce dernier en pâtit, sans se rendre toujours bien compte de ce qui se passe réellement en lui.
Ces pulsions (on pourrait dire "nos" pulsions, mais c'est, dans notre optique, comme on dirait "notre" ver solitaire ou "nos" amibes), en ce qu'elles nous donnent l'impression d'être notre "nous" profond, notre réalité même, nous apparaissent comme le meilleur des guides à suivre pour se sentir pleinement soi-même : pour reprendre notre comparaison, aussi triviale soit-elle, lorsque notre ver solitaire veut manger c'est nous qui croyons manger pour nous (et le faisons pour nous sentir rassasié).
Mais "le soi immédiat, primaire, narcissique, que l'on
ressent au titre de notre identité pulsionnelle" (Binswanger) une fois
débusqué, toute interrogation sur ce qui pourrait bien être alors notre
identité authentique ne devient-elle pas amorce de réelle liberté ? La thèse de
Binswanger (rejoignant, en langage moderne, celle de Spinoza) est bien en effet
que la liberté est sinon l'accès à du moins la recherche d'une forme d'identité
véritable, qui dériverait de notre appartenance à
Cela nous poussera à préconiser une prise de recul vis-à-vis de soi, laquelle cadrera tout à fait tant avec les prises de position philosophiques et religieuses orientales qu'avec la suggestion déjà mentionnée du grand psychanalyste américain Erik Fromm qu'il conviendrait, pour des raisons d'équilibre psychique autant que dans l'intérêt de l'avenir de l'humanité, de vivre sur le mode "être" beaucoup plus que sur le mode "avoir". Le premier mode (débouchant sur le "faire du bien" en plus de "se faire du bien") étant volontaire et passablement lié à la vie de l'esprit, le second étant le mode pulsionnel primaire (caractérisé par la recherche de l'argent inutile, par le désir de domination, de pouvoir, et de puissance ainsi que par une inflation de l'ego sans grand souci ni souvent de respect pour autrui sauf à y être contraint) qui n'aurait que peu à voir avec la nature profonde de l'homme en dépit des sensations d'évidence du contraire qui sont les nôtres. Ce qui aurait pour conséquence, dans la perspective de notre "libération"- serait-ce une forme de "ressourcement" ? - de nous inciter à "transcender" quelque peu, même, au besoin, en l'absence de transcendance clairement reconnue - selon l'originale formule d'Ernest Bloch ("Le principe espérance "). Peut-être en transcendant une immanence, comme le propose K.Jaspers.!
Mais l'homme n'acceptera vraisemblablement pas plus facilement d'avoir à dépasser l'"évidence" et la vexation psychologique dérivant de l'idée qu'il ne serait pas (ou pas seulement) ce qu'il sent qu'il est, c'est à dire, en l'occurrence, "libre sans avoir à aller chercher plus loin" qu'il n'a facilement accepté les vexations cosmologiques lui montrant depuis Copernic qu'il n'était pas le centre du monde cosmologique (qu'il sentait pourtant bien qu'il était), ni la vexation biologique lui montrant (depuis Darwin) qu'il n'est pas le centre du monde biologique (qu'il était pourtant tout aussi sûr d'être). Il serait pourtant, pensons-nous, de son intérêt d'accepter cette nouvelle "vexation" comme il a accepté les autres, et ne s'en est pas plus mal porté, bien au contraire, une fois la contrariété dissipée - mais celle-là sera de loin beaucoup plus difficile à "avaler" que les autres, aussi longtemps, en tout cas, que l'on ne reconnaîtra pas la probable signification profonde de cette situation étrange, reconnaissance qui seule donnerait à l'homme toute sa dimension (et, sans doute, à l'humanité son équilibre).
Cela apparaîtra à l'adulte comme un déchirement que de devoir déjà simplement prendre un peu de recul sur ses tendances égocentriques si "naturelles", si spontanées, si identifiantes et surtout si gratifiantes ! Ce sera, au début, comme une douche glacée en plein orgasme ! Ce sera même une "mini-mort", comme peut l'être la perte d'un être cher, ou celle de la liberté, ou encore celle de la santé ! Il ne faudra donc s'attendre que très exceptionnellement à voir des adultes tenir compte de ces analyses, alors que, par le biais de l'éducation, il devrait être très possible d'amener progressivement l'enfant à ne pas s'identifier à ses pulsions.
Ceci en ne dénonçant que l'insuffisance (ou le manque) de maîtrise sur elles, (et souvent aussi leurs excès), dans une perspective d'alignement sur l'idée d'harmonie. Les pulsions elles-mêmes n'ayant à notre avis pas à être condamnées (et encore moins diabolisées) à la différence de ce qu'en enseigne tant le bouddhisme que le christianisme traditionnel, lequel voit Lucifer derrière presque toutes et, dès lors, les condamne sans beaucoup de discernement: tant pis si cela coupe du "monde", cela rapprochera d'autant "du ciel"!
Il n'y aura, à notre avis, qu'assez peu à attendre d'un traitement des cas déclarés de "tumeurs psychiques" avancées: l'essentiel résidera dans la prévention, et dans une éducation débusquant notre tendance spontanée (liée à ce que l'on nomme la "dissonance cognitive") à penser et "raisonner" (pseudo-raisonner !) en fonction des actes qui nous sont "imposés" par nos pulsions, nos désirs, ou, parfois, nos habitudes, ou les circonstances, ( la "pensée" servant alors à justifier l'acte, en s'inventant, par exemple, toutes sortes de "bonnes raisons" caractéristiques de la mauvaise foi) au lieu d'agir, dans un souci de liberté vis a vis de nos pulsions, en conformité avec un jugement sain, libre et informé, lequel n'existe que là ou il a été éveillé (presque généré, même, mais pas tout à fait) de l'extérieur.
En résumé, pour ce qu'il en est de notre liberté, nous ne serions, selon les analyses spinoziennes, binswangeriennes, jaspersiennes (plus d'autres moins connues) libres que si nous décidions de le devenir, en prenant le nécessaire recul vis à vis de "nous-mêmes"!
Il y aurait ainsi, en somme, une liberté cachée derrière l'absence de liberté (supposée résulter du déterminisme auquel nous serions soumis, selon les mécanicistes). Et le meilleur des indices de cette réelle liberté de choix (que nous aurions en dépit de notre apparent déterminisme pulsionnel, déterminisme qui selon les "mécanicistes de l'homme" irait jusqu'à nous faire croire que c'est par vanité - donc pour "raisons pulsionnelles"!!- que nous nous prétendrions libres) le meilleur des indices de cette liberté, donc, nous semble être la réponse faite par Descartes, dans ses "Méditations métaphysiques" à un interlocuteur (Gassendi) qui, fervent déterministe, soutenait l'impossibilité pour l'homme d'accéder à une authentique liberté :
"Ne soyez donc pas libre si bon vous semble" lui rétorquait Descartes !
Autant dire : "Vous êtes au moins libre de ne pas vous penser
libre". Tout est en effet là, à nos yeux aussi et, qu'on le veuille ou
non, comme l'a si bien souligné J.L.Guichet ("La liberté"), la
question de la liberté atteste déjà une liberté, qui est au moins celle de
Autant, à notre avis, pour les structuralistes, linguistes et autres réductionnistes qui prétendent enfermer l'homme dans des pièges (biologiques, linguistiques ou autres) dont il ne pourrait sortir... Autant, aussi, pour tous les ennemis qu'avait alors Descartes, gens qui s'en tenaient à un dieu personnel tenant l'homme entre ses mains, et qui faisaient remarquer que la position de Descartes revenait à faire de l'homme un être indépendant de, voire semblable à, ce dieu, voire un dieu lui-même (au moins sur ce point) !
Ce que Descartes admettait: cf Lettre à Christine de Suède du 20/11/1647). Et, parmi les modernes, ce que Luc Ferry souligne mieux que quiconque dans son remarquable ouvrage "L'homme-Dieu".
De plus, relativement au freudisme et à notre "esclavage" du fait de l'hégémonie supposée de notre inconscient pulsionnel (en toutes circonstances), il convient de se demander (ce que bien peu ont fait) ce que devient cet inconscient après toutes ces recherches l'éclairant sous tous les angles imaginables...? Comment peut-il rester in-conscient si l'on s'interroge sur lui, en connaissance des thèses freudiennes ?
En faisant de chacun un petit psychanalyste de soi même, et ce le plus tôt possible, comme nous le suggérons nous aussi, ne libère-t-on pas précisément l'homme ainsi asservi ? Et cela même si Freud (et ses disciples) conteste (largement pour "rester dans le business" c'est évident, car si chacun se fait sa petite analyse de quoi vivront alors les psychanalystes ?) la possibilité d'une réelle autoanalyse (alors que d'autres psychanalystes, peut-être plus désintéressés que Freud, tels K.Horney, en acceptent la possibilité et en recommandent la pratique et le développement).
Ainsi avec l'astucieuse remarque de Descartes et la possibilité de voir enfin de nos propres yeux nos dépendances pulsionnelles les plus diverses, ce qui ne peut qu'ouvrir la route à une libération vis-à-vis des forces obscures qui nous mènent, la cause nous semble entendue: si nous ne sommes pas spontanément libres au moins pouvons-nous le devenir, et ce d'autant plus aisément que nous aurons été tôt informés sur nous-mêmes.
Ce qui peut bien paraître une confirmation du fait que l'homme est une sorte de dieu, ce que Nietzsche n'a pas manqué de reprendre à son compte longtemps après Descartes, en ajoutant (ce qui ne paraissait pas être l'avis de Descartes) son célèbre "Dieu est mort". L'homme l'ayant en quelque sorte remplacé. Mais là où Nietzsche pouvait paraître ne voir une libération de l'homme que lorsqu'il y avait refus de toute contrainte (même auto- contrainte) éthique au nom du souci d'harmonie (cela étant immédiatement assimilé à de la faiblesse et de la morale de type forcément plus ou moins religieux - cf "La généalogie de la morale"), Descartes voyait, et nous sommes en plein accord avec lui, quelque chose de parfaitement compatible avec la liberté, constituant même (ce qui annonce Kant) une sorte de "libre nécessité". Que nous concevons comme pouvant, d'une certaine façon, prolonger (avec liberté) celle, toute biologique, sans liberté, mais tout aussi naturelle, si chère à Jacques Monod, aux côtés du Hasard !
Pour nous, il y a nécessité vis à vis de l'harmonie, par souci de la solidité de la chaîne des humains autant que de notre solidité neurophysiologique personnelle. Et l'on ne peut, alors, que rappeler la très classique définition cartésienne de la générosité, extraite de l'article 153 du "Traité des Passions":
"Je crois que la vraie générosité, qui fait qu'un homme s'estime au plus haut point qu'il se peut légitimement estimer, consiste seulement, partie en ce qu'il connaît qu'il n'y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés ....et partie en ce qu'il sent en soi-même une ferme et constante résolution d'en bien user... "
Le sent (ou décide de faire tout comme, s'il ne le sent pas) pour raisons psychoécologiques, par souci de l'harmonie du monde et de lui même. Ce qui, dans le langage de l'époque, donnait pour tâche à l'homme de: "toujours se servir, le mieux qu'il lui est possible, de son esprit, pour connaître ce qu'il doit faire ou ne pas faire en toutes les occurrences de la vie”. Et ensuite d'avoir "une ferme et constante résolution d'exécuter tout ce que la raison lui conseillera, sans que ses passions ou ses appétits l'en détournent....." (Lettre à Elisabeth 4/8/1645).
Ainsi, il y aurait, avant tout, un élément de vouloir à mettre en jeu: ne sera libre que celui qui décide de le devenir, et lui seul (mais tous le peuvent !).
C'est également en ce sens que Jaspers nous a légué cette pensée: "La liberté n'est qu'indirecte dans sa communication. C'est un appel que lancent les individus qui ont eu cette audace" <celle de se vouloir libres> "à ceux qui viendront après eux et entendront leurs voix". (Philosophie III, 28).
Il y a, en effet, un véritable apprentissage (une inculcation ? étymologie du mot: presser avec le talon, c'est dire !) de la liberté à instituer, (avis aux instituteurs !) au niveau institutionnel (précisément) le plus large possible.
Un apprentissage de son existence, puis de sa signification, et de son usage, probables.
Et où donc cela se fait-il dans notre monde de nos jours ? A Normale Sup, Section Philosophie, peut-être ? Et encore....Alors que ce devrait, progressivement, être enseigné dès la maternelle, ou presque !
Le mal et la souffrance.
Selon notre thèse, le sur-hasard lié à
Il y aurait dès lors rien d'étonnant à ce que subsistent toutes sortes de dysharmonies dans la biosphère sans que cela remette en cause le principe explicatif avancé d'harmonie générale (globale) dans lequel s'inscrit déjà fort bien ce fait que nous avons à notre portée une bonne partie de "l'outillage" nécessaire pour remédier à un certain nombre de dysharmonies (pas à toutes bien sûr).
Les progrès effectués à travers les âges dans toutes sortes de domaines vont bien vers le sens d'un accroissement d'harmonie : ce ne sont ni les anciennes victimes d'un esclavage désormais aboli, ni les malheureux amputés sans anesthésie (avec cautérisation de la plaie au fer rouge, merci), ni les dizaines de millions de pestiférés, misérables cibles d'un mal que l'on sait désormais prévenir, ni les victimes des lettres de cachet qui nous démentiraient s'ils revenaient donner leur avis sur le sens dans lequel a évolué l'humanité ! Mais il reste tout ce à quoi l'on ne pourra jamais remédier, quoi qu'on fasse, en matière de souffrance humaine. Est-il alors interdit de se demander si on ne peut "dépasser les apparences" et voir les choses non plus avec les "yeux de la tête" mais avec les yeux d'une "sur-tête", pardonnez-nous l'expression. Un peu comme, nous l'avons dit au début de cet ouvrage, c'est avec "l'œil du cerveau" et non celui de notre orbite qu'il convient de voir le monde physique si on veut le comprendre plus que ce qui nous en est accessible par vision directe ? Serait-il alors excessif d'imaginer que toute dysharmonie trop prononcée engendrée par l'humain serait compensée (pour la ou les victimes) non seulement par une imparfaite justice des hommes mais par une immanente justice distributive (répartissant peines et récompenses selon les efforts de chacun), et non pas aveuglément commutative, c'est à dire ne se souciant que d'imposer une égalité des obligations et des droits, même si cela est déjà un premier pas non négligeable vers l'harmonie), justice distributive sur l'existence de laquelle tant d'êtres ont déjà spéculé ? Extrapolation audacieuse, assurément, mais est-ce bien si totalement inconcevable ? A chacun de répondre.....
Notons que nous ne parlons pas là de justice sanctionnant (celle des hommes étant supposée s'en charger) d'autant qu'à nos yeux les auteurs des pires méfaits resteront des victimes de maladies à prévenir et non des responsables à punir. Nous parlons seulement en quelque sorte de "l'indemnisation " des victimes innocentes (ou méritantes, tel, par exemple, ce maghrébin tué dans le métro par l'agresseur d'une vieille dame au secours de laquelle il était accouru - c'était en 1989 à Paris). Tels, aussi, ces fonctionnaires cambodgiens assassinés pour avoir dénoncé des détourneurs d'aide alimentaire, ces journalistes colombiens dénonçant les trafiquants de drogue, les juges italiens dans leur lutte contre la maffia, et tant d'autres, enfin !
Certes il se peut que le sur-hasard n'intervienne alors nullement, puisque notre liberté exige que subsiste un domaine bio sphérique échappant à l'influence méta sphérique (tout comme il peut parfois, par notre intervention, échapper à l'influence du hasard). Mais, tout de même, n'y aurait-il pas une sorte de contradiction interne dans la représentation d'un sur-hasard exerçant une harmonieuse influence sur le monde et un (harmonieux) contrôle à toutes sortes de niveaux, laissant aux humains, la faculté de se détruire et de se déchirer ou au contraire de s' épanouir afin que leur liberté soit entière et se "lavant les mains" des misères (c'est-à-dire des dysharmonies particulièrement frappantes) qui auraient été le lot de tous ces malchanceux n'ayant fait que subir, sans la moindre possibilité de s'y opposer, la cruauté de malades déséquilibrés, ou la loi d'une nature naturée parfois implacable dans ses composants hasardeux et cataclysmiques ? Cela ne nous paraîtrait pas précisément du "bien joli travail" et serait un peu trop en opposition avec tant de si belles autres choses dans un contexte d'harmonie générale. Impression personnelle qui n'engage que celui qui l'émet !
Mais ne serait-ce pas, plutôt, que nous ne disposons pas de suffisamment d'éléments pour juger ?
Par exemple, quelqu'un rendu victime pour avoir défendu une juste cause ne "profite"-t-il pas (de façon tout à fait incompréhensible à l'heure actuelle) du surplus d'harmonie que son effort a nécessairement engendré, d'une manière ou d'une autre, au niveau de l'humanité tout entière ? Cela un peu à la façon dont le sacrifice d'un organe pour améliorer la condition d'un organisme entier est finalement bénéfique ? Ce qui suppose une acceptation de perte d'identité avec "retrouvaille" ou "récupération" dans le tout de l'humanité, actuellement inconcevable, mais pas forcément demain....
Nous sommes sinon fort tenté d'adhérer à cette thèse, du moins
tenté d'adhérer à celle selon laquelle le mystère du monde et de l'homme est
tel qu'il pourrait inclure cette "disposition", sans que nous
puissions
Par ailleurs, nul n'étant, selon nous, coupable tant qu'il n'a pas clairement été informé dès l'école de la nécessité de gérer ses pulsions dans une perspective d'harmonie, nous ne saurions, présentement, parler de châtiment justifié au niveau des auteurs de dysharmonies majeures (même s'il est clair qu'il est préférable que la société se protège, aussi peu et mal cela soit-il, en imposant aux criminels des punitions en attendant qu' elle leur apprenne à éviter de commettre des crimes).
A un autre niveau (biologique celui- là ?) les phénomènes si mystérieux que sont, malgré leur inconstance, et les ambiguïtés quant à leur signification, la "mauvaise conscience", le remords, voire les insomnies, cauchemars ou même dérèglements divers d'ordre hormonal ou nerveux, ne peuvent-ils être interprétés comme sanctions d'une autre espèce ? Tout au moins comme des mini-sanctions ? Et ne saurait-il alors pas y en avoir de bien pires "ailleurs" (au sens d'ailleurs en nous) ?
Ceci sans faire aucunement de la science-fiction pure et simple ! Et sans faire non plus de telle ou telle épidémie un "châtiment de Dieu " destiné à punir les humains de leurs soi-disant "péchés" précisons-le bien vite et bien fort. Mais une "mauvaise disposition neuronale non corrigée" débouchant sur des comportements hautement dysharmonieux envers les autres (sadisme, torture mentale, crimes, etc..) par soumission à des pulsions malsaines ne saurait-elle porter en elle le germe de nouveaux excès futurs avec une probabilité croissante soit de sanction judiciaire (on finirait par "le payer", devant les hommes au moins) soit de dérèglements neuronaux accrus (avec des troubles mentaux épouvantables à la clé). Ceci en seuls termes de probabilité (voire de simple possibilité) d'ailleurs, mais ce n'est pas si négligeable déjà. Là encore l'information scolaire de cet état de choses fait un peu partout totalement défaut.
Divers bourreaux ou dictateurs ou despotes finissent certes leurs jours paisiblement (ou en ricanant s'ils doivent finalement payer). Le célèbre Dr Petiot qui, pendant la guerre, assassinait ses patients par dizaines pour les voler et fut exécuté sans qu'il ait sourcillé en est un exemple entre cent. Mais combien aussi, ont payé leurs crimes ou abus d'atroces souffrances morales leur (fin de) vie durant ! Et ceux-là devaient certes souhaiter qu'il n'y ait pas d'autre forme de vie après leur mort... si la sanction devait "continuer". Ne se rapproche-t-on pas là de la notion de justice neuronale - sur laquelle il ne semble pas que le Professeur J. P. Changeux, le spécialiste de l'"homme neuronal" se soit beaucoup penché ?
Certes nous ne faisons que supposer que la volonté de l'individu d'agir harmonieusement, une fois informé, "rectifie" en quelque sorte les "circuits neuronaux" (expression imagée destinée à simplifier ce qui a des chances d'être infiniment plus complexe) - mais cela est plausible. En tous cas la démonstration du contraire reste également à faire si bien qu'il doit rester possible de penser, et encore plus de pousser les jeunes à penser, que la "désobéissance" aux excès de nos pulsions est le chemin le plus assuré vers la santé psychique, car il existerait des mécanismes mentaux sanctionnant, même si quelques individus parviennent à leur échapper en apparence.
Ainsi le mal, et même la souffrance, ne seraient ils, nous
semble-t-il, pas totalement incompatibles avec l'idée d'un monde harmonieux et,
contrairement à ce qu'en dit F.Mauriac ("Un adolescent d'autrefois")
le mal ne serait plus ce qui a tendance à faire défaillir la foi: Il ne serait
que le résultat de cette liberté qui motive, au contraire, notre foi en
La mort.
Pour ce qui est de la mort maintenant, son aspect négatif doit-il être accepté sans quelque restriction ? Ne convient-il pas de la repenser dans une perspective de rencontre entre l'infiniment petit subatomique et l'infiniment grand astronomique et temporel ? Un ouvrage doit absolument être lu par tous ceux que le sujet intéresse: "Mort, voici ta défaite" de J. Charon déjà cité. Cet ouvrage (Albin Michel Edition 1979) est assurément un des plus avancés jamais écrit sur ce sujet et se place largement dans le contexte de la science physique la plus moderne. Nous ne saurions assez le recommander, malgré son aspect très avant - gardiste, à tous ceux que la notion de mort intrigue... ou effraie. Ne convient-il pas, en effet, comme l'auteur le suggère, de prêter plus d'attention qu'on ne l'a fait jusqu'alors à nos constituants élémentaires ?
La probabilité de réarrangements identiques de ces composants après séparation est certes des plus infimes, mais qu'en dire au regard non plus cette fois d'un tout petit quinze milliards d'années, comme pour notre singe tapant à la machine, mais des milliards et des milliards de milliards d'années, de siècles, de millénaires de l'éternité - avec une bonne probabilité que la notion de temps écoulé entre deux "reconstitutions" (éventuelles) ne puisse être ressentie ? Ce qui résoudrait élégamment le problème de l'attente (mais soulève celui de la traduction neurologique du temps !).
L'immortalité de "l'âme", cette notion qui turlupine nombre d'humains depuis qu'ils sont conscients de leur disparition future est-elle (sous un autre nom car nous ne saurions nous, parler d'âme) vraiment dénuée de tout fondement objectif ? Ne se pourrait-il pas, également qu'il y ait en nous une partie de quelque chose de collectif, comme la culture (mais au delà d'elle, vers de l' "un peu plus - clairement - biologique"), culture qui, déjà, ne saurait être totalement mortelle ?
Et même, si l'on tient à aller plus loin, dans les centaines de milliards de galaxies existantes (plus celles qui s'ajouteront, dans le futur, à celles actuellement en place !), galaxies elles-mêmes constituées de centaines de milliards d'étoiles pouvant avoir autour d'elles quelques planètes dont certaines du type de notre bonne vieille terre, ne saurait-il y avoir d'autres mondes, avec d'autres vies, auxquelles nous "participerions" un jour (de nouveau ?) ceci alors même qu'il se recrée et se re-créera constamment des astres nouveaux, énergie transformée en matière en attendant de redevenir énergie... (laquelle est quoi, au juste ? Nul ne le sait...)!
Cela pourra ne pas paraître très sérieux, mais où le
"sérieux" s'arrête-t-il ? On ne le sait pas non plus ! Reste que
poussières d'étoiles inconscientes nous étions au départ (aucun doute là
dessus), "poussières d'étoiles" agglomérées et conscientes nous
sommes devenus sur cette planète, poussières d'étoiles probablement
inconscientes nous redeviendrons - en attendant la suite (éventuelle).
L'astronome fervent que nous sommes ("La voûte étoilée au dessus de moi,
la foi dans
Et ceux qui refuseront cette approche comme étant trop matérialiste (elle en ne l'est en fait qu'en première approche) ne pourront nier que la mort n'est jamais qu'une rentrée dans un Mystère dont nous étions temporairement sortis par la naissance, après avoir eu le temps de comprendre....qu'il y avait Mystère !
Notre esprit ne saurait-il, à défaut même de notre corps, être comme ces particules (photons, électrons...) qui existent elles aussi à la fois (ou alternativement, la chose n'est pas toujours claire) sous forme de matière et d'énergie - avec la possibilité dès lors pour lui de se retrouver identique ailleurs ? Que se passe-t-il au juste au niveau subatomique des constituants cérébraux lors de notre mort (mort que les bouddhistes nient d'ailleurs : ils parlent d'une entrée dans le nirvana - simple changement d'état, les autres grandes religions proposant diverses variantes...) ?
Les mathématiques (encore elles, mais y a-t-il rien de plus méta sphérique ? Cf par exemple J.P. Changeux-Connes " Matière à penser" O. Jacob· 199O) nous laissent entrevoir des mondes tellement différents du nôtre où toutes les lois seraient changées, où le nombre de dimensions serait différent, qu'il ne paraît pas tout à fait interdit de penser qu'ils puissent exister, ou aient existé et reviennent, ces autres mondes. Avec nous peut-être dedans, ou notre futur "nous", ou notre "nous" passé...
Elucubrations, certes, que cela, mais ces "élucubrations" sont-elles si différentes finalement de la notion de voyage en soi-même lorsque l'on se plonge dans ses pensées, dans ses lectures, dans ses recherches, dans ses songes...? Or de tels voyages "existent" bien, tout psychologiques soient-ils. Avec une transcription neuronale quelque part, ils ne sont pas que "coquecigrues" !
D'autre part, n'allons-nous pas à grandes enjambées vers une interprétation de plus en plus mathématique (c'est-à-dire abstraite ) de la biologie. (Cf par exemple Stéphane Lupasco "Energie et matière vivante" ou Beigbeder " Le contre-Monod"). Au point que l'on a pu dire que la biologie de demain serait mathématique ou qu'elle ne serait pas !
Dans cette perspective n'y a-t-il pas déjà une petite mort à nous penser, nous, vivants, en termes d'abstraction - avec cet avantage que la mort physique classique perd une bonne partie de son sens, et donc de l'angoisse qui s'y attache chez certains (angoisse qui est tout à fait pathologique à notre avis d'ailleurs) lorsqu'on se conceptualise ainsi ?
Quant à retrouver, sous une forme ou sous une autre (et en esprit sans doute plutôt qu'autrement), nos chers disparus, ce qui paraît au moins aussi élucubratoire a priori, cela s'inscrirait pourtant si bien dans un monde supérieurement harmonieux, que nous n'osons en rejeter trop vite l'idée comme excessivement farfelue... A vrai dire, sans cette possibilité-là pourrait-on vraiment parler d'harmonie globale ? En la matière, l'espoir, la confiance en l'harmonie ne pourraient-ils jouer quelque rôle ici encore, après tout ? Dès lors fermer définitivement la porte à toute notion de retrouvailles et de non-mort, ou au moins de mort et de séparation différente de la représentation que nous en avons , ne serait, à notre avis, pas raisonnable. Ce serait plutôt même presque "antiscientifique", en terme de science de demain dont nous discernons les premiers éléments, et cela va bien (toujours à notre humble avis) dans le sens d'une justice immanente avec des compensations pour les innocentes victimes, et pour les martyrs au nom d'une noble cause puisqu'ils ne mourraient pas vraiment...
Certes les "retrouvailles" et la "résurrection" que nous imaginons ne semblent pas avoir la consistance de ce qu'en offrent généreusement quelques religions. C'est que nous préférons faire preuve de modération, mais qui prouve qu'on ne puisse aller plus loin, après tout, si l'on y tient vraiment ?
La plupart des gens en bonne santé psychique ne redoutent pas outre mesure leur mort en fait, même s'ils se savent condamnés à échéance plus précoce qu'ils ne le souhaiteraient. La peur intense de la mort est une névropathie, qui se soigne par divers moyens souvent efficaces. Quant à la souffrance à l'idée de ne revoir jamais ou bien abstraitement selon nos théories) nos chers disparus, ses excès aussi sont pathologiques. Passé un certain temps, les gens équilibrés se consolent, ou, du moins, se "font une raison". Ils portent leurs chers disparus dans leur cœur, et s'en contentent.
Pour les autres, est-il si indispensable de les priver d'espoir porteur de joie, alors que rien, mais, alors, vraiment rien, ne prouve le caractère définitif et irréversible de leur séparation ? Et que tant d'autres portes dignes de considération restent entrebâillées... sinon même grandes ouvertes...?
Il n'y a nul lieu d'avoir peur de
E. Morin, peu suspect de débordements spiritualistes, parle d'une certaine "béatitude des mourants, où il semble que l'espèce étende sa patte protectrice sur l'individu agonisant" ("L'homme et la mort").
Quelle est donc cette "espèce d'espèce" qui étend ainsi sa patte pour nous aider, alors, cher E. Morin, vous pour qui il n'y a (d'où donc tenez vous l'information pour employer l'indicatif ?) de vérité que "biodégradable" ! Elle nous paraît bien proche de celle que diverses religions nomment "Dieu", qui est leur Vérité (non biodégradable, selon elles, qui n'en savent pas plus que vous sur la question, mais emploient également l'indicatif - Dieu que les gens sont catégoriques, sur tous les bords !) lorsqu'elle assure ainsi ce rôle bienfaisant qu'elle n'aurait pas la moindre raison d'assurer si le hasard seul la guidait, ce nous semble... non ?
Et si ce n'était que
Nous aimerions, en tout cas, clore ces considérations par deux remarques:
La première est qu'en y réfléchissant un tout petit peu, la mort, (naturelle, par vieillesse) est probablement plutôt une excellente chose qu'une mauvaise ! Que serait, en effet, un monde où personne ne mourrait ? Et que deviendrait notre vie si elle n'avait cet arrière fond de fin qui valorise tout ce qui précède ? La mort, y compris la nôtre, pourrait bien être, en fait, un des meilleurs indices de l'organisation harmonieuse de l'Univers, et, (si elle survient à un age avancé, s'entend), une sage "décision" (de plus ?) de la nature.
Notre deuxième remarque, c'est que nous craignons un peu que nos propos vous aient paru bien irréels, lointains, bien artificiels et ne vous aient de ce fait à la fois mis un peu mal à l'aise et vous aient fait douter de nos thèses.
Si c'est le cas nous aimerions vous rappeler que le réel et l'irréel sont en psychologie comme en physique de plus en plus imbriqués, c'est d'ailleurs pour bien vous le faire saisir que nous avons si longuement digressé sur la science moderne. Il convient de s'y habituer, de ne pas éprouver de malaise, de se dire que notre monde est ainsi fait, et de réaliser également que l'action sur le réel, sur le quotidien exige un "contrôle" aussi poussé que possible de l'irréel qui le sous-tend. Dans le "monde physique" ce sont les mathématiques, cet outil irréel au pouvoir si puissant, nous l'avons suffisamment souligné. Dans l'humain c'est ce mélange de métaphysique et de psychologie, les deux étant très liés, finalement, qui nous semble l'équivalent des mathématiques. Nous ne sommes sans doute pas aussi habitués à manipuler cet outil qu'à manier l'autre mais c'est vraisemblablement ce vers quoi nous nous dirigerons dans les siècles à venir, Bergson l'avait bien pressenti et après lui Stéphane Lupasco ("Du rêve, de la mathématique et de la mort" Ed. Bourgeois).
Un gros effort d'abstraction sera toujours nécessaire pour toutes sortes de compréhensions (dont, sans doute, celle de la signification exacte du terme "mort") effort que l'on retrouve partout, ne serait-ce que pour nous rendre compte des combats que nos grands-parents ont du engager et les souffrances qu'ils ont endurées pour que s'instaurent la liberté politique et l'égalité que nous n'apprécions même plus tant elles nous paraissent aller de soi. Cette liberté tout comme la justice, ce n'est que lorsqu'on en a été privé que l'on saisit vraiment sa réalité, autrement elle reste tout à fait irréelle, derrière un monde quotidien qui seul nous semble être réel. Cet exemple devrait aider ceux qui ont quelque peine à voir l'irréel, dont notre propre mort, et son importance à nos yeux, derrière le réel.
Dans un autre domaine d'irréalité sans chercher le moins du monde
à "faire dans le morbide" revenons une dernière fois, si vous le
permettez, sur
Elle est pourtant bien réelle quant à son existence, même si, comme pour l'harmonie, c'est sous une forme latente et nous l'avons dit, probablement différente de ce que nous en imaginons. L'effort intellectuel de représentation de l'irréalité est certes encore plus important là que pour la liberté politique - mais on ne peut éviter de le faire, cet effort, si l'on cherche à connaître la vérité de notre monde et c'est exactement ce type d'effort d'abstraction qui peut nous permettre également de concevoir la source d'harmonie que tout nous pousse à admettre, pensons-nous. Il s'agit de la capacité d'abstraction appliquée à soi-même, de la capacité de savoir, de pouvoir ·s'abstraire (étymologiquement: "se retirer de soi"), se dématérialiser, en pensée, pour ne laisser subsister que la partie "immatérielle" située en nous dont l'authenticité nous semble indubitable et devrait, à tout le moins, vous sembler très possible.
Bien peu de personnes parviennent à assumer joyeusement le fait qu'elles ne sont pas immortelles - la plupart s'efforçant (et notre société avec elles) de cacher la mort autant que faire se peut. Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi et la sociologie nous montre, à côté de quelques types de sociétés à mort extrêmement joyeuse, de très nombreuses sociétés où la mort n'effraie nullement.
Sans aller si loin que l'exemple des kamikazes, l'Inde et
l'Extrême-Orient et de nombreuses sociétés primitives tiennent une position
privilégiée en
Par quel raisonnement direz-vous, peut-on intégrer la fin de notre vie physique à la joie de vivre ? Par des considérations psychologiques évidemment.
C'est Gide, peu suspect de complaisance envers la mortification, qui avait fait observer que, sans la mort en arrière-plan, la vie n'aurait sans doute pas toute la saveur qu'elle a. Ce jugement a priori surprenant - quel être heureux refuserait l'éternité ? - est à rapprocher du fait psychologique (et économique) selon lequel n'est ressenti comme précieux que ce qui est limité (ce qui est rare est cher). Ceci alors même que, pour citer Nietzsche cette fois, notre amour pour la vie, comme tout amour, veut l'éternité, veut la plus profonde éternité... (mais cela n'est-il pas une pulsion finalement, presque un caprice ?)
La contradiction disparaît ou s'estompe si on fait intervenir la vie de l'esprit en juxtaposition de la vie "tout court" - et cela pourrait bien nous montrer la bonne voie pour résoudre le dilemme: faut-il se réjouir d'être mortels alors que nous souhaiterions être immortels? Question qui nous plonge aux tréfonds de la "psychologie des profondeurs" assurément et qui ne peut être résolue qu'en développant notre capacité d'abstraction et notre aptitude à concevoir l'existence de l'irréel bref en sachant "voir" (ou entrevoir) l'invisible...
Si on accepte l'idée que notre existence n'est pas toute entière à se passer dans le monde physique (et le rêve, aussi peu significatif qu'il puisse paraître, pousse avec l'imaginaire et l'art quelque peu vers cette conception des choses) on peut penser qu'il y aurait un authentique stade intermédiaire (par l'irréalité, par la "disparition" qu'il nous conférerait) entre la vie et la mort.
Ce serait également un stade à mi-chemin entre un "onirisme éveillé" (nous y revoilà) et une petite mort temporaire et l'on ne peut que songer au Thanatos que Freud oppose à l'Eros. Ce Thanatos nous le situerions, nous, en relation avec la méta sphère selon des rapports qui débouchent sur les profondeurs les plus inexplorées de notre personnalité de base - de notre nature humaine (Cf. Dufrenne, op. cit.).
Dès lors proclamer que la vie de l'esprit est une forme de vie aussi joyeuse, aussi pleine, aussi authentique, aussi vivante même que la vie du corps, vivre sa vie sur ces deux plans simultanés et chercher à valoriser la première autant que la seconde, ferait assurément partie de la sagesse ! Laquelle consisterait à valoriser au maximum la vie intérieure, sans dénigrer le moins du monde l'autre !
La mort ne serait alors plus l'épouvantail suprême mais bien une simple entrée métasphérique de plus (mais permanente, celle-là, -ou·d'un temporaire plus prolongé ?) de l'être humain qui serait non pas un simple organisme animé mais une "essence de vie mourant sa vie et vivant sa mort" (pour reprendre la très belle présentation qu'en fait Binswanger).Organisme animé qui vivrait à deux niveaux, finalement .....* Dans de telles conditions il nous semble que le "pari sur l'outre-tombe" n'ait pas grande importance, ni même grand sens : nature nous sommes, nature nous resterons, que ce soit sous une forme ou sous une autre.
Parler ainsi de stades intermédiaires de non-mort, de justice immanente, de retrouvailles d'êtres chers disparus ne fait vraiment pas sérieux lorsqu'on se trouve en pleine fin de XXème siècle en pleine euphorie productrice et consommatrice et... réaliste surtout ! Nous en sommes navrés. Il est exact que tout cela paraît bien artificiel et pourtant c'est là où notre raisonnement et notre intuition nous conduisent. Une certaine logique une fois mise en marche (celle du sur-hasard en l'occurrence) on ne s'arrête pas où l'on veut. Il convenait donc d'aller aussi loin que possible dans la zone d'irréalité du réel, qui n'est peut-être finalement que la réalité d'un monde irréel. En nous disant qu'il y a trop de sujets d'étonnement à propos de la vie, et de cet être surprenant qu'est l'homme, pour rayer d'un trait de plume au nom d'un soi-disant "scientifisme" tout mystère métaphysique relativement à sa disparition...
Nous vous prions de nous excuser d'avoir ainsi insisté sur
C'est parce que les matérialistes ne comprennent pas cela (et que
s'ajoutent à eux des religieux qui considèrent qu'hommes et femmes n'ont pas le
droit de disposer de leur corps librement) qu'ils dénoncent si fort le suicide.
La mort leur fait tellement peur qu'ils ne sauraient autoriser même ceux qui
souffrent par trop à y avoir accès - type même de réaction viscérale primaire
entachée d'obscurantisme, que l'on peut difficilement accepter. La liberté de
choisir sa mort nous apparaît comme l'un des droits fondamentaux de l'homme
tout comme le droit de ne pas donner la vie et de disposer, homme ou femme, de
son corps comme on l'entend, (même si c'est de façon jugée très immorale par
les autres). Mourir, c'est se refondre dans
Il ne s'agit assurément pas de dénigrer les joies de la vie
socio-physico-affective, mais à trop vouloir la valoriser (ou à lui donner
l'exclusivité) on risque fort de dévaloriser la vie toute entière en ignorant
ce qu'il y a en elle de plus qui ne saurait être considéré comme totalement
biologique qu'en élargissant considérablement l'acceptation du terme biologique
et qui paraît bien pouvoir être nommé comme tant d'êtres avant nous l'ont fait,
avec une majuscule par respect pour son mystère: l'Esprit du monde ou l'Esprit
de
Prenons un peu de recul maintenant, et tout en gardant à l'esprit le problème de la compatibilité de la mort et de l'harmonie, situons (audacieusement ?) notre projet - tout projet pédagogique (psychoécologique ou non) en fait, qui que ce soit qui l'adopte - au niveau d'une anti-mort puisqu'il se veut structuration psychique (laquelle est définie comme anti-déstructuration, anti-destruction donc !).
Toutes sortes d'indices nous faisant soupçonner l'existence d'une
"autre réalité", en arrière-plan de celle que nous expérimentons
quotidiennement il faut bien donner un nom à ce qui lui correspondrait dans
l'humain, et en dehors du langage psychanalytique qui n'est pas accessible à
tous, celui d'Esprit a été généralement retenu. Nous proposerons de revenir,
une fois encore, plutôt à "
Leur reconnaissance d'un sur-hasard (naturel) auquel ils pourraient littéralement "adhérer" en admettant la présence en eux de cette Nature naturante serait la meilleure (ou une des meilleures) façon(s) de déclencher cette "supra-naturation". Laquelle n'aurait rien de surnaturel (sinon par rapport à la seule nature naturée), mais ils en tireraient néanmoins toutes sortes d'avantages en terme de santé psychique.
Par contre ceux qui, après information, refuseraient d'admettre cette situation et rechercheraient leur seule "réussite personnelle" en se laissant guider par leurs pulsions au lieu de choisir leur liberté existentielle pour les contrôler, ceux-là passeraient à côté de leur nature authentique et courraient même le risque de se retrouver dans la situation d'animaux dénaturés (Vercors !)...Dans la situation de morts, de vrais morts, cette fois, peut-être bien même ! De suicidés existentiels, en tout cas.
Cette supra-naturation volontaire - qui se trouverait être tant une mutation auto-organisée qu'une maturation - puisqu'elle nous donnerait accès à une maturité complète - cette supra-naturation, donc, ne serait pas sans rappeler la "conversion à l'existence" que proposent, par le biais de la reconnaissance d'un autre principe que le seul hasard dans le monde, divers philosophes influencés par Kant, dont de nouveau le médecin philosophe qu'était Karl Jaspers.
Ceux qui trouvent que le mot "conversion" isolé sonne par trop religieux peuvent d'ailleurs toujours parler d'"émancipation existentielle volontaire", - résultat de la libération de même nom.
Avec la permission du lecteur nous opterons pour le compromis:
"accomplissement existentiel" - lequel
considérerait la confiance en
Mais, hormis quelques rares penseurs existentiels, qui donc est conscient, à l'heure actuelle, de la nécessité de ces "accomplissements" ? Pratiquement personne, les plus généreux des humanistes attendant tout ou presque des lois, des institutions et du droit, avec les résultats que l'on voit, et ceux futurs que l'on imagine aisément.
Cet accomplissement seul, enfin, véritable épanouissement ontologique, permettrait à l'homme de devenir vraiment un homme, c'est à dire un homme de cœur au lieu d'un égoïste, qui serait cet "acte sur soi qui fait de l'homme un autre homme" (Jaspers, Philosophie I, 42). Il exigerait, bien vraisemblablement, une "initiation existentielle" préalable liée à la reconnaissance du caractère également supra - naturel de toute personne humaine (voire de toute vie), aussi caché que soit ce caractère sous les plus exécrables "couches pulsionnelles" parfois !
N'est-il pas temps, dès lors, pour tous les humanistes (forcément antifascistes) d'avoir, n'en déplaise à ceux qui pensent encore trop en seuls termes de structures (reste d'influence marxiste ?), une vision un peu moins exclusivement politique et un peu plus anthropocentrique (psychologique - disons même: psychobiologique) des choses et de rejoindre les psychoécologistes en oeuvrant, eux aussi, pour l'émancipation existentielle volontaire et pour l'accomplissement existentiel des jeunes afin d'améliorer le monde dans l'avenir ?
Dans cette perspective, il nous semble qu'il est permis
d'entrevoir une action psychopédagogique en pénétrant (sans effraction) dans le
psychisme des jeunes et en évitant, autant que possible, de jouer les
"Diafoirus de l'inconscient" dont parle si joliment Jean Delay, et
qui ne sont pas exactement en voie de disparition, hélas ! En évitant aussi,
sans perdre de vue les insuffisances du strict rationalisme pour ce qui touche
au mystère de l'homme, de tomber dans un spiritualisme facilement outrancier.
Ce qui devrait pouvoir être garanti par la lecture, la relecture, et la lecture
encore des penseurs "critiques" de pointe, avec, au premier rang
d'entre eux, modèle de rigueur intellectuelle, le Professeur en biologie
H.Atlan de "A tort et à raison. Intercritique de la science et du
mythe". Summum, ou à peu près, de la pensée contemporaine. Summum hélas
stérile dans son souci d'éviter tout engagement face aux problèmes qui
attendent une réponse ! Symétriquement, nous jugerons utile de se référer également
à l'ouvrage des deux agrégés de philosophie qui nous paraissent encore plus
" à la pointe " de la pensée, les Professeurs Paul Ricoeur et Mikel
Dufrenne dans leur livre commun "Karl Jaspers et
Reste que les ouvrages sus-mentionnés ( avec le fondamental "Perspectives de l'homme" du R. Garaudy d'avant son embobinement dans le révisionnisme, qui fait en quelque sorte le trait d'union entre eux malgré ses analyses dépassées sur le marxisme) nous paraissent assez bien représenter l'un (Atlan) la plus intelligente des connaissances (fermant tout de même un peu trop la sorte à une spiritualité ouverte, à notre sens, malgré sa parfaite neutralité sur elle), les autres la moins idiote des croyances, celle précisément dite "rationnelle" par Jaspers, et prenant le plus possible en compte la connaissance, mais restant fatalement un peu (trop ?) mystique dans une perspective que nous nous efforcerons de transposer pédagogiquement.
C'est que, depuis la célèbre " Lettre à Monsieur l'Instituteur" de Jules Ferry, opposant connaissance et croyance, la pensée a quelque peu progressé, et que ces deux concepts paraissent réconciliables.
Ce qui permettrait de conserver les avantages de chacun, et ce qui serait une excellente chose, car la seule science, (résultant de la connaissance) sans la conscience (difficilement bien agissante sans quelque croyance fondamentale la soutenant) pourrait bien n'être que ruine de l'homme !
L'action (psychopédagogique) susmentionnée ne pourra par ailleurs
manquer de comporter un volet "dénonciation des aspects malsains des
sociétés industrialisées modernes" pour éviter aux jeunes non encore
engagés dans quelque voie irréversible de se laisser piéger, par leurs
pulsions, vers une "récupération par le système". Ainsi, au total,
notre action (interprétable comme une tentative philosophique de dépassement de
la mort, nous le supposons bien) s'inscrira -t-elle pédagogiquement très
prosaïquement dans la perspective d'une mise en garde contre des excès
pulsionnels à la fois dans leur aspect individuel parfois malsain (ce qui
apparaîtra à certains comme moralisateur, hélas !) et dans leurs conséquences
sociologiques (ce qui apparaîtra comme une dénonciation anarchisante,
révolutionnaire ou, au mieux, très contestataire, de la société, à
CHAPITRE I I
DE
L'ACTION PSYCHOPEDAGOGIQUE
Cette action partira de l'idée selon laquelle les troubles et les maux de l'humanité seraient, en dernier ressort, essentiellement causés par les dérèglements psychiques ("par excès" plus souvent que "par défaut") de certains individus perturbant leur zone d'influence et leur entourage, (voire leur société tout entière) dans les domaines les plus divers, allant du familial à l'économique en passant par le politique, le professionnel, etc.
Ces perturbations seraient d'autant plus profondes que, de leur côté, les victimes se trouveraient-elles mêmes en état de dérèglement psychique par insuffisance de résistance aux agressions, et défaut de structuration personnelle (capacité d'endoctrinement, faiblesse de caractère, ignorance, crédulité, soumission etc.) aboutissant, entre autres, à une incapacité à mettre en place des défenses collectives efficaces de type institutionnel juridique, politique - et notamment démocratique - syndical, associatif etc. face aux excès pulsionnels de ceux disposant du pouvoir.
Défenses institutionnelles qui de toutes façons présentent (outre
trop de points faibles) un effet dissuasif incertain et des limites trop vite
atteintes pour que l'on ne songe pas à s'en prendre sinon tout d'abord du moins
simultanément aux racines mêmes du problème, c'est à dire aux mentalités,
supposées désormais "orientables-vers-la-recherche-d'harmonie", si
l'on s'y prend intelligemment et assez tôt. Dès lors c'est sur le petit d'homme
que nous inviterons le lecteur à se pencher avec nous, dans la perspective
d'une tentative de contrôle plus efficace des pré-dérèglements psychiques qui
peuvent le concerner, et ce en prenant en considération les connaissances
actuelles de
A l'échelle individuelle les troubles par excès ou par défaut susmentionnés ont de bonnes chances d'être liés à ces maladies d'inadaptation qui amènent tant de gens en bonne santé physique et jouissant de confort aussi bien que de sécurité et de liberté à ne pas pouvoir se sentir pleinement heureux, et à être mal dans leur peau ou à se plaindre pour des raisons somme toutes objectivement frivoles, d'autres se sentant parfaitement heureux tout en étant visiblement plus ou moins dérangés quelque part, tant ils sont "négatifs" ( et/ou tant ils sont invivables, à force d'égoïsme, notamment !).
A l'échelle collective, cela n'est pas sans ressembler à la façon dont quelques individus séropositifs (relativement à une bactérie ou à un virus - individus dès lors contagieux, mais pas forcément, ou pas encore, victimes, eux, des symptômes engendrés par le virus ou la bactérie dont ils sont porteurs) peuvent perturber la santé de leur entourage et surtout celle des personnes non ou trop peu immunisées contre les dits microorganismes.
L'exemple historique le plus caractéristique est celui du fascisme qui a infecté le monde des années 1930 - 1945 au point que l'on sait, quelques excités mégalomanes ayant réussi (certes avec l'aide de la crise économique, mais ce facteur adjuvant n'est pas indispensable) à contaminer des foules de braves gens allemands et japonais, et à les transformer (avec quelques plus rares italiens et espagnols - et, bien sûr, d'autres encore) en semi-barbares imprégnés de nationalisme guerrier dévastateur. Cela dans le prolongement d'autres expériences historiques analogues sous couvert de guerres saintes ou de croisades diverses, parfois plus ou moins liées à des motifs précurseurs d'impérialisme économique : esclavage antique, féodalité, traite négrière, colonialismes, exploitation forcenée de travailleurs, de femmes, d'enfants etc.
La menace subsiste, et se réalise encore un peu partout à travers le monde, même dans des zones fort civilisées, où elle prend alors des formes diverses allant de celle (sévère) de la criminalité et du maffiosisme à celle (abâtardie et adoucie) d'une exploitation pour impératifs de gestion économique, de maintien de l'emploi, de soumission à la technique pour "rester dans la course", ou avec des arguments de "progrès" parfois fort bien déguisés en un "humanisme" qui reste en fait fort déshumanisant, et génère toutes sortes d'injustices inadmissibles. Cela sans parler des racismes, des antagonismes ethniques ou religieux, des xénophobies voire des "paupérophobies" et du simple mépris des gens différents (ou des gens tout court !) qui se généralisent par périodes et par endroits, parfois sans raisons invoquées, mais non sans effets malsains.
Partant de cette analyse, notre approche de ce qui peut ressembler à une tentative d'amélioration d'une situation allant assurément jusqu'au tragique s'est trouvée axée sur l'idée que ce tragique était avant tout la conséquence d'une simple (!) maladie de l'humanité, maladie due aux excès pulsionnels de "macro organismes" d'un genre un peu particulier (les humains eux-mêmes) générateurs de troubles autour d'eux (et généralement jusqu'en eux) et devant, à ce titre, être combattue comme le sont les maladies dues aux toxines de microorganismes divers.
Ayant alors à considérer sinon toujours comme des "malades existentiels" du moins comme des "dérangés", des "perturbés, ou des "handicapés" existentiels tous ceux soumis à de tels excès pulsionnels allant, selon les cas, de la soif de domination à la jalousie et voyant bien peu de "cas" curables nous nous sommes orientés vers la prévention plutôt que vers le traitement.
Vers une prévention qui ne soit pas simplement liée à la supposée valeur d'exemple des sanctions pénales infligées à ceux ayant transgressé la loi, lorsque loi (et sanctions réelles) il y a.
Comme esquissé dans la présentation de notre projet, cela nous a conduit vers la psychopédagogie conçue comme une technique d'immunisation (psychologique) des jeunes en tentant d'éveiller en eux (et ce scolairement, et à une échelle aussi planétaire que possible) l'idée qu'il y aurait pour chacun une sorte d'itinéraire de vie à emprunter (d'aucuns parlent de "parcours humain") hors duquel il serait dangereux de s'aventurer. Et en faisant pour cet itinéraire d'"humain futé" (ou d' humain en bonne santé existentielle) une sorte de "publicité" (passant par celle de l'intelligence, du cœur et surtout de l'esprit) destinée à contrer tant celle (d'origine extérieure) faisant appel aux instincts que celle (intérieure) inconsciente et invisible, mais ô combien puissante, que nos pulsions font pour elles mêmes au sein de chaque être. Quelques uns des matérialistes grand teint, gens que cette philosophie nous paraît - est-ce à tort ? - prédisposer souvent à une certaine sécheresse cardiaque, encore plus s'ils se trouvent être aveuglés par leur confort et par la vision de celui de leur entourage, s'ajoutant à une conception de l'homme assez proche de celle qu'ils ont du pingouin (et toutes sortes de défauts en plus, s'entend ), avec une belle tendance à être un rien décontractés pour ce qui touche à la misère des autres-hors-de-leur-vue, quelques uns de ces matérialistes, donc, nieront ce "tragique du monde" (que nous reconnaissons, nous, tout comme les chrétiens, mais en ne le considérant que comme "accidentel", et non pas comme structurel-par-suite-de-péché-originel !),
Pour les autres matérialistes (ceux ayant un cœur tout de même sensible à la misère d'autrui) l'agressivité et le besoin de domination qui sont largement à l'origine dudit tragique - à supposer qu'alors ils le reconnaissent - ne leur paraissent nullement anormaux, inscrits qu'ils seraient tout naturellement (génétiquement) dans le patrimoine de toute espèce animale, terme générique incluant la personne humaine à leurs yeux de réductionnistes. Cela, qui a permis à notre espèce de survivre et de s'imposer serait plutôt, selon eux, sinon vraiment plus à préserver qu'à combattre, du moins plus à tolérer qu'à chercher à éradiquer, ne serait-ce que par respect pour le jeu de la sélection naturelle qu'il n'y aurait aucune raison de fausser, et tant pis si cela écrase les pingouins les plus faibles ! Rien de vraiment tragique là, finalement, puisque c'est le jeu de la nature (et qu'ils ne sont pas, eux en situation de victimes) !
Pour ces aimables personnes (parfois fort proches des positions de sociobiologistes ) ceux qui se révoltent contre un soi-disant tragique humain et cherchent à l'éradiquer sont quelque chose comme des hyper pessimistes (quant à l'appréciation des données) et (pour le remède) des utopistes hyper optimistes, des Don Quichotte excités en mal de cause humanitaire pour meubler leurs loisirs, ou pour se rendre intéressants (ou importants), voire sont des névropathes (ou alors, dans le cas des croyants, des illuminés ayant besoin de justifier la fonction de ce "Sauveur" qu'ils invoquent parfois).
Triste conception des choses que celle là, si répandue, hélas, qui garantit la pérennité, voire l'extension , des situations antagonistiques plus ou moins dramatiques, que connaissent tant de sociétés humaines, tant de familles, et tant de couples....
Pour nous il ne sera nullement question de faire référence à un quelconque soi-disant "Sauveur", mais notre proposition d'itinéraire - bis (bis parce que différent de celui qui serait pris spontanément) d' "humain futé" n'en sera pas moins sans rappeler certaine "quête de salut" à ceci près que le mot salut devra être alors pris dans son sens originel de santé (ici psychique). Quête de "salutaire" donc, en fait que cette quête, jadis présentée comme l'objectif prioritaire de toute existence face à ce tragique humain qu'il s'agit de combattre, et face à une primarité par trop exclusive, malsaine, elle, qu'il s'agit effectivement de dépasser. Cela au nom de la nature particulière de l'homme qui l'amène à pouvoir désormais, avec le génie génétique, modifier des lois naturelles telles que celles de l'évolution).
Primarité qu'il s'agit de dépasser non seulement individuellement mais encore par une praxis collective, et à l'échelle planétaire, d'ailleurs !
Dans la négligence de la prise en compte de ce "détail" réside la faiblesse des religions ayant de surcroît toujours eu quelque tendance à laisser César (ou le petit patron despotique) agir à sa guise, c'est à dire en fasciste. Négligence qui avait été théoriquement réparée par le marxisme, qui avait rallié toutes sortes de gens victimes desdits fascismes car le marxisme avait su dépasser la conception individualiste du salut religieux - avant de se trouver dévoyé pour diverses raisons (dont la pression hostile constante des pays non socialistes n'est pas la moindre, Cuba en sait quelque chose).
Si l'on remplace la "quête de salut" des croyants, aussi désuète que douteusement fondée intellectuellement, par une doctrine sécularisée du salut de type spinozien,* menant tout d'abord à la notion de simple recherche de santé psychique (pouvant aussi, nous semble -t-il, être philosophiquement comprise en termes de quête d'authenticité existentielle) correspondant à une structuration mentale évitant tant les troubles par excès que ceux par défaut sus évoqués, en allant dans le sens d'un engagement social et politique (désintéressé) concret, l'on retrouve un langage moderne plus à même d'être pris en considération, d'autant qu'il rejoint certaines des plus récentes études de la psychoneuroimmunologie.
Pratiquement, tout cela débouchera sur une proposition d'éducation psychique, sur une psychopédagogie (passablement contestataire de la société matérialiste actuelle, force nous est de l'admettre) que (dans le prolongement de la "deep ecology" anglo-saxonne - mais avec priorité donné à l'humain au lieu de ce qui frôle parfois, chez elle, l'anti-humanisme) nous qualifierons de "psychoécologique".
Laquelle psychoécologie cherchera à dégager l'itinéraire - le parcours humain - le plus laïc, le plus "large" (et le moins austère) possible à même de servir de modèle, ou tout au moins de repère, pour des jeunes, qui seront certes fort incités à faire leurs premiers pas dans cette voie, explications à l'appui de cette démarche - dès qu'il seront en âge de les comprendre. Itinéraire qui non seulement se voudra peu austère, mais encore se proposera d'être franchement attractif, puisqu'il se présentera comme la recherche d'une parfaite jouissance - aussi existentielle que la santé qui lui aura donné naissance ! Jouissance qui ne sera pas seulement à visée individuelle, car elle sera liée au développement de la conscience politique et sociale qui fait tant défaut à tant d'êtres.
Rien d'un catéchisme religieux donc que cet itinéraire à proposer
aux jeunes, d'autant que ladite jouissance, déjà bien entrevue par l'épicurisme
(authentique), sera surtout bien proche de cette béatitude - presque de ce
nirvana ! - dont Spinoza (plus influencé qu'il n'y paraît par l'Extrême Orient)
avait, il y a trois siècles, fait le but de son Ethique, en proposant
d'assimiler "Dieu" à
L'itinéraire ainsi recommandé n'en restera pas moins fondé sur une
proposition de foi - mais ce sera une foi dans
Nos propositions constitueront alors une sorte de prescription psychothérapique, qui aura bien quelque chose en commun avec le "katèkhismos" des grecs anciens: la fonction d'enseignement - presque celle de renseignement (sur la vie). Mais, à la différence des divers catéchismes jadis (ou présentement encore !) proposés aux enfants cela n'aura rien de religieux, ni de moralisateur, car l'humanité a probablement bien plus besoin de soins (et de réflexion) que de catéchismes (et de sermons).
Ainsi l'itinéraire psychoécologique proposé aux jeunes, et soumis à votre appréciation, ne sera-t-il nullement normatif ! Il ne se voudra qu'informatif, malgré son aspect apparemment formatif. Quant à la "prescription" destinée à prévenir l'apparition de cette maladie existentielle qu'est la soumission excessive aux pulsions primaires (avec ses conséquences de dysfonctionnement de la société tout entière) elle sera facultative (toute prescription étant d'ailleurs discutable) ! Facultative, mais hautement recommandée, et s’inspirant des techniques de psychosynthèse les plus modernes (R.Assagioli, p.ex.) !
Dès lors, si vous le voulez bien, ouvrons la discussion, en présentant notre argumentation, fondée sur l'idée qu'au delà de l'écologie il y a tout un champ psychoécologique à débroussailler et à mettre en "exploitation", avec d'intéressantes perspectives d'amélioration, par le biais d'une "éducation existentielle" appropriée, de ce qui ne va vraiment pas en ce monde. Et de ce qui a, hélas, depuis les échecs des divers régimes socialistes bien peu de chances de pouvoir être amélioré de façon significative et à grande échelle par la seule action politique soucieuse de justice et d'harmonie, c'est à dire par l'action politique progressiste jusqu'alors précisément appelée "socialisme". Lequel socialisme voit de nos jours ses conquêtes remises en question voir anéanties, sans que l'on voie grand chose dans l'avenir pour remédier à cette situation.
"Je ne crois en rien. Je suis libre " avait annoncé Nikos Kazantzaki
Belle formule - mais n'est-elle pas bien "courte" dans sa concision ?
Les nouvelles générations sont fort libres, elles aussi. Grâce à l’enseignement, à l'information et à la science modernes, grâce aux grands penseurs libérateurs, elles ont relégué aux oubliettes les diverses croyances qui avaient tant inhibé les générations précédentes et tant développées chez elles des "sur-moi" abusifs. Lesquels étaient générateurs, notamment par refoulements interposés, de toutes sortes de perturbations psychiques que Freud et certains de ses successeurs ont très bien dénoncées, et qui ne devaient pas manquer d'être souvent liées au fait que la croyance, ce fruit si caractéristique de l'enfance et de l'infantilisme, "c'est lorsque la nuit tombe sur la pensée" - pour reprendre la belle formule d'Alain. Croyance et ténèbres se donnent bien fréquemment la main, en effet, et l'on comprend que Victor Hugo ait même pu parler à propos de la première "d'hydre qui ronge le flanc ".
Ne croyant plus en rien, la majorité des hommes et femmes modernes et cultivés est donc sinon libre, du moins "libérée", et s'en porte apparemment fort bien. Apparemment, car il se trouve à coté de cette majorité, outre un nombre surprenant de gens croyant en toutes sortes d'âneries du type horoscope, un pourcentage non négligeable de personnes qui paraissent bien payer leur libération de diverses façons assez peu plaisantes. Il y a même une très petite (mais croissante) sous catégorie qui pose un problème aigu au psychologue (et à la collectivité) du fait de l'évolution de sa libération vers une marginalisation psychologique - irréversible, de type un peu suicidaire - ceci surtout en milieu urbain dense. Enfin il y a des problèmes de société et des problèmes politiques planétaires qui pourraient bien ne pas être sans rapport avec une libération excessive de l'homme moderne, aussi étrange que soit la notion de libération excessive. Serait-ce parce que certaines libérations seraient "fausses" et que les "vraies" libérations devraient être recherchées ailleurs que dans le refus de toute croyance ? Cela surprend, à première vue, mais, enfin, il faut bien tout examiner.
La question est alors de savoir si la libération, a priori fort saine, de toute croyance, et avec elle de tout sens du sacré, n'a pas, par la perte de "confiance supérieure" (terme préférable à celui, par trop religieux, de foi) en l'humanité et dans le monde, et par la perte de toute crainte existentielle, entraîné une sorte de dérèglement qui verrait de néfastes effets se produire (de façon croissante) tant au niveau des individus qu'à celui des sociétés. Et cela quitte à ce que cette confiance en quelque sorte "originaire" et quasi métaphysique, se manifeste paradoxalement, comme dans le cas d'A.Camus, par une révolte devant ce qui paraît injuste, humanité incluse !
"Savoir se libérer n'est rien. Le difficile est de savoir être libre" disait pour sa part A.Gide, lequel n'est pas précisément un attardé mental, (non plus qu'un illuminé ou un "rabat-joie-de-vivre"), en dépit du fait que son propos, à la différence de celui de Kazantzaki, admet implicitement que l'affranchissement de toute valeur repère, donc de toute croyance, n'est pas forcément ce qu'il y a de mieux. Faire, au nom de quelques "valeurs-guides" dûment sélectionnées (dont un "soi-même", sous forme de réussite sociale, financière et sentimentale raisonnable, qui devient alors non seulement permis mais tout à fait conseillé) faire, donc, des choix aussi judicieux que possible, en restant aussi libre que possible (tant vis-à-vis des croyances que des pulsions, et non pas vis avis des seules premières !) ne serait-ce pas, en effet plus avisé que de jeter tout "froc" aux orties, ou d'imaginer qu'on l'a fait alors que les dites pulsions nous mènent par le bout du nez ? C'est aussi bien plus difficile, soit dit incidemment - surtout si l'on n'a, comme nous, nulle intention de faire alliance avec la redoutable - et douteuse - tribu des amateurs d'ordre moral, qui, comme par hasard, sont presque toujours des privilégiés cherchant par ce biais à conforter leur situation, et aussi ce que Mounier nommait, si joliment, le "désordre établi" !
Il ne s'agirait, en somme, pas tant de claquer grandes ouvertes toutes les portes de la vie et de franchir n'importe lesquelles au galop en criant "vive la liberté" ; il ne s'agirait pas non plus de foncer dans la galerie de mine de l'égoïsme (familial inclus) à outrance, mais d'ouvrir prudemment celles de ces portes qui ne débouchent pas sur du vide ou sur un escalier bien raide ou sur un quelconque tunnel à l'issue incertaine et, non, le résultat ne sera pas le même en bout de course. Il s'agirait, aussi, sans doute, de ne pas trop vite confondre bonheur et plaisirs, en croyant que seule l'accumulation des seconds peut engendrer le premier....Et il s'agirait, enfin, de réaliser que crier "vive la liberté" revient, aux yeux de certains, à autoriser à penser : "vive la liberté d'opprimer et d'exploiter" ! l'homme, et de ravager la nature !
Ce qui nous conduit à tenter de préciser jusqu'à quel point l'on peut sans danger laisser "libre cours" à des pulsions qu'il ne s'agit assurément pas de systématiquement refouler non plus. "Rien n'est poison. Tout est poison. C'est la dose qui fait le poison". Après Paracelse on ne saurait mieux dire, et la "posologie des pulsions" sera notre souci premier.
Cela nous conduit aussi à explorer l'idée que l'on puisse être
libre existentiellement - car nous sentons que là est l'essentiel (!) de notre
condition - tout en croyant en quelque chose (d'autre que soi seul) pour éviter
les perturbations sus mentionnées générées par le vide nihiliste ou
l'égocentrisme excessif. Il restera alors à nous demander non plus comme
Lénine: "Que faire ?" mais: "Que croire ? " ou plus
exactement : "par quelles CONVICTIONS, aussi étayées que possible en
raison, remplacer les croyances ? ". Tâche qui serait bien délicate, on
s'en doute, si
Venant au problème psychothérapique que constituent les personnes victimes de "l'incroyance" (et tombant de ce fait dans un relativisme vite transmué en égocentrisme) il est évident qu'en Europe il n'y a pas encore de quoi se faire beaucoup de souci tant leur nombre (croissant, cependant) est restreint en pourcentage de la population, largement, nous l'avons dit du fait d'influences de type humanistes ou judéo-chrétiennes laissant subsister toutes sortes de valeurs sans que l'on en soit toujours bien conscient. La plupart des jeunes parviennent de façon ou d'autre à "être libres" au sens gidien et ne tombent que très exceptionnellement dans l'égocentrisme forcené et dans son corollaire, l'aliénation caractérisée à l'argent. Ils tombent encore moins dans la toxicomanie (avancée) la criminalité, la violence, l'alcoolisme, ou l'obsession sexuelle et le sadisme.
De même il n'y a encore que peu de personnes victimes de stress, des dépressions, ou de perturbations ayant quelque rapport avec un manque de structuration psychique (faute de valeurs repères). Enfin, l'exploitation d'autrui reste modérée. Mais aux USA, pays que l'Europe a tendance à suivre, avec retard, il n'en va pas de même.
Ce qui fait que la vie devient un peu problématique dans les grandes villes là-bas (et, incidemment, rares y sont les citoyens dormant sans revolver sous la table de nuit, s'il n'y a pas de garde armé à la porte de leur immeuble, et courageux ceux sortant le soir dans certains centres urbains). De plus en plus nombreuses y sont les perturbations psychologiques.
Il convient certes de voir également ce qui va bien dans ce, par ailleurs si merveilleux, pays, qui nous a tant apporté, et où se rencontrent d'innombrables hommes et femmes de bonne volonté, et très soucieux d'autrui dans le besoin, mais une chaîne n'a que la solidité du plus faible de ses maillons, et c'est lui qui doit retenir l'attention pour être l'objet de tous les soins ! Or toute société est une chaîne par bien des aspects, y compris la société des hommes tout entière !...Et aux USA l'on n'a pas encore su assurer ni une protection sociale à l'européenne, et ce n'est certes pas faute de ressources disponibles !
Cela, et d'autres aspects du problème, qui est à la limite du supportable, n'a rien d'encourageant : il est à craindre que l'Europe en soit là tôt ou tard si rien n'est mis en oeuvre qui soit un peu plus convaincant que ce qui est présentement envisagé. Or, de par sa relative cohésion culturelle et le poids de ses traditions (notamment, en France, sociales et jacobines) bien plus sensibles qu'aux USA, l'Europe a des atouts exceptionnels en main, s'ils sont conservés en mémoire au titre de repères à ne surtout pas perdre de vue !
Dans quelle direction se tourner (si notre appréciation des données du problème est valable) pour essayer de dégager de nouvelles méthodes d'action, et une quelconque "psycho-socio-thérapie préventive" ? Au nom de quoi s'opposer, non pas aux pulsions, mais à ce qu'elles ont de potentiellement perturbateur dans leurs excès (et non plus seulement de nocif par leur refoulement ce que la psychanalyse sait à peu près soigner, au cas par cas) ? Et ceci en faisant référence à une santé psychique qui, pour être idéale ne serait pas pour autant liée à un idéal - autant dire une idéologie ? En gardant également en vue la nécessité "marcusienne" de conserver au principe de plaisir - quitte à l'élargir intelligemment en principe de bonheur - toute sa valeur subversive dans une société par trop productiviste et ploutocratique.
En d'autres termes (et sans perdre de vue la nécessité d'une action de terrain, socio-économique, simultanée, qui trouve, hélas, bien vite des limites qu'il s'agit précisément de faire sauter) quelles seraient les moins inacceptables croyances, ou mieux, les plus crédibles parmi les idées "incroyables" (incroyables du fait de leur contestabilité) susceptibles de constituer un élément modérateur pour ceux qui croient beaucoup trop exclusivement en eux, par le biais d'une recherche de réussite personnelle à tout prix, par exemple, ou par "cocooning", par égoïsme forcené, croyances qui seraient capables de faire conserver en toutes circonstances le sens de la mesure - et celui de l'humain - à ceux qui l'ont déjà, et enfin à même de faire durablement acquérir ce sens à ceux qui ne l'ont pas et n'ont· pas un psychisme suffisamment structuré. Ce qui revient à chercher à remédier à (ou à atténuer) ce que l'on doit bien pouvoir, en partie du moins, appeler, aussi étonnante que soit a priori une telle notion, des "troubles d'incroyance" (en autre chose qu'en un soi-même faussé et hypertrophié).
Troubles qui paraissent en passe de rattraper en intensité tout ce que l'humanité a connu comme "troubles de croyance" qui étaient pourtant légion. (Cf. par ex., "La foi qui tue", R. Oudin). Encore faut-il se demander si la plupart des "crimes idéologiques" (ou "religieux") ne sont - et n'étaient pas - en fait, des crimes pulsionnels auxquels l'idéologie et la religion servaient de bonne excuse !
Les exemples de ces soi-disant "communismes" (voyez Ceaucescu) ayant servi de paravent à des dictatures personnelles pures et simples, et toutes ces guerres de conquête déguisées en opérations de diffusion de la "vraie" foi, ou de propagation de la "civilisation" sont là pour nous le rappeler.
Comment ensuite sélectionner parmi les susdites "idées non-idéologiques" celles à même d'être acceptées (sous réserves) par un nombre de psychothérapeutes et d'éducateurs suffisant - un large consensus autour d'elles étant une condition d'efficacité indispensable ? Comment enfin espérer faire passer ces idées dans les mentalités enfantines et adolescentes sans qu'il y ait "lavage de cerveau" ? Comment faire face aux objections de tous ceux qui hurlent à l'eugénisme dès que l'on cherche à améliorer ce qui ne va pas dans le monde en s'avisant que l'homme y est peut-être pour quelque chose par le biais de ses perturbations psychiques, et que, dès lors, il n'est pas forcément étourdi de voir si l'on ne pourrait pas non pas "l'améliorer" mais seulement tenter de prévenir les dysfonctionnements et les maladies psychiques nocifs, au moins chez les sujets à risque.....?
Ce seront là des questions épineuses !
Ne saurait-on, dans cette perspective prendre en compte la
probabilité (ou la moindre improbabilité) de la validité de certaines idées -
quitte à tomber dans une "idéologie probabiliste", le mot est lancé,
pour de strictes raisons thérapeutiques ne l'oublions pas, et il ne s'agit pas
ici de philosopher, même s'il existe toute une école philosophique probabiliste
fort proche de nos positions et ce depuis deux millénaires (
Bref ne pourrait-on, par souci psychothérapique, aider tous les autres à "croire" en du simple probable sans avoir à soutenir, comme le font toutes les religions, que c'est du certain ? Il resterait, bien sûr, à savoir comment porter ces idées (supposées dotées de vertus psychothérapiques, et même sociothérapiques et suffisamment fondées en probabilité ou en possibilité de véracité pour être assez largement admises) à la connaissance des intéressés.
Cela ne permettrait-il pas en tous cas, de cumuler les avantages de la croyance en quelque chose de valable et ceux de la liberté, puisque nous serions libres de changer de "croyance", au besoin ? Cela permettrait en tout cas d'éviter le risque d'être intolérant (comment, en effet, reprocher aux autres de ne pas croire en ce dont on reconnaît que l’on n'est pas certain ?) et les critiques de sectarisme ou d'obscurantisme mental (personne ne pouvant alors plus parler de croyance "aveugle", si l'on pose le principe de la relativité à la santé psychique des valeurs mises en avant, et leur fondement sur une réflexion aussi sérieuse que possible, mais nullement absolument concluante).
Seule une foi en
Voilà en tout cas quel sera l'objet de nos recherches, lesquelles feront une très large part à l'apport considérable de Freud pour ce qui touche à la connaissance de l'homme, mais devra aller un tantinet plus loin tout de même. Car s'il est vrai que la psychanalyse a une belle portée psychothérapique, elle reste limitée à des cas d'espèces et n'a pas encore pris la dimension préventive à laquelle elle peut prétendre - par le biais de sa variante existentielle, que très peu connaissent et non par la branche principale freudienne que tout le monde connaît.
C'est que cette dernière n'est pas sans avoir eu, par son côté libérateur excessif, précisément, un effet iatrogène non négligeable dans les "pays en voie de déboussolement" qui sont les nôtres, à peu près depuis que Freud dénonçait un "Malaise dans la civilisation" (occidentale). Malaise auquel il contribuait sans s'en rendre compte, tout en le dénonçant !
La plupart des Occidentaux, même s'ils ne se sont jamais fait
psychanalyser, savent désormais de façon "scientifique" que leur
spontanéité est brisée par toutes sortes d'entraves dont il conviendrait de se
défaire, au nom de la santé psychique telle que
De la sorte, si c'est en bonne partie grâce à la psychanalyse (traditionnelle, non existentielle) que certains, dans les nouvelles générations, doivent de se retrouver remarquablement défoulés et tout à fait débarrassés de l'obscurantisme et des superstitions, notamment religieuses, qui ont régné dans les siècles passés, il convient de réaliser que c'est également en bonne partie, à cause de cette psychanalyse qu'ils n'ont plus rien pour éclairer les choix fondamentaux, résister aux tentations dangereuses et éviter de commettre certaines erreurs, hélas parfois irréversibles, par excès de défoulement, une fois résolu le problème des troubles par excès de refoulement !
Ce qui est d'autant plus fâcheux que l'on commence à réaliser que les dites pulsions pourraient bien être trop exacerbées dès l'enfance par toutes sortes de facteurs dont l'entassement en milieu urbain dense (ce véritable "bouillon de culture pour pulsions") n'est pas le moindre.
Il y a certes beaucoup de bonnes paroles dispensées et de louables initiatives entreprises, mais on semble être encore loin de pouvoir organiser quoi que ce soit à grande échelle, ainsi que Freud le mentionnait le tout premier, rendons-lui cet hommage (voir les propos cités en exergue de cet ouvrage même si ces propos sont un peu ambigus dans le contexte qui est le leur).
Il apparaît donc bien qu'il fallait se tourner vers des éléments d'intervention nouveaux après avoir fait tout ce qui pouvait l'être sur les plans institutionnel, sanitaire et social, qui restent prioritaires mais trouvent malheureusement assez vite leur limite. Ces éléments nouveaux, c'est de l'intérieur même du psychisme que nous proposerons de les faire surgir. Il s'agira donc de facteurs qualitatifs, et, nous l'avons vu, comme il n'y en a pas de disponibles évidents en dehors des idéologies, il faudra innover. Mais il ne devrait pas être interdit de s'inspirer d'idées et de techniques antérieures (d'autant que l'innovation totale n'existe guère en la matière).
Des facteurs qualitatifs du type de ceux recherchés et raisonnablement efficaces, on en faisait autrefois descendre du ciel. De nos jours, les ascenseurs du ciel sont hors de portée de la plupart des adolescents qui en auraient le plus besoin puisqu'ils en nient, ou contestent très vivement, l'existence, tout comme le fait la quasi totalité de la communauté enseignante et scientifique, psychanalystes inclus.
Communauté qui n'a évidemment pas tort : Après des siècles d'obscurantisme il était temps, avec les "Lumières" du XVIIIème siècle puis les grands savants du XIXème, et les forts penseurs du XXème (Freud, Sartre, Marcuse, etc..) de faire machine arrière toute et de créer des ascenseurs d'un autre type, fonctionnant vers l'homme et non plus vers le ciel. D'autant que ces "ascenseurs" étaient liés à ce que, après Marx, Marcuse dénonce, avec raison sans doute, comme une "intériorisation" excessive, trop peu soucieuse des conditions économiques et sociales.
Comme l'a fort bien souligné Binswanger, un de ses très rares
élèves dissidents auquel Freud a conservé son estime jusqu'au bout ! : "A
la place de la théologie devait venir
Il est d'ailleurs symptomatique de constater que les média se font l'écho de cette évolution qui n'est visiblement pas encore achevée. Lors d'une émission télévisée en date du 21.O3.1989 (Dossiers de l'écran : "Ceux qui ont rencontré Dieu") les personnes interviewées, dont un écrivain fort connu pour ses rencontres célestes, étaient mises en présence d'un... psychiatre. Lequel visiblement représentait les gens normaux qui se demandent bien ce que les premiers ont bien pu réellement rencontrer... véritable histoire de fous à leurs yeux !
On ne peut bien sûr que les comprendre si l'on n'a pas soi-même expérimenté (au simple titre d'expérience psychologique, étudiée par William James dans son ouvrage "The varieties of religious experience" ou, de façon plus accessible, dans un langage plus moderne, par Stanislas Grof, fort bien interviewé dans le magazine " Psychologies" d'Août 92 par Erik Pigani) quelque chose d'analogue à ce genre de "rencontres du 3ème type" effectuées dans la "5ème dimension"...
Il nous semble pourtant qu'il ne faut pas tomber dans un excès d'opposition entre les uns et les autres - pas plus qu'il ne faut oublier que les siècles d'obscurantisme en cause étaient aussi des siècles d'adaptation psychique au monde environnant (et des siècles de générosité, ainsi que de solidarité) vraisemblablement au moins égales à celles des siècles modernes, pour ne pas dire supérieures. Ne serait-il alors pas grand temps de revenir à plus de compréhension des aspects psychiquement salutaires du "salut" (sinon du pasteur) ? Ce qui inciterait à ne pas systématiquement ni totalement ranger la sensibilité et l'esprit religieux au niveau du pathologique ou de la faiblesse mentale, car les facteurs qualitatifs recherchés pourraient bien avoir quelque rapport avec cet esprit et cette sensibilité.
Nous serons alors conduit à rechercher dans la panoplie des
psychothérapies ancestrales aussi bien que derrière les religions ce qui
pourrait, le cas échéant, être repris et "réaménagé" dans la
perspective structurante qui est
Outre l'accent mis sur la nécessité de dénoncer les dictatures du pulsionnel en plus de celles, désormais moins dangereuses en Occident (nationalismes mis à part) des idéologies, nous tenterons de dégager les bases d'une psychosynthèse immunologique (le mot psychothérapie étant un peu trop fort face à des troubles et des risques de troubles certes réels mais pas toujours pathologiques), se proposant, de reconnecter après le "traumatisme de la naissance" (Otto Rank) l'individu et une "nature" (et sa nature ? ) dès la tendre enfance si possible - ambitieux et vague programme, pour la mise au point duquel nous solliciterons l'indulgence du lecteur et sa compréhension des difficultés de notre tâche. Cette synthèse (mot pris dans le sens de création par structuration d'éléments dispersés et non au sens de "résumé" ou de concentration, évidemment) apparaîtra naturellement comme une tentative d'extension immunologique de la psychothérapie analytico-existentielle dégagée par Binswanger, lequel axait ses efforts surtout vers la psychiatrie (mais son approche des problèmes humains nous semble beaucoup plus à même d'être généralisée qu'il ne le pensait lui-même - ou bien les temps n'étaient-ils pas mûrs pour une telle extension ? ) Cette synthèse (quelque peu psycho-physique, donc) nous l'articulerons sur une écologie entendue, dans un sens beaucoup plus large que celui traditionnel, ce qui nous a amené à risquer le néologisme "psychanalyse écologique" pour désigner ce qui ne serait pas sans rapport avec une éthologie nouvelle (élargie vers l'éthique) appliquée aux humains. Cela sera fait en supposant qu'il y aurait, pour ceux qui aiment un tant soit peu les fleurs, la terre les animaux, une disposition latente à la confiance et à la générosité (qui pourrait bien leur permettre d'apprendre à aussi aimer leurs semblables - y compris ceux invivables vus en termes de seuls malades à aider quand on le peut, à éviter sinon), disposition qui serait à la base de toute santé psychique. Laquelle santé pourrait être apportée, presque générée, par une éducation appropriée, débusquant de surcroît les tendances névrotiques avant qu'elles ne s'installent (L'ouvrage de Karen Horney "Les voies nouvelles de la psychanalyse" que tous les éducateurs responsables devraient avoir lu, y contribuant). Et ce en développant confiance en la nature et confiance - sans excès - en un soi-même considéré comme partie intégrante de cette nature, laquelle, tout en nous offrant la liberté de choix de vie la plus totale, nous inciterait à la restreindre volontairement quelque peu, dans notre propre intérêt.
Cela ne serait peut-être qu'une façon de "bien" câbler
("bien" voulant dire aussi naturellement, aussi harmonieusement,
aussi sainement que possible) en nous, des circuits neuronaux débarrassés des
"noeuds" qui se seraient constitués, (ou seraient en formation - cf.
les "mauvais plis" chez les enfants ! ). Lesquels enfants
deviendraient ainsi réceptifs aux discours structurants du type de celui que
nous proposerons aux parents (ou enseignants) de leur tenir lorsqu'ils seront
en âge de les comprendre. Ceci devant, pensons-nous, leur permettre de
"mordre dans la vie à pleines dents", de faire face aux passages à
vide qui les attendent, et de déjouer les pièges tendus de ci de là, même si
les circonstances objectives (famille, santé, finances, travail...) sont
défavorables. Même si les pièges sont tentants. Même si les pulsions sont
anormalement fortes. Même si les liens avec la nature sont ensuite (ou dès le
départ) coupés, comme c'est bien souvent le cas dans les mégalopoles. Et ceci
sans conditionnement aucun car le discours proposé sera, une fois l'enfant en
âge de le comprendre, à même d'être contesté et réfuté, et devra faire l'objet
d'une réflexion critique. Tout cela, que nous présenterons comme une forme de
"vaccination psychanalytique" serait donc destiné à relier l'enfant
et l'adolescent à une réalité plus large que sa seule nature physique, un peu à
la façon dont les religions le faisaient autrefois dans·le cadre de leur rôle
pédagogique. Mais ceci sans qu'il y ait plus besoin de toutes les
"fioritures" religieuses qui apparaissent à la plupart des
occidentaux modernes comme des bondieuseries débilitantes et rien d'autre. Et
sans qu'il y ait plus besoin de parler de Dieu, ce vocable pouvant fort
avantageusement être remplacé par
Ce renforcement des défenses immunitaires psychiques aurait, en somme, comme objectif de mettre "des espaces verts, dans la tête aussi "- écologie oblige. Les dits espaces étant, on s'en doute (et entre autres choses) la formulation retenue pour présenter, de façon plus attrayante et plus convaincante que n'ont su le faire les morales (laïques ou religieuses) les valeurs fondamentales, sans lesquelles les risques de dérapage deviennent très grands - trop grands. Espaces verts mentaux auxquels viendra s'ajouter le "ciel bleu" de tout engagement militant valable, et tout cela en parallèle avec une action humanitaire qui nous concerne tous.
Notre position est assurément optimiste et l'envergure de notre tâche immense , mais il nous a paru que d'autres bonnes volontés devaient pouvoir se trouver pour aller dans le même sens, et qu'il ne nous était pas permis de ne pas apporter notre contribution, aussi modeste et contestable soit-elle, aux innombrables efforts de ceux qui refusent de baisser les bras devant la tournure que prennent les choses dans certains secteurs de notre société (et devant l'importance de l'aide dont ont besoin tant d'êtres), mais manquent visiblement de "support théorique" pour fonder ces efforts et ainsi mieux les faire partager. C'est au nom de ces êtres qui ont tant besoin d'aide que nous remercierons le lecteur qui acceptera d'examiner la validité éventuelle de notre proposition d'une psychanalyse écologique au service de la santé publique la plus large, celle qui inclut la santé de la société toute entière. Nous vous demandons, par ailleurs, bien pardon si notre réflexion va par moments un peu au-delà de ce à quoi s'attend le lecteur d'un ouvrage de psychopédagogie. D'une part, en faisant des recherches, on est parfois entraîné plus loin qu'on ne s'y attendait; d'autre part il nous a semblé, peut-être abusivement, que même des adolescents (voire des adultes) sans problèmes pouvaient tirer quelque parti des retombées de cette psychanalyse nouvelle à laquelle nous aboutissons, et alors autant le leur faire savoir, pour qu'ils décident si cela vaut la peine d'être pris en considération.
Comme indiqué en préambule, d'autres auteurs et analystes modernes ont d'ailleurs pressenti l'existence d'une sphère nouvelle à explorer. C'est qu'indépendamment de toute considération théorique relativement à la validité du rapprochement entre l'écologie et le psychisme profond, le psychothérapeute averti n'ignore pas les garanties de santé et de résistance psychologique que présentent ceux ayant un minimum de vie culturelle et une moralité élémentaire, sur fond de foi en un ordre des choses et en un humanisme, sans qu'il soit forcément nécessaire de mettre un Moïse, un Jésus ou un Mahomet dans l'opération, et sans qu'il y ait lieu de rentrer pour autant (sinon du bout de doigts gantés) dans le " système" d'une société axée sur l'économique et le profit ! C'est ce vers quoi s'oriente la psychanalyse écologique.
Le même psychothérapeute sait aussi quelle est la vulnérabilité
des psychismes non étayés par ces éléments d'équilibre face aux pressions,
voire aux agressions fort stressantes fort aliénantes ou fort débilitantes que
les sociétés industrialisées nous offrent de façon croissante. Dans ces
sociétés là, romaines-nouveau-style pourrait-on dire pour les décrire, qu'elles
soient extrême orientales, américaines ou européennes, dans ces sociétés, donc,
le souci de mesure et de sagesse ainsi que la foi en un monde harmonieux auquel
il s'agirait de participer, foi que bien des Anciens (dont les Grecs) avaient
développée et nous avaient léguée, pourraient bien avoir quelque besoin d'être
ranimés. (Serait-ce pour éviter que tout se termine, comme dans
Ce n'est probablement pas sans raison que certains en sont alors à se demander si, en ces lieux, la pâte humaine (encore plus celle des jeunes socialement peu favorisés, et aussi celle des "aînés" du 3ème âge, lorsque leur revenu est par trop inintéressant, mais on se soucie de moins en moins de ces "improductifs", joli terme assurément) si cette pâte humaine donc est capable de supporter sans dommage majeur ce à quoi elle est exposée et ce à quoi elle risque fort de l'être, dans l'avenir, de plus en plus.
Ainsi, sans forcer le moins du monde la dramatisation et sans parler comme d'autres, de catastrophe à savoir prévenir, on peut tout de même comprendre ceux qui se posent sérieusement la question de savoir si ce monde n'est pas, tout doucettement, et fort insidieusement, rien moins qu'en train de perdre la boussole en dépit de ses prouesses, de son confort, de ses progrès indubitables qui seraient alors des éléments faussement rassurants, soit parce que quelque chose d'essentiel serait négligé, soit parce qu'un optimum de développement serait dépassé, soit simplement parce qu'il y aurait trop peu de bénéficiaires pour trop de victimes du système .
Dans la perspective d'une inversion de cette évolution, il ne devrait pas être interdit de chercher à approfondir, aux cotés des théoriciens de l'écologie, et notamment d'Ivan Illich, les solutions alternatives les plus diverses, aussi originales qu'elles apparaissent a priori. Nous nous garderons bien, pour notre part, de parler d'une quelconque sonnette d'alarme à tirer avant "l'Accident", mais nous n'en constaterons pas moins que les incidents voire les accidents ayant un rapport avec un déséquilibre psychique vont, en effet, croissant, et qu'il n'est pas du tout idiot de commencer à regarder vers la dite sonnette, car certain équilibre social, une fois rompu, pourrait poser de gros problèmes ! Et c'est, en somme, également en socio thérapeute que nous vous soumettons quelques propositions s'inscrivant dans le prolongement de la pensée de ces premiers écologistes de l'esprit que furent, à nos yeux, tant les sages chinois et hindous (et grecs) que les évangélistes, chacun selon son style et sa sensibilité, et tous avec leurs connaissances aussi limitées que leur imagination l'était parfois peu.
Nous parlerons alors, non plus tant d'analyse existentielle psychoécologique, que d'écologie de la libération et d'écologie personnelle, le tout sur fond de psycho-immunologie. Impliquant une renaturation qui, par certains cotés, sera bien un peu une "décivilisation" (au moins partielle) afin d'aider les jeunes à éviter de tomber dans les pièges de la "civilisation hyperindustrialisée", d'éviter les erreurs que la dite civilisation pousse à commettre, et surtout d'éviter les troubles qu'elle tend à générer...
Puisse par ailleurs le lecteur nous pardonner toutes nos verbales audaces, ainsi que les "vapeurs d'essence" qui s'en dégageront et qui font mauvais genre, nous l'admettons, lorsqu'on se prétend écologiste Mais ces essences là sont peut-être essentielles pour nos existences, et c'est leur élimination trop radicale qui serait, alors, la cause de ce que l'on doit bien pouvoir présenter comme le développement d'une forme de pollution psychique (dont les tendances fascisantes sont un élément important) et pourquoi la bataille contre cette "pollution" là ne pourrait - elle être engagée comme l'est l'autre ? Il ne s'agit que de se mobiliser pour la gagner également: nous avons vraisemblablement toutes les ressources nécessaires pour cette victoire, même si nous ne savons pas encore très bien ni en quoi elles consistent, au juste, ni comment les utiliser. Et cette victoire, qui serait finalement celle contre les fascismes en tous genres (dont nous allons maintenant parler un brin) et contre le relativisme (et le scepticisme) qui se retrouvent unis plus souvent qu'on ne le réalise, est indispensable.
Ce serait en fait la victoire du socialisme authentique,
d'ailleurs, c'est à dire celle de
Cette Gauche a évidemment vocation à être historique, mais, après avoir été conçue par l'humanité, elle reste à faire. Et il semble bien qu'il lui faille, avant cela, passer par une patiente "phase de gestation" psychopédagogique universelle, que nous présenterons, sous couvert de psychoécologie, comme un recours à l'"Action Indirecte". Action qui ne pourra être effectuée que par des éducateurs psychoécologistes convaincus : les voies directes, les voies rapides, et les voies forcées ne peuvent apparemment donner, au prix de trop grandes souffrances pour l'humanité, que des enfants quasi morts nés, des avortons ou des monstruosités de type stalinien ou des crimes du type de ceux d'"Action Directe".
Il ne faut surtout plus chercher à, d'office, changer le monde. Il faut chercher à l'aider à vouloir se soigner, et ce ne peut se faire qu’à travers ses enfants.
PARENTHESE ANTIFASCISTE
Après avoir souligné l'intérêt d'une foi en une Nature non absurde pour l'équilibre de l'individu et celui de sa société ouvrons, si vous le voulez bien, une parenthèse sur le fait que cet intérêt devient nécessité pour non seulement combattre mais encore espérer éradiquer, à terme, les recours à la force, aux excès de pouvoir, à l'autoritarisme facho-macho petit chef, et à ce que nous regroupons (avec d'autres auteurs) sous le vocable de "fascismes" en tous genres.
Le véritable problème de l'homme c'est le suicide semblait penser Albert Camus. Cela nous paraît tout à fait abusif, sauf à se référer à l'humanité tout entière, car il n'est, en effet, pas tout à fait aberrant de considérer qu'elle pourrait bien être en train de se suicider à petit feu, à courir après toujours plus de puissance, de technicité, de vitesse en se souciant de moins en moins de réfléchir sur ce qui, en l'homme, est sensibilité immatérielle, et en le détournant de ce qui est simplicité de vie et modération. Cela dit sans pour autant "resservir" au lecteur la prosopopée de Fabricius rendue célèbre par le Rousseau du "Discours sur les Sciences et les Arts": "Dieux, que sont devenus ces toits de chaume et ces foyers rustiques qu'habitaient jadis la modération et la vertu ? ".
Pourrait bien sinon aller au suicide, du moins sacrifier des êtres en bien trop grand nombre et de façon bien trop durable en ne proposant guère que des garde-fous répressifs, à l'efficacité bien incertaine, ou rien du tout, face aux dérèglements des psychismes que cette "fuite en avant" (en avant, authentique progrès, parfois, mais aussi, hélas, et de plus en plus, le dos en avant, c'est à dire, alors, collectivement à l'aveuglette) entretient, voire génère. En laissant derrière elle un sillage de laissés pour compte et de piétinés, et en creusant l'écart avec des pays du Tiers Monde, refusant parfois, et à juste titre, certains des "bienfaits" de la soi-disant "civilisation" !
Le véritable problème de l'homme c'est son exploitation par
l'homme, pensait Marx, probablement pas tout à fait à tort. Mais il n'allait
pas assez loin dans son analyse, et ne saisissait pas bien les composantes
extra-socioéconomiques de
Le véritable problème de l'homme c'est le fascisme, pensons nous. Les fascismes, plutôt : fascisme essentiellement économique en pays développé, avec des conséquences néfastes tant pour la nature que pour l'homme, fascisme politique (et parfois religieux) ailleurs, et, un peu partout, des variantes de ce "fascisme personnel" qui inclut tout ce qui est exploitation dommageable de la faiblesse, de la crédulité et de l'ignorance d'autrui...
Ces maux, ces maladies fascisantes - disons même cette "épidémie" - que trop peu de voix dénoncent, se manifeste(nt) par les comportements et efforts de ceux disposant de quelque pouvoir, et cherchant à imposer (ou à faire subir les conséquences néfastes de) leurs préjugés, leurs volontés, leurs caprices parfois les plus idiots, outre bien sûr leurs intérêts ou leurs rythmes de vie, en écrasant au besoin les pieds, les libertés, voire les vies de ceux qui ont l'impertinence de les contrarier. Et cela, finalement, du fait de dérèglements hormonaux les poussant à agir ainsi, par perturbation psychique interposée (jusqu'à présent surtout reconnue et dénoncée dans le cas des mégalomanes, des sadiques ou des paranos totalitaires). Ce qui nous pousse à parler d'épidémie à l'échelle planétaire, épidémie à combattre avec au moins autant d'énergie que les autres.
Ce problème majeur de l'humanité (qu'il n'est probablement pas interdit de rattacher à une insuffisance - ou à une déliquescence - de la vie spirituelle) est entretenu par le fait que les sociétés même les plus civilisées n'ont pas encore su agir au niveau de la prévention, comme l'a (indirectement) entrevu Freud dans le texte mentionné en exergue, même s'il pense culture et adaptation sociale là où nous pensons santé psychique, seule susceptible de conduire à la "santé sociologique" qui serait celle d'une société débarrassée de ses éléments fascisants, d'une société juste, raisonnablement harmonieuse - laquelle n'a jusqu'à présent paru relever que de la pure utopie. Faute peut-être que l'on s'attaque aux véritables causes du mal, nous l'avons déjà dit !
La prévention en question nous semble devoir s'exercer
dans deux directions :
1. Tout faire pour s'opposer à l'apparition de tendances fascisantes chez l'enfant, notamment en lui enseignant le respect absolu de toute personne humaine pour raison de "transcendance naturelle" de ladite personne, et en développant autant que faire se peut, outre la notion d'intériorité, son sens de l'introspection, son esprit critique et ses connaissances de base en sciences humaines.
2. Tout faire pour générer, puis renforcer et entretenir actif chez l'adolescent ce qui pourra devenir facteur de résistance personnelle et capacité d'organiser la résistance civile (associations de défense, sit-ins, meetings, brochures, conférences, interviews, pétitions etc..) face aux tendances fascisantes des autres - véritable éducation spécialisée dont on ne connaît guère de nos jours, que les composantes "superstructurelles" (celles qui sont institutionnelles démocratiques, syndicales législatives juridiques etc. souvent bien trop passives dans leur "automaticité", et qui présentent le grave inconvénient - outre leur souplesse incertaine et les délais d'action qui sont les leurs - de pouvoir être influencées, noyautées ou même manipulées) en négligeant à peu près complètement celles "infrastructurelles" psychopédagogiques qui respecteront la liberté de chacun tout en parvenant à de meilleurs résultats, très probablement.
Présentement, trop de victimes, (et de victimes potentielles) des divers fascismes, individuels ou collectifs, qui sont presque autant de "viols non physiques" non seulement restent passives et fatalistes, en supportant sans broncher exploitation, humiliation, domination et perte de liberté du fait de leur faible compréhension de la situation, de leur incapacité à s'organiser en se regroupant, et de leur manque de courage pour faire face, outre leur faculté de se laisser embobiner et parfois même endoctriner vers ce qui va à l'encontre de leurs intérêts réels. Aussi quand des chefs d'Etat excités de la gâchette (atomique) font croire à leurs concitoyens qu'il faut faire encore quelques petits essais nucléaires de plus dans l'"intérêt" du pays, sans se soucier de relancer ainsi la course aux armements nucléaires à travers le monde et donc ainsi augmenter les risques au lieu de les réduire !
Trop de gens dominés ou exploités se disent que la seule chose à faire est de tenter de passer de la position "inférieure" à la position de dominants ou d'exploitants (quitte pour cela à se faire de nouveau gruger en tentant de faire fortune) et il ne leur vient pas à l'idée d'œuvrer (politiquement et pédagogiquement) pour une société sans dominateurs ni exploiteurs, faute d'avoir eux-mêmes été correctement éduqués. Et ils vont de la sorte jusqu'à voter pour la droite conservatrice de privilèges, alors qu'ils sont victimes de ces privilèges (il est vrai que la gauche social-démocrate ne peut guère faire de miracles sur ce terrain fort bien contrôlé par les détenteurs du pouvoir économique qui sont les véritables maîtres de la situation, et que, dès lors, l'alternance permet d'éviter les risques d'abus d'un pouvoir trop longtemps en place ! Cela n'en est pas moins une situation malsaine).
Sur le plan socio-économique, à côté d'une masse évidemment non négligeable de gens qui profitent (modérément) du système sans en abuser (à la différence des "gros" spéculateurs, propriétaires et autres profiteurs, mais en trouvant commode de se laver les mains, ou à peu près, quant au sort des défavorisés, tous se retrouvant alors atteints "d'insuffisance sociale", un peu comme on parle d'insuffisance rénale) se trouve une (forte) minorité de citoyens pâtissant réellement d'un système encore beaucoup trop coercitif et inégalitaire malgré de grands progrès. Citoyens acceptant sans trop broncher l'asservissement et l'aliénation résultant d'une prise en main de la société par ces gens qui ne reconnaissent (ou sont forcés de ne reconnaître) d'autre logique économique que celle de la maximalisation de leur profit, ni d'autre logique éducative que celle de la fabrication de "chair à entreprises" (aussi tendre que possible) pour le plus grand profit (précisément) des propriétaires (par actions ou non) des biens de production, et de biens fonciers ou immobiliers (surtout urbains, là où la spéculation peut battre son plein ! ). Cela sans parler de ces gens acceptant sans moufeter les sautes d'humeur des (et les “bottages de fesses” par les) individus fascisants de leur entourage, personne ne leur ayant appris à contester l'autorité, mais seulement à la respecter ou /et à la craindre.
Pour nous ces gens ne sont que des victimes, généralement victimes, en premier lieu, de facteurs sociaux et éducatifs inadéquats. Ils sont à plaindre, non à mépriser (et encore moins à railler), et, pour que leur espèce disparaisse, leurs enfants sont à former (et à informer), très tôt, contre tous ces "malades fascisants" (extérieurement fort bien portants) qui vont du spéculateur foncier urbain occidental (qui hisse les loyers à des niveaux insoutenables) à l'intégriste religieux qui pousse les fidèles au terrorisme, au nom de Dieu (mais en fait, bien souvent, et sans qu'il sans doute, par envie, soif de pouvoir, intolérance au moins autant que par idéologie), et du patron qui se prend pour le roi de "son" entreprise au mari despotique en passant par le voyant exploiteur de la crédulité d'autrui et le faisant "casquer" ou le maire abusant de son pouvoir local pour s'en mettre plein les poches au détriment de ses administrés.
Prenant maintenant un peu de recul, force est de reconnaître que la propension de certains êtres à dominer et à se servir en premier, et d'autres à "s'écraser" est une caractéristique du monde animal, et apparaît comme clairement pulsionnelle (en hyper chez les uns et en hypo chez les autres) avec un probable même support biologique dans les deux cas. Certains (surtout vers la droite) en tirent argument pour parler de comportements naturels, et donc auxquels il n'y aurait rien d'autre à ajouter que les aménagements juridiques et répressifs divers nécessaires à la vie en société - archi-compétitive et archi-inégalitaire. Le plus que l'on pourrait faire leur paraissant l'égalité des chances de chacun de parvenir aux situations dominantes - toute évocation d'une moindre inégalité des situations les faisant hurler au communisme et au nivellement par le bas - situation "contre nature" de déchéance totale à leurs yeux (de privilégiés ou de puissants, ou de gens ayant très envie de le devenir !). Comme déjà signalé dans un autre contexte, cette interprétation de ce qui serait "naturel" nous paraît erronée, ne serait-ce que parce qu'elle montre très vite les excès auxquels elle conduit, qu'elle justifie un peu trop facilement le despotisme et le machisme, et qu'elle ne tient pas compte de facteurs tels que la cruauté, le sadisme, la violence et le meurtre à des fins non alimentaires ou reproductrices qui ne se retrouvent pas dans le monde animal. Monde où l'on ne voit d'ailleurs, et pour cause, nul individu se laissant endoctriner vers ce qui peut le mener à l'abattoir par excitation de ses pulsions les plus élémentaires, tactique chère aux extrêmes droites de tous les pays du monde, et qui a donné sous Hitler les résultats que l'on sait pour le peuple allemand (et pour leurs victimes juives).
On peut tout aussi bien considérer qu'il n'y aurait là que la preuve par l'absurde de la nécessité d'avoir recours à la pédagogie pour surajouter au naturel primaire de l'homme ce culturel qui lui est spécifique et qui peut lui révéler sa "vraie" nature (probable) - notion qu'il faut bien envisager. Laquelle "vraie" nature serait non pas, comme tant de gens le pensent, le naturel primaire vaguement encadré par un culturel socio juridique chargé de sanctionner ses débordements pulsionnels, mais un "naturel secondaire" radicalement nouveau, auquel il s'agirait pour tout un chacun d'accéder, par libération (existentielle, si l'on veut) du premier, lequel ne serait, en fait, qu'un "pseudo naturel".
Le "second" (chronologiquement parlant) naturel
serait autogestionnaire (et parfois auto répressif - au lieu de seulement
socio-judico-hétérorépressif ! ), et constituerait une véritable
"néo-nature" à laquelle le rôle de la société serait de faire aboutir
tout enfant par une pédagogie appropriée, par une éducation qui irait
fatalement très au delà de la simple instruction par accumulation de
connaissances dans sa tête, puisqu'il s'agirait en quelque sorte de le libérer
de lui-même (plus exactement du "lui-même" initial ) pour qu'il
devienne le "vrai" lui-même, en relation (en "prise
directe" même, avec
Pour approfondir cette vision des choses (qui n'est pas tout à fait nouvelle même si on a tendance à la perdre de vue) en se plaçant dans une perspective sociale résolument anti-fasciste (ce qui est beaucoup moins classique) force nous sera de nous plonger aux tréfonds de ce qui peut bien être constitutif de l'homme profond, aussi bien que de ce qui peut bien parvenir à "former" le petit d'homme. La tâche est malaisée et ingrate, mais Freud et ses successeurs ont déjà bien débroussaillé le terrain, fort heureusement. Aussi Paul Ricoeur, qui pense qu'il faut "perdre le Moi pour trouver le Je" (il est probable qu'il suffit de le dépasser et de le maîtriser, ce "Moi", non de le perdre. Cela éliminerait déjà bien des vanités et bien des égoïsmes forcenés, ces deux maladies psychiques majeures si nocives...).
Dans l'optique d'une "mue" (voire d'une "auto-mutation s'imposant pour raisons philosophiques et psychologiques profondes), optique qui est la nôtre, Ricoeur nous paraît aller beaucoup plus loin (et voir beaucoup plus juste) que Freud en proposant une "dialectique de l'archéologie et de la téléologie du sujet" (op.cit.) et non pas une seule archéologie comme le fait Freud. C'est certes une grande perspective que Ricoeur ouvre là, dans le prolongement de la pensée des existentialistes non sartriens dont Spinoza est pour nous un des précurseurs (rarement reconnu comme tel - nous nous expliquerons sur ce point).
Force nous sera également de nous plonger aux tréfonds de la biologie, car nous sommes de ceux qui pensent que le psychisme est lié au biologique. C'est donc de psychobiologie au moins autant que de psychanalyse qu'il s'agira désormais, avec, comme perspective, celle de voir les enfants, devenus adolescents et adultes, passer d'une condition de quasi-automate soumis à des pulsions à une condition d'être autonome (condition qui, soit dit incidemment, pourra seule assurer le fonctionnement correct de la démocratie). Cela en cherchant à développer une éthique de l'antifascisme reposant sur l'idée que toute personne non militante antifasciste est, au mieux, un complice passif de ceux qui gangrènent le monde.
Ce qui nous amène à dénoncer comme faisant (ô certes bien involontairement !) partie de ces complices tous ces penseurs "libérés" qui cherchent à, acrobatiquement, concilier le scepticisme philosophique et le relativisme des valeurs auxquels ils se croient intellectuellement conduits, avec un humanisme militant. C'est, entre autres, la position d'un André Comte-Sponville.
Lequel philosophe contemporain a fort bien résumé sa position dans
un article sur Montaigne (ce supposé temple de sagesse) paru dans
"l'Evénement" du 6/2/92 : "Le relativisme n'est pas un
nihilisme" dit-il, en rappelant que le scepticisme à
Cela est bien probable, en effet, et contre les endoctrinements, abêtissements et aliénations les plus divers aussi, aurait-il pu ajouter. Mais notre sympathique philosophe omet de relever le fait que ce scepticisme - qui paraît bien l'attitude de bon sens et d'intelligence à adopter en l'absence de toute certitude - est un peu court, et aurait à être dépassé, si l'on réfléchit sur le fait qu'il n'est certainement pas le (et est en fait le contraire du) meilleur des outils défensifs contre les forces fascisantes primaires qui, jusqu'en nous-mêmes parfois, et à notre propre détriment, ne découlent ni de fanatismes ni d'idéologies intolérantes mais tout simplement des excès pulsionnels quotidiens des hommes !
Face aux petits et aux grands chefs, face aux détenteurs d'une
once ou d'une tonne de pouvoir (ou de "prise") sur autrui et ayant
(parfois simplement pour se titiller l'ego) tendance à en abuser pour
s'imposer, se rehausser au détriment dudit autrui et parfois même pour
l'exploiter, le rabaisser (pour mieux se grandir), l'humilier voire le
violenter, face à ces gens, donc, le scepticisme gentillet à
Face à de tels gens (fréquemment organisés en "systèmes", économico politiques en Occident et au Japon, politico-religieux ailleurs) et face à leur force (toujours disposée à se réveiller dès que les circonstances s'y prêtent) il faut des armes intellectuelles de calibre supérieur pour espérer éviter d'entrer dans (ou pour sortir de) ces situations d'injustice et de violence qui se retrouvent à tous les coins de rue et dont sont victimes les plus faibles !
Certes les Constitutions, le Droit,
"Transcendantal" qui ne manquerait évidemment pas d'être rattaché à une idéologie ou à une croyance, c'est vrai (en première analyse tout au moins), et toute idéologie et toute croyance portent en elles des germes fascisants - l'histoire l'a assez montré, au point que les seuls mots idéologie et croyance ne peut que faire bondir toute personne sensée et informée un tant soit peu éprise de liberté (et, bien sûr, dotée d'esprit critique exigeant de savoir de quelle boîte sont sorties les susdites idéologie et croyance !).
Ceci étant valable même pour les idéologies les plus antifascistes, et pour les croyances les plus humanistes, paradoxalement. Paradoxe qui ne surprendra que ceux qui négligent de se pencher sur le psychisme profond de l'homme, et notamment sur ses dispositions aux excès pulsionnels ! C'est donc de ce côté que nous porterons notre attention et, à partir de là, que nous tenterons de repartir sur des bases nouvelles.
Reste que le scepticisme, cette "libération parfaite",
aboutit, en matière de lutte antifasciste (au sens le plus large du terme,
allant très au delà du politique) à un semi nihilisme de fait, que le veuille
ou non notre distingué philosophe : On ne construit rien de bien solide à partir
du scepticisme. On ne résiste pas bien fort aux injustices dont on n'est pas
soi-même victime avec du scepticisme dans
"Celui qui ne gueule pas la vérité se fait le complice des faussaires" écrivait Péguy ("Lettre du Provincial"). Il en disait, avec raison, autant pour la justice ("Situations"), et il lui avait certes fallu, avec Zola, et quelques (trop rares) autres animés par "le sursaut d'indignation que le spectacle de l'injustice donne aux hommes qui ont faim et soif de justice" (Notes politiques et sociales, 1899) beaucoup "gueuler" pour que l'Affaire Dreyfus ne tourne pas à l'erreur judiciaire, ou, plutôt, à la honte judiciaire, absolue ! Et quels sceptiques seraient allés ainsi esquinter leur voix à total contre-courant, en passant pour des fauteurs de trouble, des mauvais citoyens, des hurluberlus, voire des illuminés dans le monde des B.C.B.G. d'alors ? Lequel joli monde B.C.B.G., à l'inculture philosophique généralement de taille, est encore aux gouvernes de la société un peu partout sur cette planète, viscéralement hostile aux intellectuels dits "contestataires", et leur faisant payer fort cher, chaque fois que possible toute perturbation causée à leur jouissance dominatrice, (ou tout simplement à leur confort intellectuel routinier) et, a fortiori, toute opposition un peu caractérisée ! Joli monde, bien représentatif de ces "salauds de la race assise et raisonnable" mentionnés par Jean Hougron ("Histoire de George Guersant" - grand livre ! ), et qui ne sont généralement des “salauds” (souvent simplement “légers”, d’ailleurs) que par manque de formation (et d'information) anti-fasciste, seule à même de leur faire comprendre à quelles bassesses peut, parfois, mener "la logique du raisonnable, du petit bon sens, et de la modération" (op. cit.). Et de toutes ces vertus petit bourgeoises toutes faites de passivité, et si révérées en ces sphères !
"Nous n'avons livré que 10 juifs quand on nous en demandait 50. Nous sommes donc des sauveurs, presque des héros", disaient, ou à peu près, les hommes de Vichy lors de leurs procès ! On croit rêver, mais on ne rêve pas ! Et il y a encore des tas de braves gens pour se dire qu'ils n'avaient pas forcément tort puisque 40 étaient sauvés, personne ne leur ayant expliqué pourquoi le fait d'avoir livré fût-ce un seul homme (juif, arabe ou zoulou) au four crématoire (même simplement possible) était un crime contre l'humanité, impardonnable à ce titre...Et certains des mêmes braves gens, de nos jours, se cotisent pour payer des skinheads pour mettre le feu à des foyers d'immigrés (cela c'est en Allemagne) ou pour soutenir des policiers regroupés en "Escadrons de la mort" afin de "nettoyer" à la mitraillette leur quartier des enfants abandonnés qui y traînent en "faisant sale", ce qui est mauvais pour le commerce (cela c'est au Brésil). Opérations en cours de généralisation, c'est à craindre, même si ce sera désormais de façon plus discrète pour éviter la publicité ! Ah les braves gens, vraiment !
Aussi peu tentant cela soit-il, il semble bien que seule une vigoureuse profession de foi faite, en faveur de la vérité et de la justice, par des éléments généreux et soucieux de l'humain puisse permettre de remporter une victoire sur la "bête immonde" et ses petits (souvent déguisés en sympathiques animaux propres et attirants, d'ailleurs, cela fait parti des masques - et des techniques - fascisants, voyez le bon sourire du père Saddam !). Cela exige la création d'un corps de "combattants pour l'homme" - en plus de pour la nature - faisant, par avance, acceptation de sacrifices divers, pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement.
Et dans le passé, pendant l'occupation, combien d'antifascistes ne durent-ils pas aller jusqu'au sacrifice de leur vie ?
Une telle acceptation peut difficilement être le fait de gens sceptiques, imprégnés de la relativité des valeurs qu'ils défendent, voire rongés par un doute à leur sujet ! Etant donné la force de caractère et l'importance de la capacité de renoncement au confort, à la sécurité et au bien-être dont ils devront savoir, parfois, faire preuve pour "vivre leur volonté de justice" au quotidien ils devront s'appuyer sur une foi antifasciste aussi solide que possible, et cela même si les circonstances les mobilisant entièrement n'ont, de nos jours, et en Europe, que de chances modestes de se représenter.
Ils devront s'appuyer sur une foi qui est une véritable foi en la personne humaine, en fait - et alors il ne serait pas mauvais de lui trouver quelque fondement, si l'on veut qu'elle soit solide !
Foi qui n'a pas à être en opposition avec un individualisme de bon aloi, mais qui n'en appelle pas moins à cet "individualisme solidaire" dont nous avons déjà fait mention et auquel se réfère ce moderne disciple de Mounier qu'est François Brune (op.cit.). A un "individualisme semi communautaire" éventuellement, même, en certaines périodes difficiles, inspiré de l'esprit "kibboutz" (rigorisme - cependant parfois justifié par les circonstances - en moins).
Il convient en tout cas, nous semble-t-il, de repenser complètement les vertus du scepticisme en même temps que l'approche technique et que la philosophie de l'antifascisme, en commençant par mettre à nu, pour mieux les extirper, les racines profondes du "mal fascisant" au lieu de simplement chercher à en couper le plus de branches possible, comme on le fait généralement : elles repoussent aussitôt !
Que cette réflexion ait commencé par une vigoureuse (espérons nous) dénonciation non seulement du nihilisme (cela, c'est facile) mais de ce relativisme qui apparaît à tant de gens comme la sagesse suprême alors que, par la passivité qu'il ne peut qu'engendrer (passivité laissant la place aux plus agressifs) il a de bonnes chances d'être la complicité de fait avec les fascismes les plus divers et la sottise suprême (suprême parce que déguisée en sagesse), ne doit pas surprendre : pour nous la libération de l'homme vis à vis des croyances et des idéologies, saine au départ, est venue "dégénérer" en un scepticisme généralisé qui, à la lueur du combat à poursuivre nous apparaît comme rien de moins qu'une "septicémie psychique" - et, par voie de conséquence, une "septicémie sociologique" : Si un tel scepticisme avait régné dans le passé il n'y aurait très vraisemblablement eu ni Gracques, ni Jean Jaurès, ni Rosa Luxembourg, ni Jean Moulin, ni Gandhi, ni Martin Luther King, ni tous les autres de même trempe antifasciste, et dans quel joli monde ne serions nous pas aujourd'hui ?
LE ROLE PSYCHOTHERAPIQUE DES CONVICTIONS PHILOSOPHIQUES
ET RELIGIEUSES
Voyons tout d'abord les religions, vis à vis desquelles il importe
de situer la foi en
Il n'existe, à notre connaissance, aucune étude moderne proposant dans une perspective scientifique, une interprétation objective du phénomène religieux tenant compte de l'état des connaissances (et des perspectives entrouvertes, notamment en matière de compréhension de la physiologie du cerveau) à la fin de ce 2ème millénaire. Les anthropologistes nous ont bien parlé d'instincts archaïques débouchant sur des mythes et ayant survécu jusqu'à nous mais cela, et d'autres propos analogues, nous laisse passablement sur notre faim même si leur fonds de vérité nous apparaît évident.
Depuis le génial précurseur qu'était Evhemere, qui en -25O, dans
son "Histoire sacrée" donnait une interprétation rationaliste des
mythes, ce qui n'était pas mal pour l'époque, divers grands noms ont émergé
parmi ceux qui cherchaient à expliquer le phénomène religieux. Après D'Holbach
("Le christianisme dévoilé") et
La question reste bien posée : quelle réalité psychobiologique peut-il bien y avoir derrière le phénomène religieux, et, à la limite, les religions ne sont-elles qu'une vaste escroquerie ?
Les considérations sur "l'opium du peuple" (Marx) sont connues de tous, et ne paraissent pas manquer de vérité, mais Marx ne nous donne pas d'explication sérieuse pour l'effet apaisant en question. N'y aurait-il pas tout de même au moins quelque exploitation médicale - fût-elle empirique - à tirer de cet effet-là au service de la cause (en partie sociale) à laquelle nous nous attachons, où une certaine angoisse existentielle plus ou moins formulée joue un rôle plus que probable chez certains ?
La religion: "compensation pour les ratés" ? (Nietzsche). "Refuge des femmes, des vieillards, des malheureux et des infirmes" ? "Carence affective sublimée" ? "Pensée née du désir" ? "Illusion de l'homme demeuré infantile" ? (Freud), "Aliénation typique" ? (Feuerbach). Bien sûr, bien sûr... Tout cela est très joli et probablement exact. Mais les choses sont-elles vraiment si simples ? Il n'est tout de même pas interdit de se demander pourquoi le "refuge” "donne à ceux qui le recherchent l'impression de réellement les abriter, pourquoi la "compensation" compense et pourquoi la carence est contrecarrée ! En tous cas, n'est-ce pas curieux de voir Feuerbach lui-même énoncer que "l'essence du christianisme", (pour ne citer que cette religion là) c'est "l'essence même des sentiments que nourrit notre coeur" ? Cela pourrait, à tout le moins, limiter la portée de "l'aliénation typique", il nous semble. Même si l'on accepte sans réserves la thèse freudo - marxiste d'une aliénation ou d'une illusion pure et simple, n'y a-t-il pas une autre "aliénation typique de l'humanité" bien plus évidente, aussi dangereuse et beaucoup plus répandue : l'aliénation à nos pulsions ? La "névrose collective de l'humanité" n'est-elle pas, en fait une "névrose pulsionnelle" infiniment plus qu'une "névrose illusionnelle"?
De sorte que, si l'on se place dans la perspective d'une bonne santé psychique, ne conviendrait-il pas de s'orienter vers le traitement de la première au moins autant que de la seconde ? Ne serait-il alors pas, même, bon de réhabiliter quelque peu une petite forme de tendance illusionnelle, surtout si l'on parvenait préalablement à la débarrasser de toute toxicité, (comme les vaccins) afin d'éviter la résurgence de toute névrose illusionnelle caractérisée - autant dire de tout ce qui peut ressembler à du religieux ?
Il nous semble que voilà qui mérite une réflexion un peu moins
simplette que ce que l'on nous a offert, à ce jour, du fait de l'engagement
partisan des uns et des autres. Il est vrai qu'entre "croire" et
"ne pas croire" l'on n'a pas encore fait beaucoup de propositions
pour une troisième voie "vivable". Il n'est pourtant pas impossible
que le langage usuel soit trop limitatif et que l'on puisse envisager de
refuser de croire en quoique ce soit, (surtout si cela nous
"arrange", ce qui n'en est que plus suspect), tout en évitant de
tomber dans un scepticisme débouchant quasi systématiquement sur un hédonisme
et un narcissisme facilement déstructurants, pour ne pas dire malsains, (quand
ils ne débouchent pas sur l'angoisse ou la nausée), et sur une forte tendance à
ne voir en autrui qu'un objet à utiliser au mieux !( Cf certain ouvrage édité aux USA : " Screw
first , in order not to be screwed yourself first "!*)
Dans cette perspective, examinons alors, si vous le voulez bien, et pour quelques instants, les aspects indubitablement médicaux de certaines des expériences religieuses de l'humanité (et aussi de certaines philosophies, débouchant, comme le font les religions, sur une éthique et sur un type de vie différent de ce que seraient les types de vie et l'éthique des personnes concernées si elles n'avaient pas les convictions engendrées par les dites philosophies et religions).
On sait dans quel contexte, un sentiment religieux est le plus susceptible d'apparaître : situation critique ou douloureuse, chocs psychologiques, solitude, disposition à la suggestibilité ou crédulité, tempéraments anxieux, approche de la mort ou simplement éducation ou contexte familial religieux - la liste est longue des terrains prédisposant et des situations favorables au développement d'une sensibilité religieuse, souvent liés à quelque faiblesse, en apparence, il convient de l'admettre : les forts des halles, les stars et autres businessmen à succès affichent rarement une foi religieuse durable et impressionnante, malgré quelques exceptions .
On connaît également assez bien les effets secondaires négatifs de certaines attitudes ou pratiques religieuses : intolérance et rigidité mentale, conditionnement étouffant la personnalité, apparition de diverses névroses dans les cas extrêmes (culpabilisation, esprit de sacrifice, mortification) etc. Nous ne ferons pas au lecteur objectif l'affront de nous attarder sur cet aspect de la question qu'il connaît certainement déjà très bien (et dont il sait qu'il varie, de toute façon, beaucoup, d'une religion à une autre). Mais d'un autre côté il est peu contestable que diverses personnes ne paraissant ni ratées ni infantiles éprouvent parfois, sans avoir nécessairement eu de formation religieuse, des espèces d'"aspirations" confuses qui, en toute bonne logique ne devraient pas se rencontrer car elles sont sans raisons apparentes aux yeux des observateurs non engagés. Ces aspirations, si elles ne rentrent pas facilement dans la rubrique des sublimations sans fondement objectif ou du besoin d'illusions, peuvent parfois s'appuyer sur des arguments philosophiques tendant à admettre l'existence d'une "transcendance" (quitte à ce qu'elle soit immanente à toutes choses ! ), arguments qu'il n'est pas toujours facile de réfuter sans appel, surtout si au lieu de transcendance on se contente de parler d'un "autre chose" (qu'il n'est évidemment pas très facile de distinguer d'un "niveau d'organisation supérieur" quelque peu "transcendant" tout de même, c'est sûr, ne serait-ce que parce qu'il dépasse notre entendement même si c'est de "simple " auto organisation qu'il s'agit !..... ou de sur hasard... ).
Ces personnes sont-elles particulièrement suggestibles ? Sont-elles des pithiatiques qui s'ignorent ? C'est possible, mais n'est nullement évident. Il n'est, de la sorte peut-être pas interdit de trouver un peu sommaires, en dépit de la part de vérité qu'elles paraissent contenir, les interprétations ramenant tout le religieux à une "névrose collective de l'humanité" ( Freud).
S'est-on, par ailleurs, suffisamment penché sur l'origine des effets psychologiques positifs que la croyance de type religieux paraît apporter, une fois écartés les effets négatifs souvent liés à un terrain affectif - ou neurovégétatif - particulièrement fragile ? N' y a-t-il que du farfelu dans la "médecine de l'âme", terme si souvent utilisé pour qualifier la religion ? Ne saurait-on découvrir derrière elle quelques éléments utilisables scientifiquement, tout comme cela s'est produit parfois, au grand étonnement des chercheurs, lorsqu'on a étudié d'autres médecines parallèles ? Ceci nullement dans la perspective de guérisons inexpliquées, dites miraculeuses, soulignons le bien vite, tel n'est nullement notre propos, mais dans la seule perspective du renforcement du psychisme des personnes en danger de déséquilibre, ou de meilleur épanouissement des autres.
Cette voie commence tout juste à être étudiée de façon objective,
et elle nous semble prometteuse. Elle est d'autant plus intéressante que le
décalage est de taille entre l'importance historique, sociale et psychologique
des phénomènes idéologiques et religieux et notre faible connaissance de ce qui
biologiquement leur correspond chez l'individu. Qui sait, dès lors, s'il n'y
aura pas dans une centaine d'années un cours de neurophysiologie des sentiments
religieux (voire des prises de position philosophiques !) dans les Facultés, et
si l'on n'y parlera pas de philo- ou d'idéo-physiologie moléculaire ? Cela
paraît présentement hautement fantaisiste mais n'oublions pas qu'il existe déjà
toute une approche biologique des passions, des sentiments et même de certaines
"pensées" ! (Voir par exemple l'ouvrage "Biologie des
passions" du Pr J.-D. Vincent, ou "Le cerveau et l'esprit" du Dr
Lazorthes, "Le discours vivant" d'A. Green ou "L'homme
neuronal" du Dr Changeux J.-P., etc.) On n'est, en tous cas, plus très
loin d'une approche biologique de la psychologie des profondeurs (à laquelle le
sentiment religieux se rattache, nul ne le conteste), approche que Freud et
Bergson annonçaient fort clairement comme devant s'inscrire au fondement de la
psychologie et de
Allons plus loin dans notre approche d'une éventuelle psychothérapie inspirée sur l'exemple religieux : voyons l'eucharistie. N'est-il pas concevable de voir dans l'hostie, cet "objet de cannibalisme métaphysique" (Jean Carrière), le médicament (ou le tonifiant), psychotrope, placebo par excellence ? Celui qu'on avale pour guérir ou fortifier son "âme", un peu comme on mangeait jadis la cervelle de certains chefs ennemis tués au combat pour s'approprier leurs vertus, précisément ! Placebo qui agit chez ceux qui se sentent, mystérieusement mieux, après coup, et en redemandent simplement parce qu'ils croient en son pouvoir, comme en celui d'une potion magique.
La religion "cuite sans alcool" disait Freud. C'est bien exact. Mais ce n'est pas inintéressant, cela, physiologiquement, que cet effet psychotrope sans substance psychotrope, que cette drogue sans drogue ! Où sont donc passées les molécules agissantes ? Où donc se cache le principe actif ?
A maux - ou à besoins - imaginaires, rien de tel que des remèdes imaginaires, c'est évident mais si, comme probable, il y a une très large part de cet "imaginaire"-là dans la plupart des troubles psychiques, des inappétences, des frustrations et des inadaptations, aussi bien que des excès, réels, eux, qui empoisonnent la vie moderne, cela ne donne-t-il pas l'envie de leur rechercher des remèdes tout aussi peu sérieux en termes de pharmacologie classique, et pourtant susceptibles d'être efficaces, en fouillant dans le "fonds religieux" un peu plus que cela n'a encore été fait ? N'y aurait-il pas moyen de parvenir à une prévention de la toxicomanie en faisant prendre aux jeunes une "drogue" moins dangereuse - ô combien ! - mais à effets suffisamment satisfaisants ? Ne conviendrait-il pas dans cette optique, de, par exemple, prêter un peu plus d'attention qu'on en a prêté jusqu'alors au succès d'une pratique religieuse qui se trouve chez les catholiques : nous voulons parler de la séance de psychanalyse - pardon de la confession, telle qu'elle se pratiquait avant Vatican II, tout au moins ?
PSYCHANALYSE ET CONFESSION
Confesseurs et psychanalystes pousseront les hauts cris devant notre comparaison aussi sacrilège pour le premier qu'inadéquate pour le second, et pourtant il n'y a vraiment pas de quoi réagir si vivement. L'autorité américaine sur l'inconscient, Ellenberger, pense le plus sérieusement du monde que Freud se serait inspiré des "Confessions" de Saint-Augustin ["The discovery of the unconscious", Basic Books, New York, 197O, ouvrage fondamental pour quiconque s'intéresse à ce sujet]. Il ne s'agit pas encore de confession en confessionnal, mais c'est tout de même révélateur déjà. S'il existe bien quelques différences entre la confession et la cure psychanalytique, comme la nécessité d'une interprétation des propos plus poussée pour le psychanalyste que pour le confesseur, n'opéraient-ils pas tous deux, à l'origine, plus ou moins en retrait d'un malade (ou pénitent) généralement plongé dans une même demi-obscurité complice ? Une position spécifique, propice au recueillement, agenouillée (ou allongée) n'était-elle pas recommandée - voire imposée - dans les deux cas ? (Nous ne parlons ici que de la psychanalyse freudienne classique, telle que Freud la pratiquait, et non des dissidences qui ont entraîné toutes sortes de variantes techniques "opératoires" ?) Ce contexte quasi rituel une fois bien en place, n'amorçaient-ils pas tous deux un dialogue de la même voix apaisante en affichant à l'avance une même neutralité bienveillante ? Court dialogue initial qui évoluait aussitôt vers un monologue du malade -pénitent, afin · qu'il mette à nu les tréfonds (on disait parfois les bas-fonds !) de son psychisme, pour en extirper ce qui nuisait à son harmonieux fonctionnement ? Avec une abréaction analogue parfois observée, tant par une méthode que par l'autre.
Quelle différence y avait-il donc sur le plan du résultat psychologique obtenu (le seul qui soit intéressant pour un psychothérapeute) entre l'absolution de la névrose et la guérison du péché - pardon c'est, l'inverse ? Un même bien-être ou un "mieux" n'apparaissait-il· pas fort souvent, et le même mot de "rémission" ne s'appliquait-il pas, tant dans une technique que dans l'autre ? N'y avait-il pas, dans les deux cas, la même notion de présence de quelque mal - autre mot (et ennemi) commun à la religion et à la médecine, notons le ? Mal qu'il s'agissait, pour le psychanalyste comme pour le confesseur de chasser, de "purger" - d'expurger. N'y avait-il pas souvent d'analogues résistances, d'intensité variable ? Et, aussi, le même phénomène salutaire (autre vocable commun) de projection ? Laquelle allait jusqu'à l'amour transfert, classiquement reconnu comme faisant fort souvent partie intégrante (voire étant pièce maîtresse) du traitement psychanalytique ? Amour-transfert dont "l'objet" est le psychanalyste dans un cas et qui est, dans l'autre, par delà le confesseur, un "messie", ou bien tout simplement "son prochain", conformément à l'enseignement de celui qui apparaît à certains scientifiques modernes comme un psychothérapeute des plus originaux - d'aucuns disent des plus géniaux - né à Nazareth 3 ou 4 ans "avant lui-même", selon les dernières estimations historiques des spécialistes (ce qui n'est certes pas à la portée de tout le monde) et cela il y a 2OOO ans !
N'aurait-il pas, par hasard, un des tout premiers, compris, ou soupçonné, certains des mécanismes psychiques profonds, notamment celui d'amour-transfert, et sa portée ? A en juger par son influence dans les siècles qui l'ont suivi, et par la similitude de quelques-unes de ses prises de position avec les découvertes modernes en matière de psychisme on peut penser que oui. Toujours est-il que l'on se retrouve avec la confession et la psychanalyse en face d'une technique psychothérapique commune, qui "enlève les névroses-péchés du monde" (ou procure un sentiment de renouveau, de purification, bref de bien-être, au moins existentiellement parlant) et il semblerait que "ça marche" assez bien dans les deux cas, même si les "techniques opératoires" ne sont plus tout à fait les mêmes qu'aux origines. Cela "marcherait" même tellement bien que de fort nombreux malades-pénitents en viendraient à difficilement se passer du confesseur ou du psychanalyste, tellement cela leur fait de bien de consulter ou se confesser... sans beaucoup être pêcheur, ni plus longtemps sujets à la (pseudo) névrose pour laquelle ils avaient consulté ! Ce qui est une façon inattendue d'être fidèle à une médecine comme on peut l'être à une religion (Fides : l'acte de confiance, qui est à la base la relation patient-praticien, précisément !). Et tant pis pour le déficit d'une Sécurité Sociale qui a cru bien faire en remboursant bon nombre de telles séances psychanalytiques.
Nous ne soutenons nullement, bien sûr, que de quelconques Eglises auraient créé de toutes pièces (ou mis en relief) la notion -artificielle- de péché comme agent de type suggestif pour générer une névrose de culpabilisation dans le seul but de "tenir" leurs fidèles.
Mais il reste que, tout en protégeant les dits fidèles contre des tentations d'actes ou de pensées qui auraient pu être dangereux pour eux ou pour autrui, ces névroses de culpabilité un peu artificiellement engendrées parfois, mais "authentiquement" guéries (périodiquement) renforçaient le prestige et la puissance de l'Eglise - et donc la foi du fidèle par la même occasion - sans parler du fait que cela faisait vivre du monde... (Nous prétendons encore moins que des psychanalystes freudiens, lacaniens assimilés ou dissidents, exploiteraient, eux aussi, quelque besoin profond similaire de certains individus, et en vivraient, jouant ainsi le rôle de religieux des temps modernes. Cela risquerait fort d'être considéré comme peu confraternel, venant de psychanalystes qui, pour n'être qu'existentiels, n'en sont pas moins psychanalystes !...)
Il reste cependant que, parfois, on est tenté d'opérer un rapprochement entre les deux types d'attachement qui unissent le "fidèle-croyant" à son confesseur et le "fidèle-patient" à son analyste, le problème de la liquidation du transfert en fin de traitement étant là, pour confirmer notre point de vue.
D'autres religions que le catholicisme ont anticipé sur la psychanalyse, d'ailleurs. Le bouddhisme retient aussi une confession, mais pour les seuls moines, devant leurs supérieurs. Un rite shintoïste (religion du Japon) est appelé "balayage mental" et consiste à se purifier par une sorte d'examen de conscience, d'auto confession si l'on veut : c'est le kiyomu. Quel psychanalyste ne le rapprocherait, au moins dans sa dénomination (qui rappelle tous les rites purificateurs, dont le "lavage" du baptême) de la "sweeping-cure", du traitement par ramonage/balayage d'Anna O. effectué par Freud et Breuer ? On trouvera d'autres rapprochements entre psychanalyse et religion dans le cas du bouddhisme zen (Suzuki "Zen buddhism and psychoanalysis" NY 196O et E.Fromm "Psychoanalysis and religion"). Et que penser de l'exorcisme, sinon qu'il s'agit d'une opération de type cathartique également ? La catharsis, la "purge de l'âme ", n'était-elle pas d'ailleurs une technique "psychothérapique" (de nature un peu magique) déjà pour Aristote ? Il employait ce terme à propos de l'effet bienfaisant que procuraient certaines représentations théâtrales dramatiques sur le spectateur...! Il est indéniable que se changer les idées en se mettant dans la peau d'autres personnages peut (parfois) avoir des effets bénéfiques... si bien que cette catharsis se retrouve aussi bien dans la toute première époque de la psychanalyse, notamment avec l'hypnose, que dans des variantes techniques plus récentes (psychodrame de Moreno, thérapie primale de Janov...) Autre exemple, maintenant : celui du baptême. Outre l'idée de purification il contient celle de re-naissance (à une vie nouvelle). Or la "re-birth technique" employée aux USA en psychothérapie n'a pas d'autre signification, et se traduit précisément par re-naissance ! L'accès à un "New Age", en délaissant l'ancien, ayant aussi un petit côté baptismal...Toutes choses aussi commercialement exploitées de nos jours que l'ont été les pratiques religieuses correspondantes, cela va sans dire... L'on trouve aussi, chez le psychanalyste, sinon des formules magiques du moins des paroles non dépourvues d'effet, même si c'est très indirectement. Les paroles des livres dits saints ou sacrés, qu'ils soient zoroastriques, talmudiques, bibliques, coraniques ou védiques ne le sont-elles pas aussi un peu, pourvues d'effet ? Ces assemblages de mots ont assurément, sur beaucoup de ceux auxquels ils s'adressent, un impact psychique apaisant, réconfortant, voire euphorisant, selon la sensibilité du lecteur, ou de l'auditeur, et sans doute aussi selon les circonstances dans lesquelles il se trouve. Que faut-il en penser ? Est-ce l'effet du "verbe" ou celui de neuro-effecteurs spécifiques activés de façon encore toute mystérieuse ? Même si le biologiste que nous sommes ne retient, a priori, que la réponse qu'on imagine, il reste encore bien des zones d'ombre à dégager dans les rapports unissant les paroles et les dits effecteurs.
De sorte qu'il pourrait bien y avoir encore beaucoup de
découvertes, - et d'utiles - à faire, dans la perspective psychothérapique qui
est la nôtre, à partir des phénomènes religieux, et, non, les choses ne
seraient vraiment pas aussi simples que le pensaient (et le disaient) les
brillants auteurs cités dans leurs jugements (on a envie de dire leurs
"exécutions sommaires") au sujet de
Ainsi, sans chercher à se voiler la face devant ce qui doit être
considéré comme malsain en matière de pratique religieuse, car l'inquisition,
les intolérances et les mortifications seront toujours là pour nous le
rappeler, avec les diverses guerres "saintes", il convient également
d'être juste et de ne pas jeter quelque éventuel bébé avec l'eau du bain
religieux, aussi douteuse et trouble soit-elle parfois. Or ce bébé-là pourrait
bien être (aussi) le pouvoir d'un certain "verbe" qu'il s'agirait
alors d'utiliser au mieux à des fins psychothérapiques - sans nous préoccuper
le moins du monde ni de l'origine ni des "raisons" de ce pouvoir
éventuel. L'on ne pourra nier, en tout cas, qu'avec la confession comme avec la
psychanalyse nous nous trouvons en face de pratiques largement verbales qui
(parfois) soulagent et guérissent (ou "sauvent") et dont on doit
admettre qu'elles sont avant tout médicales (psychothérapiques) même si elles
s'inscrivent, les unes dans un contexte spiritualiste irrationnel, les autres
dans un contexte matérialiste supposé rationnel.
Il convient de noter que les modalités du développement, puis du traitement des névroses (de certaines névroses, plus exactement) n'ont pu être dégagées au prix d'un colossal effort de réflexion freudien ( adjectif qui recouvre en fait aussi bien Janet, Bernheim et Charcot que quelques autres, puissent-ils, et Freud avec eux, nous pardonner cette simplification) et post-freudien, non encore parfaitement au point (et de loin), que des siècles et des siècles après que certaines religions aient mis en place leurs "méthodes de travail" verbales en matière de guérison de troubles psychiques. Et il en va apparemment de même pour la découverte de l'effet placebo - lequel est encore très obscur pour nous et n'est quasi pas exploité dans le domaine du pur psychisme (à la différence du psychosomatique) alors que c'est bien probablement là que se trouve son champ d'application principal (ce que diverses religions ont bien compris, et exploité, elles). Mais il y a plus : les fondateurs de grandes religions, les messies, les prophètes (et quelques gurus post-védiques) n'ont-ils pas en effet mis à jour, et depuis très longtemps là encore, les techniques relatives à un pouvoir bien plus intéressant et bien moins discutable que la guérison-rémission de péchés-névroses ? Toujours avec de simples paroles ils ont pu, (et peuvent encore), sans support concret générer toutes sortes de joies, toutes sortes de consolations, et parfois un sentiment de bonheur solide et durable, parfaitement authentique (même lorsque le fidèle - nous dirions presque le patient - se trouve dans des conditions qui pour d'autres seraient insupportables). Ce dont le psychothérapeute le plus qualifié a jusqu'à présent été tout à fait incapable, reconnaissons-le humblement.
Ce pouvoir est littéralement formidable : n'a-t-il pas également parfois assoupli et détendu des relations entre hommes, relations spontanément plutôt antagonistes (dès que des intérêts opposés entrent en jeu) ? N'a-t-il pas parfois transformé des êtres invivables et violents en personnes civilisées ? N'a-t-il pas de même été jusqu'à changer des êtres exécrables en personnes soudain soucieuses d'autrui ?
Ceci, naturellement, en plus d'avoir, au dire des bénéficiaires, rendu presque roses des existences bien grises, d'avoir fait passer bien des caps difficiles sans trop de souffrances et d'avoir redonné du goût ou un sens à des vies insipides ou gâchées ! Bref, pour reprendre des termes déjà cités, d'avoir apporté des "ivresses sans alcool" bien bénéfiques, et tout à fait durables, tour de force qui n'est pas exactement à la portée de beaucoup de "chimistes -non alchimistes", reconnaissons-le.
Songeons que ce pouvoir, les dits prophètes et messies l'ont exercé jusqu'à des milliers d'années après leur mort, et (ou) à des milliers de kilomètres de distance grâce à des "prescriptions" sans contre-indication majeure, sans excessive toxicité ni effets secondaires (si l'on exclut les cas d'overdose et certains terrains trop fragiles) sans limite de durée d'action, sans accoutumance et sans coût (obligatoire) aucun ! Avec comme seule contrepartie apparente une certaine dépendance, certes inadmissible, ne serait-ce que par les risques de dérapages qu'elle comporte : au pire par suite des dommages que peut causer un "tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens" mis à exécution ; au mieux, du fait d' une acceptation de toutes sortes de pratiques superstitieuses, parfois considérées comme des déviations du sentiment religieux, mais plus souvent comme un simple support concret ayant un rôle important à jouer dans l'opération. Cette dépendance serait très tolérable pour le sujet, à ce que les dépendants en disent (ce qui est très loin d'être le cas pour d'autres formes de dépendance...!).
Ainsi, même vu de l'extérieur, "vendre son âme à Dieu" ne serait, de la sorte, après tout, peut-être pas une si mauvaise affaire, surtout si on le fait en connaissance des risques inhérents à une telle "vente" (et si l'on n'est pas trop exigeant sur la matérialité des garanties, évidemment ). Mais quel pouvoir, vraiment ! Quelle leçon d'humilité pour la science médicale que cette téléthérapie, (doublée d'une évidente vaccination psychique sous-jacente, nous y reviendrons) qui, même si elle ne se fonde sur aucun savoir théorique (sur aucun qui ait été explicité et publié, au moins) et même si elle ne s'applique pas à tous, n'en est pas moins une utilisation des forces dynamiques de l'inconscient de type thérapeutique ô combien antérieure, et ô combien potentiellement plus profitable à l'humanité que celle découverte il y a seulement un siècle par notre génial Freud. Lequel s'est, à notre avis, laissé enfermer dans un système un peu étroit, tout en admettant à l'avance ses éventuelles insuffisances, ce qui l'honore grandement, et en pressentant, pourrait-on croire, l'existence de développements féconds qu'il ne voulait pas, ou ne se sentait pas en mesure, d'explorer lui-même - voire qu'il redoutait !
Revenant à nos religions dominantes, il se trouve (heureusement disent les uns, malheureusement les autres) qu'elles ne passent plus si bien, et que l'influence des messies dominants s'estompe (quantitativement) au fur et à mesure que les sociétés s'industrialisent et que l'instruction progresse... Ce qui nous ramène à notre question de savoir s'il n'y aurait pas quelque moyen de récupérer (avant qu'il ne soit trop tard ?) tout ou partie de certains de leurs étonnants pouvoirs pour faire face aux problèmes des jeunes dans les sociétés modernes - tout en éliminant les pernicieux "side-effects" déjà mentionnés.
Divers efforts ont été tentés dans le sens d'une mise en oeuvre de techniques susceptibles de reproduire une téléthérapie quasi religieuse, en espérant en tirer des bénéfices ou des bienfaits. Il s'est agi chaque fois de psychagogies, de psychodidacties, d'éducation - et de conditionnement - des psychismes pour les conduire là où l'on avait décidé qu'il était bon qu'ils allassent. Parfois dans un but intéressé, idéologique, politique ou personnel (les jeunesses hitlériennes...), mais le plus souvent dans le seul intérêt des personnes concernées (ce qui est plus proprement médical). Chaque fois est alors revenu sur le devant de la scène un certain pouvoir des mots et des idées (assorti ou non de diverses techniques de "pénétration" ou d"auto-pénétration" grâce à l'introspection, examen de conscience rejoignant l'"insight therapy" de Karen Horney) non plus seulement pour influencer des comportements superficiels mais bel et bien pour assurer un équilibre psychique particulier généralement appelé "bonheur".
Notre hypothèse sera qu'il y a plus encore à découvrir derrière ces phénomènes : à côté des pulsions, expression des forces du psychisme profond relevant du "ça" il existerait un autre type de forces relevant, elles, d'autre chose que de ce "ça", et bénéfiques - sous conditions - en termes de santé psychique : "autre chose" qui ne serait pas sans rapport avec cet esprit dont Freud disait que l'humanité savait qu'elle en était dotée. Mais savait-elle de quelles forces cela était probablement l'élément révélateur, et pouvait-elle dès lors en tirer avantage et profit autant qu'elle aurait eu intérêt à le faire ? Il est clair que non. Les religions avaient, elles, leur petite idée là-dessus, et depuis des millénaires "travaillaient" la question à leur profit - en ayant depuis tout aussi longtemps réalisé quel était le pouvoir d'un certain "verbe", en relation avec ces forces latentes, apaisantes, réconfortantes, structurantes ou dynamisantes selon les besoins. Forces dont il n'est probablement pas interdit de penser qu'il existerait d'autres techniques que celles religieuses pour les éveiller en nous - dès lors qu'on trouverait un nouveau langage pour les mettre en action - et bien sûr celui proposé sera psychoécologique, proposant le concept de "logoactivité" (comme on a jadis proposé celui de radioactivité) concept certes sans lien apparent avec une réalité connue, lui, mais concept qu'il n'est pas interdit de considérer, a priori, comme correspondant (peut-être) à un phénomène naturel non encore éclairci.
Ces curieuses techniques (dont notre seule crainte est qu'elles ne soient un jour définies comme une "logotique" ! ), leur efficacité peut difficilement être contestée (en termes de santé psychique) au moins dans certains cas : ainsi la confession obligatoire, en dépit de ses inconvénients (elle eut gagné à être facultative, mais encouragée), n'avait elle pas déjà (malgré la notion de péché, tout à fait dépassée) l'immense avantage de pousser le confessé à un minimum d'introspection et à la confrontation de la valeur de ses actes face à une norme ? Norme qu'il ne s'agirait que de transformer d'hétéronorme (extérieure) discutable, en auto-norme (intérieure au sujet), en faisant, notamment par le recours à un discours approprié, appel à son sens de l'harmonie et à sa raison. Avec une "autoconfession" sans péché (mais avec erreurs !). L'auto-analyse si décriée (et pour cause !) par les gens du business prend ici tout son relief. Ne serait-il alors pas bon de tenir ce discours poussant à ladite autoanalyse dès l'enfance, dans un langage approprié ? Ne serait-ce pas une forme d'immunisation psychanalytique scolaire possible ?
LE POUVOIR DES IDEES ET DES MOTS SUR
Platon semble avoir été le premier à émettre l'opinion que des
discours - des mots, donc - pouvaient avoir un effet roboratif, apportant
réconfort et sécurité mentale, voire susceptible de rendre durablement heureux
(la maïeutique socratique n'est d'ailleurs pas sans annoncer les modernes
psychothérapies dialectiques). Platon n'a pas été très loin dans ses
explications, sauf à citer la cure morale de Zalmoxis, le médecin thrace
(Charmide 156 sqq.), cure que Pinel fera resurgir lorsqu'il prônera, avant
Dubois, le traitement moral, traitement applicable aux troubles physiques comme
aux troubles de "l'âme". L'inattendu Cicéron vient ensuite : il a
très clairement présenté la philosophie (et son discours) comme un remède aux
troubles mentaux (et, pensait-il, même aux troubles physiques), lui aussi. Ce
qui nous met en présence (après Zalmoxis il est vrai, mais ce dernier n'est
guère connu) du premier psychosomaticien se présentant comme tel. "Aussi
bien pour les chagrins que pour les autres maladies de l'âme il n'existe qu'un
remède c'est
N'en déplaise à Victor Frankl (qui revendique la paternité du vocable "logothérapie"), il semble que ce soit Philon D'Alexandrie (Philo judaeus) qui ait le premier proposé un mot spécifique pour définir ce phénomène qu'est l'art de soigner (et prévenir) des troubles avec des paroles : la logoïatrie (de logos=discours, iatrie=médecine, nos amis pédiatres et psychiatres nous pardonneront ce rappel élémentaire.) Ici le radical initial concerne non pas l'objet du soin comme le "pédo" du pédiatre ou le "psycho" du psychiatre mais son instrument, simple différence de terminologie qui se retrouve dans les "-thérapies" : radiothérapies, chimiothérapies, etc. (Nous parlerons, nous, de logothérapie aussi bien que de logoïatrie, ce qui devrait faire plaisir à V. Frankl, pour lequel une chaire de logothérapie avait d'ailleurs été créée à l'une des Universités de Californie).
Aucun analyste, aucun auteur médical, ni aucun philosophe n'a, à notre connaissance, mentionné la logoïatrie de Philon qui serait en somme l'ancêtre (lointain, dans tous les sens du mot) des psychanalystes, lesquels sont des logothérapeutes à part entière, nul ne le conteste puisqu'ils ne soignent que par leurs propos, (sans remèdes, manipulations, exercices ni contact ou intervention de quelque objet que ce soit). C'est par pur hasard que nous avons rencontré ce mot chez Philon au cours de nos recherches, et il nous paraît juste de signaler l'innovation de ce philosophe peu connu, au nom de sa mémoire. Il sera en effet avant Cicéron le père de toute une lignée de logothérapeutes de fait, et, apparemment, l'ancêtre d'une technique qui devait bien un jour être authentiquement reconnue comme pleinement médicale. (mais sa technique à lui, Philon, était encore apparemment fort religieuse. Il reste bien joli, tout de même, qu'il ait eu l'intuition de la chose, et ait proposé le concept en question ! ).
Un grand saut dans le temps nous conduit, par dessus les Saint-Augustin, Descartes, Spinoza, Leibniz (et sans doute d'autres ayant eu quelque intuition de la notion de logothérapie et de sa valeur), au Dr William James au début de ce siècle. James a repris l'idée que le discours philosophique pouvait avoir quelques vertus curatives. Ceci avec d'autant plus de conviction que, s'il n'avait lu, au bon moment, les ouvrages de Charles Renouvier (et de quelques autres philosophes influencés par Maine de Biran, dont Ravaisson) il mettait, parait-il, fin à ses jours, tant il avait de problèmes existentiels !
Pauvre homme ! Il s'est ensuite tourné vers la religion non pour son objet mais pour les seuls effets apaisants et euphorisants qu'engendre la foi -ce qui lui a valu bien évidemment les foudres des autorités religieuses [ The varieties of religious experience, 19O2]. Peu après lui le célèbre Pr Janet lançait la notion de "traitement philosophique" (en fait métaphysique) [Les médications psychiques, Alcan 1928]. On est bien en pleine logothérapie. Reprenant Cicéron, Janet ouvrait la voie à celle des psychothérapies dites "de direction" qui s'axent sur le rationnel (Albert Ellis), sur la réflexion et l'introspection (insight therapy), sur la conscience, etc.. et s'inscrivent plus ou moins dans une même conviction que certains discours sont effectivement ( parfois) bienfaisants pour celui qui en prend connaissance. Avec, en arrière-plan, l'idée que nous vivrions d'autant mieux notre vie quotidienne que nous réfléchirions suffisamment sur, et comprendrions mieux, notre nature profonde, laquelle est supposée non dénuée de sens. Ce qui est illustré par la parabole du véhicule : nous serions tous dans un véhicule et, alors que certains se contentent d'organiser leur petit coin, vitres et volets fermées, sans sortir et sans savoir dans quel état sont les pneus, les freins, la route etc.. D'autres se soucieraient de savoir de quel véhicule il s'agit, où il va, à quelle vitesse il se déplace, qui peut bien le conduire, en quel état il se trouve etc. et auraient alors moins de mauvaises surprises à redouter que les voyageurs du premier type, outre qu'ils auraient plus de chances de se rendre là où ils jugent bon d'aller, au lieu de laisser d'autres éléments en décider à leur place ! Enfin, ils auraient le sentiment d'avoir pris en mains leur "environnement" qu'ils n'avaient aucune raison de ne pas contrôler, étant adultes et vaccinés.
C'est dans cette même perspective de reconnaissance des bienfaits qu'apporteraient la recherche et la connaissance de notre nature profonde que se situent ces philosophes, psychologues et psychothérapeutes qui ont nom : Von Hartmann, Ruyer, Chauchard, Baruk, Rollo May, Binswanger, Jung, Maslow, Fromm etc. et bien sûr notre maître Frankl. Or, et sans même parler des fondateurs d'une pseudo - psychothérapie appelée "christian science", totalement religieuse, et comme telle inacceptable, il apparaît que la plupart des personnes citées se retrouvent assez proches des religions : chrétienne (Chauchard, Frankl), juive (Baruk), bouddhiste (Fromm, Ruyer) avec pour les autres des chevauchements moins nets entre ces trois grandes religions, et un zeste de taoïsme et de gnosticisme de ci de là !
Après ce qui a été dit, le lecteur ne sera pas surpris de voir ainsi flirter avec des religions beaucoup de ceux qui, de façon ou d'autre, prêtent à la pensée, et aux mots qui la déclenchent, des vertus en matière d'équilibre et de bien-être psychiques (vertus qui peuvent devenir des anti-vertus d'ailleurs, s'il s'agit d'un discours dit "trompeur", car il peut conduire à la dépression, au déséquilibre etc..).
Il convient, par honnêteté intellectuelle, de noter que divers psychanalystes, dont le père fondateur, soutiennent que le discours fondé sur la raison n'a que peu de prise sur nos désirs profonds sans accompagnement d'un transfert (positif) sur la personne du psychanalyste ou au moins de celui qui tient le dit discours. A quoi nous répondrons :
1°- que la raison du patient n'est peut-être pas seule à entrer en jeu en cas de discours roboratif (fortifiant), et si ce discours est présenté sous une forme suffisamment simple à l'esprit d'un enfant.
2°- qu'un transfert positif peut être envisagé vers celui qui tient (ou présente) le discours en question, sans que l'on ait besoin qu'il soit psychanalyste, ni qu'il soit présent, ni même qu'il soit encore vivant : un transfert vers un "grand-homme" dont on admire la pensée se rencontre des plus fréquemment (vers Rousseau, par exemple, vers Baudelaire, vers Gide...) - transfert bien connu pour ce qui est des "idoles des jeunes" même décédées ( James Dean ) !
3°- que le "bien peu de prise" n'est pas "aucune prise", et que, même s'il n'y a que ce "peu" là, il convient de l'exploiter à fond.
4° -que Freud n'a pas forcément raison en toutes choses.
Reste que "de tous temps, la médecine a fait mouche avec des mots" de l'aveu même de Lacan, qui a parfois des formules valables au milieu de ce fatras qui lui sert de pensée (ou qui est destiné à jeter de la poudre aux yeux de ses lecteurs !). On ne saurait rendre meilleur hommage à la logothérapie, laquelle s'articule fort bien avec cette psychobiologie, désormais fort répandue, (nous sommes chimiquement liés aux mots, dit pour sa part ce pauvre Cioran, qui, pour une fois, semble avoir vu juste. Aux mots autant qu'au cosmos, aurait-il pu même ajouter, sans doute ! Boris Cyrulnik auteur d'un "De la parole comme d'une molécule" reprend cette idée à son compte, d'ailleurs). Psychobiologie dont la mère est, pour nous, Louise Michel (le mot est cité dès 1880 dans ses "Mémoires", ouvrage absolument merveilleux) et dont A.Meyer est (avec Bernheim), le père. Ce psychiatre américain était convaincu que ce que l'homme pense affecte son "fonctionnement jusqu'en deçà du niveau cellulaire. En bon aristotélicien (et spinozien) il rejetait toute séparation corps/esprit, ce qui ne peut qu'aller dans le sens d'une explication de "l'action logothérapique".
De sorte que, pour Meyer, la pensée consciente était une psychothérapie majeure, en même temps d'ailleurs qu'une technique adaptative. Ce qui nous fait déboucher sur ce que l'on nomme la psychiatrie sociale - nous y reviendrons également.
Tout cela est certes intéressant, mais les points de vues des uns et des autres, tout convergents soient-ils parfois, nous laissent très perplexe quant au mode d'action de cette logothérapie. Et force nous est de reconnaître encore que ce pouvoir (qui paraît bien réel) de certaines idées (des assemblages de mots) ce sont les religions qui ont su, le plus, et le plus tôt (mais sans doute pas le mieux !) l'utiliser, en y rajoutant toutes sortes de fioritures et de pratiques bien évidemment.
Voilà le pouvoir dont la psychothérapie moderne, c'est-à-dire celle tenant compte de la neurophysiologie du cerveau va bien probablement chercher à percer les secrets dans les décennies qui viennent, en s'interrogeant sur les circuits cérébraux pouvant être formés durablement par suite d'influences extérieures, notamment celles considérées comme charismatiques. Voilà le pouvoir dont elle va devoir - progressivement - reprendre le contrôle de façon un peu moins imprécise que ne le font les diverses thérapies se qualifiant, bien souvent à tort, d'existentielles, que sont les thérapies rogériennes ou directionnelles actuelles. Ceci pour aider les individus socialement inadaptés ou/et ayant des problèmes psychologiques personnels, aussi bien que ceux qui ont par trop le sentiment que la société les broie et qui réagissent comme ils peuvent: au mieux en tombant dans la simple déprime chronique ( le "cafard", le blues, le spleen) au pire en se laissant piéger par l'alcool (voire la drogue ou la criminalité) ou en s'aliénant dans des voies anarchiques, ou dans des sectes, qui peuvent être fort dangereuses - même s'il s'agit parfois d'onirismes à grande valeur artistique ou littéraire. Le nombre des tentatives de suicide des jeunes est trop élevé (et a trop peu de chances d'aller en diminuant) pour qu'on oublie cet aspect des choses.
La psychoimmunothérapie du futur devra reprendre le contrôle du pouvoir susmentionné également afin de reconstruire ce qui se trouve avoir été détruit par des traitements psychanalytiques trop rondement menés : sens des valeurs, conscience morale, tendances humanitaires et appartenance à un monde qui, du fait de certaines sublimations, paraissait non absurde, surtout, et perd son sens en même temps qu'on le désublime. Trop de malades psychanalysés, qu'ils aient ou non eu des éducations ou des convictions religieuses, se retrouvent certes guéris de tels ou tels fixation, obsession, phobie ou blocage. Leurs éventuelles projections ou sublimations débusquées et qualifiées d'artificielles ont souvent disparu, et leurs pulsions (notamment celles liées à la sexualité) ne se retrouvent plus pathologiquement refoulées. Mais nombre de ces guéris trouvent alors le monde étrangement vide, même s'il est, parfois, tout soudain, rempli de plaisirs qui étaient antérieurement interdits, inconnus, inimaginables, et même si la névrose originelle a totalement disparu. On connaît des cas de suicide après psychanalyse, ce qui est bien le comble du trouble iatrogène !
A l'obéissance à des sublimations éliminées succède
Ainsi que Gide le pressentait la sagesse - et la santé psychique - ne consisteraient-elles pas plutôt dans un judicieux dosage entre pulsions défoulées, pulsions volontairement refoulées et pulsions consciemment sublimées, en se disant que rien de tout cela n'est malsain dès lors qu'on "l'orchestre" ? En pensant plutôt qu'il n'y a là rien que de très naturel, et que ce qui compte c'est de réaliser une synthèse aussi harmonieuse que possible de ces trois catégories de pulsions (au maniement certes délicat), à la lueur de quelque système de référence librement consenti ou élaboré, sous le permanent contrôle d'une raison aussi éclairée que possible ? Laquelle devra savoir, à l'occasion (et plus souvent qu'à son tour) fermer les yeux sur nos faiblesses bien humaines, notamment en admettant le libre jeu de nombre de pulsions que "la morale" (surtout sociale !) condamne. Mais laquelle devra aussi, en d'autres occasions, reconnaître le bien-fondé de certaines des contraintes culturelles, familiales, sociales ou autres que nous expérimentons à travers un principe de réalité opposé au tout puissant principe de plaisir. Devra le reconnaître et aussi agir en conséquence, avec tact et mesure, en navigant intelligemment entre ces deux écueils que sont la coercition moraliste (sociale ou non) d'une part, et d'autre part la soumission (qui nous fait tant de bien - à court terme au moins) aux plus fortes de nos pulsions inconscientes souvent développées, c'est sûr, au cours de notre enfance, pour des raisons circonstancielles diverses, mais tout aussi souvent simplement liées à la recherche aveugle de plaisirs primaires faute d'en connaître d'autres ! Avec, c'est tout aussi sûr, de fréquents refoulements inconscients qu'il est bon de progressivement porter à la conscience, avec l'aide d'un psychanalyste au besoin. Ce programme est-il si éloigné, finalement, de celui auquel faisait allusion Freud reproduit en exergue de cet ouvrage ? Et de certains des propos qu'il met dans la bouche d'autres que lui, c'est clair [nous voulons parler ici des pages du début de "l'Avenir d'une illusion"], mais ne combat qu'assez inégalement par la suite, nous semble-t-il ? De sorte qu'il faut être prudent, Bettelheim l'a bien vu, avant de ne conserver de Freud que l'image totalement libératrice qui nous vient à l'esprit à la première de nos lectures de ses oeuvres, image que ses disciples américains ont seule mise en relief, (et l'Amérique on le sait, a contribué à elle seule aux neuf dixièmes de l'image de marque de la psychanalyse freudienne). Pour nous Freud a entrevu que la libération n'était pas tout mais il n'a pas su aller plus loin dans l'établissement d'un système éducatif. Quant à la cure psychanalytique elle-même, telle qu'elle se pratique trop souvent chez les adolescents, notamment, là encore, aux USA il y a beaucoup à en dire: sans aller jusqu'à soutenir qu'elle est (du fait de ses effets destructurants) à la psychothérapie de l'avenir ce que la saignée et la purge (catharsis oblige ! ) étaient à la médecine moderne, et sans non plus ne voir en elle qu'une "chirurgie de l'âme" (Von Berger) nous n'en déplorerons pas moins son caractère déstabilisateur peu contestable. Peu contestable surtout pour la psychanalyse dite "de découverte", certes, mais même la psychanalyse "de soutien", qui est beaucoup plus post-freudienne que freudienne, reste trop largement tributaire du thérapeute pour ne pas être finalement considérée comme trop peu stabilisatrice elle aussi, le problème de la liquidation du transfert (positif) le souligne assez (ceci sans même parler de la durée ni du coût des traitements !).
Même si l'on ne veut pas reconnaître les effets détergents de la
psychanalyse freudienne, il reste difficile de nier qu'elle replie le malade
sur lui-même, en l'amenant à constamment "s'écouter", sans trop se
soucier de l'extérieur ni de ses semblables, lesquels pourraient en fait lui
apporter très souvent beaucoup plus sûrement
Ainsi que Marcuse l'a fort puissamment souligné, dans "Eros et Civilisation", on ne fait pas toujours assez la distinction entre le traitement et la théorie psychanalytique. Certes, la cure se fonde sur la théorie (existence de forces inconscientes, distinction ça-moi-surmoi, principes de plaisir et de réalité etc..) mais de façon qui n'est pas totalement convaincante à la fois à cause de son manque de constructivité, et parce que l'esprit dans lequel Freud la concevait a été déformé, aux USA surtout. Il faut par contre souligner la valeur de l'effort d'information consistant à montrer au patient qu'il y a en lui (et c'est là que l'apport de la théorie est fondamental) des forces inconscientes qui le font agir sans souvent qu'il s'en rende compte. Il est bon, bien sûr, également, de lui montrer que certaines de ces forces sont refoulées et que cela peut entraîner divers troubles ou blocages. Mais il faut ensuite aller plus loin et c'est une véritable psychosynthèse qui reste à définir, et à mettre en application, autant que faire se peut. Et pas seulement celle qui se résume à la reconstitution (arbitraire) de quelques-uns des "produits d'analyse" comme cela existe (surtout pour les narcoanalyses, où l'on parle alors de narcosynthèse).
Les démystifications, les "libérations" ont sinon vraiment fait leur temps, du moins franchi des bornes qui à notre sens auraient dû ne pas être dépassées. Erreur tout à fait courante lorsque surgit une nouvelle école s'inscrivant en réaction contre des pratiques et des théories elles-mêmes excessives (dans leur étroitesse et leur coercition, entre autres points) comme c'était le cas au XIXème siècle dans les sociétés industrielles (les seules qui retiendront notre attention "thérapeutique"). Surtout, on est allé dans de mauvaises directions en ne se préoccupant que de libérer l'individu de ses surmoi abusifs sans beaucoup se soucier de le libérer de ses pulsions malsaines et des excès de celles normales, ni d'encourager celles qui étaient porteuses de santé psychique - grave lacune ! Enfin, d'autres voies (non réductionnistes, elles), eussent pu (et dû) être explorées qui ne l'ont guère été (parce qu'on les considérait comme trop irrationnelles) et auxquelles il serait sans doute temps de songer de nouveau, comme le fait une poignée de chercheurs avancés qui tels Rémi Chauvin, tentent de transcrire partie de l'ancien "irrationnel" en rationnel (élargi).
Parmi ces voies la plus prometteuse nous paraît être celle d'une remise en relation sur un mode nouveau, du conscient et de l'inconscient, suite à la période d'intrusion libératrice mais quelque peu ravageuse du conscient (de la raison), dans le domaine inconscient. Ce sera donc celle que nous aborderons en avançant (prudemment) l'hypothèse que toute "santé neuronale" passerait, par exemple, non seulement par notre sens social en tant que participant normal au jeu de la société (cela, on le savait, même avant Adler) mais par une prise de distance vis-à-vis d'une conception trop matérialiste du monde, ainsi que par la reconnaissance de diverses "valeurs", à préciser, se rattachant au bon fonctionnement du monde tout entier. De sorte que des vertus curatives, fortifiantes mais aussi immunisantes seraient à rechercher par l'insertion psychique du sujet traité dans l'histoire du monde à travers sa contribution personnelle à la culture et au progrès (notamment social) du dit monde - mais peut-être tout simplement aussi par sa contribution volontaire constante à son harmonieux fonctionnement en toutes sortes de circonstances et de toutes sortes de façons - dans le cadre d'une vaste évolution générale s'inscrivant alors "au dessus" de l'histoire personnelle de l'individu. Et non plus uniquement à travers cette seule histoire supposée rendue aussi spontanée que possible et sans recherche d'aucune finalité ni d'aucune inscription dans un mouvement la dépassant, position à laquelle s'accroche la psychanalyse depuis ses débuts - quelques rares dissidents mis à part. (Là encore c'est à Binswanger, hélas si méconnu, puis Adler, Jung, et K. Horney que nous pensons le plus, excès d'imagination de Jung mis à part. Aussi à A. Gide qui écrivait qu'il convenait, pour chacun, d'assumer le plus, et le mieux possible, sa part d'humanité. Aussi, enfin, à ce poète latin qui écrivait le célèbre: "Homo sum, nihil humani a me alienum puto" (Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne saurait m'être étranger).
Freud et ses successeurs orthodoxes ont, eux, malheureusement
presque totalement méconnu ce qui ressemblait au souci d'autrui ayant besoin
d'aide, à des valeurs d'harmonie, et, a fortiori à toute référence à notre rôle
actif pour nous inscrire dans un monde éternel, signifiant (ou tout au moins
non absurde) d'une certaine façon, même, ordonné, nous dépassant, mais aussi
nous imprégnant. Comme si la référence à ce monde (que son ordre, son harmonie
générale, son sens, soient ou non fondés, là n'est pas la question pour le
thérapeute) ne pouvait avoir la moindre influence sur la santé mentale des
individus et tout particulièrement sur celle des jeunes ! Par ailleurs le
traitement psychanalytique est resté trop individualiste, trop élitiste
presque. Et puis, de l'aveu même de Freud il est loin de pouvoir être
efficacement mis en oeuvre dans tous les cas de névrose. Toutes choses qui
méritent d'être prises en considération lorsque nous plaidons en faveur d'un
dépassement et d'un élargissement de la psychanalyse, vers
HYPNOSE ET FOI
Parvenus à ce stade, il est à peu près inévitable de mettre en
avant deux "concepts-clés", lesquels ne font vraisemblablement qu'un
au niveau de la réalité neurologique cérébrale la plus fine: il s'agit de
l'hypnose (dont on retrouve divers aspects dans la psychologie des foules, donc
dans les célébrations religieuses collectives) et de
Cela ne dure généralement qu'un temps et n'est pas si facile à renouveler, car autrui (et le hasard, disons plutôt les circonstances), ont leur mot à dire là-dessus.
Cette foi permettrait de (subjectivement) pouvoir "sortir de soi" pour se fondre dans un grand "tout" (selon la description si fréquemment donnée par les croyants), de se "trouver une nouvelle dimension", de se "verticaliser", de "planer", de "se ressourcer" ou encore de "s'irriser" pour reprendre la belle expression de R. Ruyer dans son excellent ouvrage "L'Art d'être toujours content". Certes, elle n'est (en première analyse tout au moins) qu'une expérience psychique, cette foi, vécue selon des modes fort variés d'ailleurs. On peut donc, avec Freud, parler d'illusion. Mais il reconnaîtra qu'elle n'est pas forcément synonyme d'erreur cette "illusion" qu'est la foi en question. N'est-elle en effet que subjective dès lors que :
1 - on lui conçoit un support neurologique (car il se passe bien "quelque chose" au niveau de la neurophysiologie du cerveau).
2- ses effets sont souvent objectivement bénéfiques, (à commencer par le sourire - mais aussi la générosité - qui peut revenir à ceux qui l'avaient perdu !). Nulle théorie n'a pu prouver qu'il s'agissait d'une illusion au sens d'une fausse vision des choses ! (il existerait même des indices que nous développerons dans le chapitre suivant, faisant penser que c'est le cas contraire et donnant à réfléchir, à tout le moins). Au point, d'ailleurs, que nous "tirerons" la foi philosophique (que d'autres, Jaspers en tête, ont dégagée) vers une sorte de "foi biologique" et même, presque, une "foi évolutionniste", rejoignant celle de Teilhard de Chardin !
Qui donc alors, hormis quelques sceptiques invétérés faisant preuve d'intégrisme, oserait alors s'arroger le droit de les condamner sans appel ces illusions, sous prétexte que rien n'est assuré en la matière, alors même qu'on connaît les bienfaits psychologiques qu'il est possible, sous conditions d'en tirer ? Ne saurait-on imaginer que derrière telle ou telle "illusion" une psychosynthèse privilégiée soit effectuée (serait-ce un "câblage" réalisé par nous-mêmes ?) unissant de façon inconnue néo-cortex et système limbique, ou néocéphale et paléocéphale, hypothèse avancée par Koestler ["Le cheval dans la locomotive"], de nouveau Ruyer et quelques autres, ou hémisphère droit et gauche, hypothèse de Laborit ["Dieu ne joue pas aux dés", 1987] ? Ne saurait-on alors au vu des effets bénéfiques et enrichissants exceptionnels que déclencherait cette connexion, à tout le moins parler de vérité psycho-biologique - rejoignant d'ailleurs peut-être une vérité sociobiologique [R. Chauvin, op. cité] ? Nous n'en serions pas très surpris, et serions, en conséquence, fort tenté d'utiliser ce phénomène (qui révèlerait une sorte de "loi de la psychologie des profondeurs") à des fins psychothérapiques ou psychotoniques. En le rapprochant de l'apprentissage - il s'agirait en fait d'un très grand et très fondamental apprentissage ! - qui, pour l'éminent F.Jacob paraît consister précisément ("Le jeu des possibles") en "la sélection de certaines synapses disponibles se combinant en circuits fonctionnels". (Les "bénéfices" psychosomatiques éventuels nullement prouvés mais possibles - s'inscrivant, quoique exclus de notre réflexion, vraisemblablement dans la même perspective [Mac Lean, "Psychosomatic disease and the visceral brain"]).Et de l'apprentissage en question à une pédagogie qu'il s'agirait de promouvoir à grande échelle, il n'y a qu'un pas - que nous ne nous sentons pas le droit de ne pas franchir !
La foi est d'ailleurs reconnue comme l'élément le plus fondamental dans presque toutes les religions ; le bouddhisme zen (branche chinoise, par opposition à la branche hindoue) la reconnaît comme expressément psychothérapique, car destinée à faire naître par le biais d'une finalité (notion qui nous paraît en fait beaucoup moins efficiente que celle d'organisation ou de non absurdité du monde), un sentiment de contentement et de plénitude chez ceux qui sont peu satisfaits de la vie (J.G. Mac Kenzie, "Etudes sur les pouvoirs structurants et déstructurants de la foi religieuse", 1951). William James n'eût pas dit mieux ! D'un autre côté lorsqu'on se laisse convaincre par une idée ou par une théorie (notamment philosophique) cela n'équivaut-il pas à en quelque sorte "croire" en elle ? N'y a-t-il pas alors une forme d'hypnose ou de suggestion générée par ladite idée ou théorie ? La notion de pouvoir hallucinogène de certaines idées aurait-elle un sens -lié à ce que l'on pense être leur validité ? "L'hypnose" en question ne saurait-elle conduire à une espèce de foi, philosophique au moins, si la croyance en la vérité des diverses idées et théories avancées est suffisamment ancrée ? "Décider de croire" (en connaissance de cause) n'est-ce pas, finalement, l'exact opposé de "croire" (bêtement, ou sur parole extérieure) ?
Quelle pourrait alors bien être la transcription biologique précise des mécanismes, câblages, connexions ou mixages hormonaux, conduisant à la foi - et à une foi non seulement philosophique (croyance en une vérité par exemple) mais encore en une foi plus de type religieux (avec croyance en un "devoir" ou en une "présence" par exemple) ? Cette transcription varierait-elle (et comment ?) selon les diverses croyances et "fois" ? Quelles "fois" pourraient-elles le cas échéant être "prescriptibles" si l'on parvenait à isoler et éliminer les néfastes effets de dépendance qui l'accompagnent dans le cas des religions ? Voilà les questions auxquelles il s'agira, dans l'avenir, de répondre. Du strict point de vue de l'agnostique, point de vue qui est au départ le nôtre, et par delà les considérations, citées, de Freud et Feuerbach sur la religion, il est intéressant de se demander comment des phénomènes hypnotiques pourraient à eux seuls, rendre compte de ce qui subsiste d'effets bénéfiques de la foi de type religieux (après élimination de son éventuelle part de "malsain"). Il s'agit essentiellement de la ferveur, de l'intégration dans un "ordre des choses", conduisant, entre autres avantages, à la disparition de tout ce qui peut, de près ou de loin, ressembler à une angoisse (ou un simple souci) existentiel. Ne saurait-on, alors, sans s'engager trop loin, (et sans parler comme Adler de "principe cosmique", car cela ferait immédiatement péter de rire le sceptiques confirmés, gens finalement, hélas, rarement plus embaumants que les fosses du même nom tant ils empêchent - involontairement, certes - toute structuration des jeunes lorsqu'ils les imprègnent de leurs idées) ne saurait-on, donc, voir tout de même un " petit autre chose" en filigrane derrière tout cela, qui agite l'humanité depuis la nuit des temps, sans que cela ait cessé (sinon temporairement aux XVIIIème et XIXème siècles) avec les découvertes de la science ? Agitation qui est loin d'être dissipée, de nos jours puisque la connaissance la plus moderne nous ouvre des horizons de plus en plus vastes et devient de moins en moins en mesure de justifier un réductionnisme intégral. Serions-nous alors fondés à examiner avec sérieux le point de vue d' E. Schuré (Les grands initiés) : "Les sages et les prophètes des temps les plus divers sont arrivés à des conclusions identiques pour le fond, quoique différentes dans la forme, sur les vérités premières et dernières...Ne peut-on dire, après cela, qu'il y a, selon l'expression de Leibnitz, une sorte de philosophie éternelle, perennis quaedam philosophia, qui constitue le lien primordial de la science et de la religion et leur unité fondamentale ? " (Répondre à cette question dépasse nos capacités, mais c'est sans importance car cela n'est probablement nullement indispensable pour notre propos: le seul fait d'envisager l'existence de ce lien fondamental entre science et religion, sans même en connaître la "formule" pourrait en effet bien suffire au titre de l'action logothérapique.)
Le pouvoir (apaisant ou excitant ou inquiétant) de certaines idées doit, en tous cas, bien venir de quelque chose et la croyance en la vérité de la susdite philosophie pourrait bien être l'élément causal en question, dans le cas de l'effet réconfortant. Resterait à trouver tout de même sinon sa véritable formulation (éventuelle) du moins quelque chose pouvant plausiblement s'en rapprocher, et cela devient bien sûr, une autre histoire, semblable un peu à celle du compositeur recherchant à l'oreille les meilleurs accords harmoniques pour ensuite les transcrire sur le papier et en faire profiter l'humanité tout entière.
Qu'y a-t-il, par ailleurs (ou est-ce du même ressort ?) derrière des notions comme la générosité (au sens large), le respect d'autrui, certains pardons, la "bonne action", bref les "oeuvres" qui se retrouvent, à des degrés divers dans les grandes religions ? Ne serait-ce pas, pour une (large ? ) part, des concepts liés à ce mécanisme d'amour-transfert qu'il serait parfois bon d'activer volontairement et qui aurait des vertus aussi énigmatiques (quant à leur origine) que bienfaisantes ? Ne serait-ce pas également, notamment pour l'éthique (sociale ou personnelle) l'inscription volontaire dans un contexte d'harmonie ? Idées fort vagues, nous l'admettons, mais, de nouveau, tout cela ne serait-il pas lié à une vérité, peut-être "cosmique", après tout, telle que susmentionné ? Laquelle serait, elle même, sous la forme d'un bioprogramme, inscrite dans notre cerveau - mais potentiellement seulement, ou virtuellement. Et il s'agirait, par des pensées et des choix adéquats (en utilisant cette liberté dont nous sentons l'existence en nous), de bien nous aligner sur elle, ou de bien nous "connecter" (en termes de circuits neuronaux) pour en tirer profit. Avec, sans nul doute, l'aide de la volonté, mais, pourquoi pas aussi, celle de la foi (sous une forme ou sous une autre, y compris sous forme d'une "volonté - éclairée - de foi" - que nous nommerions volontiers confiance existentielle ou fidéité -, en un monde globalement harmonieux, humanité comprise, en dépit du faible fondement apparent d'un tel optimisme en ce qui concerne l'humanité vue sous bien des angles...) ? Voilà quelques-unes des réflexions qui pourraient habiter les psychothérapeutes de demain, et les neurophysiologistes d'après-demain concernant l'hypnose. Mesmer et Braid au XVIIIème siècle puis Charcot, Babinski, Bernheim et même Freud l'avaient soupçonnée d'être thérapeutiquement efficace. Mais les résultats enregistrés devaient s'avérer très inégaux et Freud renonçait assez vite à l'hypnose pour traiter ses patients. Les traitements modernes par hypnose (pour des troubles à composante organique) ne débouchent sur rien de bien spectaculaire, pour ne pas en dire plus, en dépit des efforts d'une sophrologie qui reste très symbolique - sauf peut-être comme aide anesthésiologique (et comme source de dollars, cela va de soi !). Rien de bien clair ne ressort non plus des narcothérapies, même chimiquement très adjuvées (narcoanalyse).
Il apparaît alors que si "créneau" il y a pour l'hypnose (ou pour la suggestion plutôt) c'est celui, purement psychologique, effectivement occupé depuis toujours par les seules religions : celui apportant la joie et le bonheur par la foi, avec des variantes allant de l'extase jaculatoire à la sérénité de toute une existence avec hélas, nous l'avons dit, la soumission-dépendance et divers troubles à redouter en cas de terrain fragile. Mais dans une bonne majorité des cas l'efficacité variait de "l'assez bon" à "l'excellent". Si toutes sortes de névroses pouvaient parfois être générées, toutes sortes d'autres névroses pouvaient être guéries - notamment celles liées à l'anxiété, aux carences affectives, à la dépendance vis-à-vis de l'argent et de la puissance etc. L'adaptation sociale et le degré de développement éthique des enfants élevés religieusement se trouvaient généralement fort corrects. Ce qui était bien sûr, à double tranchant (dans le cas de l'adaptation sociale) car alors les germes contestataires bénéfiques qui eussent lutté contre les injustices sociales ou les abus de pouvoir se voyaient étouffés dans l'oeuf... Nous parlons à l'imparfait car de nos jours bien peu d'enfants ont une éducation religieuse telle qu'on la concevait jadis. C'est heureux sur bien des points, et peut-être un peu moins heureux sur d'autres - à nous de faire la sélection pour le futur !
Notre référence à la suggestion en matière de thérapie religieuse
évoque naturellement
Ceci nous pousse aussi à mentionner la chitamnie du Pr Baruk. Cette psychothérapie, basée sur une confiance qui pourrait tout aussi bien s'appeler fidéité, s'inscrit parfaitement dans le cadre de notre réflexion, en dépit du fait qu'elle ne nous a pas paru aussi totalement dégagée de toute emprise religieuse (hébraïque en l'occurrence) qu'il eût été souhaitable pour un scientifique comme cet éminent psychiatre [Baruk, "Traité de psychiatrie", Masson 1959 et op. cité]; (Baruk ne nous parle-t-il pas de "l'âme" comme s'il s'agissait d'un organe anatomique dûment catalogué et observé, quasi dissécable ? ).
On ne pourra en tous cas plus guère fermer la porte à un rapprochement valable entre religion et psychothérapie, rapprochement que la "foi-autosuggestion", "l'hostie-médicament placebo" ou la "confession-psychanalyse" paraissent établir de façon non équivoque, d'autres "binômes" pouvant surgir tels le "culte et la thérapie de groupe". On serre désormais les mains de ses voisins connus ou non, en souhaitant que "la paix du seigneur" soit avec eux, à la messe et dans bien des temples protestants. Ceci tout comme un contact physique et des échanges verbaux sont recommandés dans certains groupes thérapeutiques, aux USA, groupes qui sont eux aussi dirigés par un maître de cérémonie, opérant parfois selon tel ou tel "rituel" - médical cette fois, mais où l'hypnose collective n'est pas beaucoup plus absente qu'elle ne l'est à la messe...
A l'origine, d'ailleurs, il n'y avait de thérapie que religieuse si bien qu'après avoir reconnu l'aspect thérapeutique de diverses pratiques religieuses nous pouvons compléter le tableau sur l'autre bord en soulignant l'aspect religieux de pratiques médicales. Sans même parler de la magie primitive dans laquelle il était impossible de distinguer le religieux du médical l'histoire de la médecine fourmille d'exemples confirmant cette parenté.
En médecine assyro-babylonienne le péché et la maladie étaient une
seule et même chose et pour guérir un mal, une faute devait être confessée (et
en cas d'échec on passait à d'autres thérapeutiques ...) (1) [Pelicier,
"Histoire de la psychiatrie", PUF] - et l'on retrouve, par l'approche
médicale cette fois,
D'une façon générale, si l'on prétend que la médecine est un sacerdoce, ce n'est peut-être que parce qu'elle a fort longtemps authentiquement été... sacerdotale avant de devenir le business qu'elle est de plus en plus, inévitablement, maintenant ! Rien d'étonnant, donc, à ce que l'on puisse très valablement envisager de réexaminer cette parenté en prenant en compte les données les plus récentes de la connaissance -dans le seul domaine de la psychothérapie (nous ne soulignerons jamais assez que le somatique n'est pas notre problème). Et ceci sans esprit d'hostilité aucun envers les religions en place. Nous aurions plutôt tendance à éprouver quelque admiration pour leur apport humanitaire globalement plutôt positif (malgré les guerres de religion) et surtout pour le génie intuitif de leurs fondateurs : il convient de réaliser que ces êtres comprirent, ou devinèrent, il y a fort longtemps, quelques-unes, et non des moindres, de ces lois de la "psychologie des profondeurs" qu'avec tout notre bagage scientifique ultra sophistiqué nous commençons à peine à dégager, fort péniblement à cela ! Le fait que les fondateurs, et leurs apôtres, puis les autorités religieuses en aient généralement "rajouté" (l'esprit de sacrifice ou la renonciation aux biens de ce monde pour les chrétiens et l'obéissance au clergé, outre trop de perfectionnisme et d'intolérance pour presque tous) n'enlevant que peu à la valeur de certaines de leurs découvertes. Leur génie leur a bien évidemment valu d'être considérés comme des dieux - ou des messies - ce dont ils étaient évidemment eux-mêmes, en toute bonne foi (c'est le cas de le dire) tout à fait convaincus. Ceci exactement comme les gens qui découvrent par hasard quelque chose de tout à fait extraordinaire ont tendance à se dire qu'ils doivent être spéciaux..
En deçà d'une chitamnie par trop religieuse, dans la lignée de celles des psychothérapies existentielles, qui insistent sur la nécessité de faire retrouver au patient son identité profonde, son "sentiment d'être" (intégré dans son monde), presque sa raison d’être, nous concevrions volontiers une psychothérapie préventive s'articulant sur ce qu'il y a de médicalement intéressant tant derrière la logothérapie que derrière les religions : l'adhésion à une thèse positive relative au monde et à sa non-absurdité, quelle qu'elle soit, et la fidéité (qui peut alors être considérée comme une sorte de "fidèité existentielle"), qui l'accompagne, dès lors qu'elle n'est pas incompatible avec ce que la raison nous dit, et dès lors qu'elle est signifiante, constructive, harmonieuse.
"La foi", a dit un grand docteur de l'Eglise,
"est le courage de l'esprit qui s'élance en avant, sûr de trouver
Outre de fidéité, c'est de crédivité que nous parlerons (ce terme n'est pas nouveau, lui) sans que ce soit de la crédulité pour autant. Ceux qui ne pourraient expérimenter cette crédivité, cette capacité de croire (modérément mais suffisamment) en ce qui est raisonnablement crédible seraient un peu des infirmes, nous semble-t-il. Ceci plus encore que ne le seraient, par exemple, ceux qu'un excès de sens critique (ou de pseudo-cartésianisme) empêcherait de "se plonger"(temporairement) dans un roman ou dans un film sous prétexte que "c'est faux". C'est vrai que c'est faux ! Mais de quelles joies ne se privent-ils pas (involontairement) - et de quels facteurs d'équilibre, en certaines circonstances....
Et puis, est-ce vraiment si "faux", si l'on tient compte des éléments de vécu que l'auteur fait passer dans son imaginaire ?
Qui peut de la sorte dire si notre capacité d'adhérer - ne disons surtout pas de croire (sans fanatisme indispensable !) - à de l'"imaginaire" tout en conservant notre sens critique - et, a fortiori de croire en du "peut-être faux mais peut-être, et plus probablement, vrai, bénéfique", ne fait pas partie de notre personnalité de base, de notre nature humaine, même, lâchons le mot, et qu'alors, à ce titre, il convient peut-être de ne pas systématiquement la récuser ? Mis à part Mikel Dufrenne ("Pour l'homme"), ni Kardiner, ni les autres spécialistes de la nature humaine ne se sont beaucoup penchés sur cet aspect de la question (sinon pour voir un progrès dans le passage de la crédulité considérée comme infantile à l'incrédulité, considérée comme signe d'évidente maturité !)
Ne devrait-on pourtant pas présenter cette question en la nuançant considérablement ? Ne pourrait-on même penser, qu'au contraire, il y a dans cette maturité là quelque mutilation psychique ? Mutilation qu'il conviendrait alors d'éviter - sans tomber pour autant dans l'excès inverse ni d'ailleurs dans la recherche systématique d'une normalité, d'une nature humaine qui serait trop limitative, en plus d'être trop indéfinissable. Et serait fatalement vouée à une vive controverse, dans la perspective de notre psychothérapie "synthétique" - synthétique répétons-le au sens de syncrétique, la synthèse en question, s'efforçant de "concilier" harmonieusement conscient et inconscient, raison et pulsions, crédivité et esprit critique, égoïsme et altruisme, vie sur le mode "avoir" et vie sur le mode "être" selon des schémas développés dans la suite de l'ouvrage.
Précisons également que le sens du terme psychothérapie est pour nous celui que retient H.Ellenberger (op. cit.) : c'est une "utilisation optimale des forces psychiques inconscientes" (supposées existantes) que Janet et Freud ont été les premiers à mettre en avant. C'est la "dynamic psychiatry" laquelle contient une·référence implicite à un état vers lequel on doit tendre, celui de santé psychique ( il est à noter que le mot "psychiatry" a, aux USA, un sens très faible équivalent bien plus à la psychothérapie européenne qu'à la psychiatrie). Si Freud a su reconnaître le fonctionnement de certaines de ces forces mieux que et avant quiconque, et si sa thérapie analytique a su supprimer la plupart des entraves à leur libre jeu -ce qui est déjà un fort beau résultat - il ne lui est apparemment pas tellement venu à l'idée qu'il pouvait y avoir des conditions à respecter - ou à instaurer - pour que leur jeu d'ensemble soit, comme celui d'autres organes d'ailleurs, aussi harmonieux que possible (voire aussi adapté que possible à une fonction, et non pas seulement aussi libéré que possible de tout ce qui paraissait malsain). Cette fonction nous est assurément inconnue actuellement pour le psychisme (mais ne peut-on admettre que ce soit le bonheur et l'équilibre de l'individu, voire, de son groupe zoologique -ou est-ce plus que cela ? ) tandis que pour un organe cette fonction est évidente, et qu'alors si supprimer les entraves est la première chose à faire, remettre les organes dans la disposition adéquate reste le deuxième pan du diptyque qu'il ne s'agirait pas d'omettre et qui, nous l'avons dit, n'apparaît que bien timidement ou pas du tout dans la psychanalyse traditionnelle.
Enlever l'éclat d'obus est bien, prendre ensuite soin des tissus lésés ne doit pas être négligé pour autant, dirions-nous en simplifiant - et en rappelant qu'une rééducation fonctionnelle est souvent nécessaire après une intervention. Or même les psychothérapies les plus avancées qui admettent cela butent sur une absence de fondement théorique susceptible de rallier un groupe médical significatif autour de lui. Ce qui aboutit à une dispersion assez spectaculaire mais assez peu profitable aux malades : tout se passe comme si on ne savait pas reconstruire, en ordre, ce qui était grippé ou bloqué en situation de désordre et ne l'est plus. Ceci faute d'un "modèle" à proposer, l'état de référence (état sain) n'étant pas aussi clairement défini psychiquement qu'il l'est physiologiquement. Tout se passe comme si le malade allait faire ce travail lui-même. Ce qui n'est pas rare chez l'adulte mais est beaucoup moins fréquent chez l'adolescent (cf. Bettelheim op. cité). Que proposer alors sans tomber dans un"système" dont il serait facile de montrer le caractère abusif de tout ce qui ressemblerait à du normatif...?
SUR
Eugène Bleuler, le "père" de la schizophrénie, voyait dans cette affection la composante universelle des maladies mentales. Son point de vue reste très dominant, notamment aux USA. Spinoza soulignait déjà que l'obéissance totale à nos pulsions (alors dénommées appétits, ou impulsions, ou passions comme chez Descartes) nous coupait des autres. Il apportait (par avance) de l'eau au moulin de la schizose dissociative de Bleuler.
Nous aurions, nous, tendance à rechercher une composante universelle de la santé psychique, (qu'il s'agirait d'apporter à chaque enfant par le biais d'une éducation appropriée), et la verrions volontiers précisément dans une sorte de confiance en l'harmonie globale du cosmos qui se situerait, si l'on ose dire, à une sorte de carrefour de l'amour, de la raison et du sens social et ne serait pas sans parenté psychologique avec la foi religieuse, c'est probable mais se caractériserait avant tout par la reconnaissance de notre liberté existentielle : seuls dans le grand monde organique et inorganique nous aurions la faculté d'échapper au déterminisme, et aussi d'assumer cette faculté une fois reconnue en la faisant passer dans les rapports que nous décidons d'établir avec la nature et avec nos semblables. Ce qui nous apporterait peut-être bien un "plus" psychique considérable en prime.
A la névrose dissociative s'opposerait ainsi une antinévrose associative à laquelle il resterait souvent à trouver une composante "support humain": il semblerait bien, en effet, qu'un individu ne puisse facilement (au moins dans un premier temps) se contenter de porter son élan, sa ferveur, son amour et sa foi sur une "vérité" sans en même temps s'adresser à quelque semblable qui "représente" cette "vérité", et, de façon ou d'autre, s' inscrive en elle (par son enseignement, par son mode de vie, par son exemple etc..) . Voilà pourquoi les religions - l'Islam quelque peu moins - ont toujours eu des prêtres et des chefs spirituels dont la présence et le soutien étaient indispensables à bien des fidèles. C'est ce besoin d'appui, de relais humain entre le sujet croyant et l'objet de sa croyance que les fondateurs de religions ont compris, eux qui rendent heureux le fidèle en l'intégrant dans ce qui lui paraît être la communauté de son dieu et des hommes avec parfois un ou plusieurs messies ou prophètes comme intermédiaires supplémentaires. Et c'est là où l'instituteur laïc prend toute son importance dans une société refusant de s'inféoder à telle ou telle religion ! Il est, en effet, le mieux placé pour jouer ce rôle, s'il le veut bien (et, après lui, ou à sa place, le conseiller d'éducation - si on lui confère des pouvoirs en matière d'enseignement de sujets non traditionnellement enseignés).
Quoi de plus associatif, quoi de plus antischizophrénique dès lors, que cette "participation" de type religieux (même dans le cas de l'instituteur laïc, et l'on parlera alors de religinalité).
Ne saurait-on s'inspirer de cet exemple un peu plus et un peu mieux que cela n'a encore été fait en psychothérapie, pour ce qui touche aux problèmes de l'adolescent - sans oublier qu'il conviendra ensuite de précisément lui enseigner la liberté, sa liberté, jusqu'à ce qu'il n'ait plus besoin d'appui (et serve à son tour d'appui - temporaire - à d'autres...) ? Les efforts de mise en place de structures sociales appropriées, prolongeant ceux d'insertion professionnelle, vont certes déjà dans ce (bon) sens mais restent souvent fort insuffisants et sont parfois difficiles à réaliser, auquel cas des substituts qualitatifs restent bienvenus, répétons-le. Mais il faudrait tout d'abord dégager quelques idées force de type sinon dogmatique (surtout pas ! ) du moins persuasif - qui puissent apparaître comme vérité profonde plausible donc comme objet de crédivité en attendant de pouvoir servir de support à une fidéité. Et il faudrait définir à partir de cette "plateforme intellectuelle minimum commune" (P.I.M.C.) un programme que l'instituteur du monde de demain puisse enseigner, en plus des matières habituelles !
C'est autour des deux notions de "nature" et de "personne" que nous proposerons de construire cette P.I.M.C. avec son programme pédagogique (P.P.M.C) correspondant. En attendant des éducateurs spécialisés ce sera aux enseignants du primaire (et bien sûr aux parents) que nous proposerons de jouer le rôle de "prescripteurs" des valeurs que le P.P.M.C. proposera de retenir comme telles. Ceci afin que l'enfant soit "pris en charge", très tôt, entre une "vérité" (qui lui sera explicitée - et sera alors soumise à sa critique, plus tard, ce que les religions se gardent bien de faire) et des soutiens humains qui, tout en prônant (voire en représentant ?) cette "vérité", accompagneront l'enfant dans ses convictions (non encore fondées en raison) aussi longtemps que faire se devra.
Le mot de "nature" ne surgit pas sous notre plume de
façon inopinée à propos des relations entre médecine, philosophie et religion.
Les antécédents ne manquent pas et de nombreux penseurs ont rapproché ces
éléments deux à deux, avec cette constante pensée qu'il était bénéfique pour
l'homme de le faire ; ainsi de Marc Aurèle : "Souviens-toi que la
philosophie ne veut pas autre chose que ce que veut la nature. "Avant lui,
le grand Pythagore annonçait : "Je ne donne qu'à la nature le nom de
sage". Et bien plus tard ce curieux personnage médical qu'est Paracelse
dira: "Il faut étudier
Il convient toutefois de rappeler qu'un dissident freudien peu suspect (à la différence de Jung) de faire le jeu des religions, Adler, allait dans ce sens. Adler, est passablement sous-estimé de nos jours. On ne voit guère en lui que le père du complexe d'infériorité alors qu'il est plutôt le Confucius de l'Occident ("Connaissance de l'homme", "Le sens de la vie" etc.) Il inscrit son "principe d'influence cosmique" dans un cadre philosophique - très moniste - non sans lien avec la nature précisément. Cette nature (ô combien mystérieuse mais pas forcément mythique pour autant, pensons-nous) constituera ainsi à la fois l'axe de recherches auquel nous aboutirons et celui que nous proposerons au lecteur de retenir dans la perspective d'un rapprochement avec la foi, l'hypnose (ou la suggestion) restant à l'arrière-plan immédiat de ce rapprochement.
Or il se trouve que ladite nature, prise dans un sens plus concret, fait l'objet d'une sorte de culte de la part des écologistes - tout comme elle l'a fait dans les temps les plus reculés du chamanisme, de l'animisme et de divers cultes antiques occidentaux aussi bien qu'orientaux (taoisme). C'est donc une fidéité "psychoécologique" que nous retiendrons comme base de recherches et d'expériences éventuellement inductives pour une nouvelle psychothérapie (douce, synthétique et non plus catharto-analytique) reposant sur une certaine idée de la nature, et, à titre immunologique, vers une psycha-gogie non religieuse susceptible de faire face aux problèmes de la vie moderne sans en rejeter les bons côtés. Cela en parfaite connaissance des mises en garde des signataires de l' "Appel d'Heidelberg" face aux montées d'un mysticisme écologique New Age qui leur paraît plus que suspect, et on les comprend ! Mais leur position hyper rationaliste nous paraît pouvoir encourir quelques reproches également, dans son manque d'ouverture d'esprit ! (Voir à ce sujet "Le Monde des Débats" oct. 92).
Quant à la "personne" qui, aux côtés de la nature, est l'autre élément clé du "projet intellectuel minimum commun" (P.I.M.C.) proposé, élément tout à fait fondamental qui nous place très en marge des philosophies (ou religions) de la seule nature (extérieure) nous développerons plus loin la signification que nous lui conférons, dérivée de celle d'E. Mounier.
PSYCHOECOLOGIE ET ECOLOGIE MEDICALE
Le terme de psychoécologie proposé pour ce qui peut aussi bien
être considéré comme (ou nommé) un yoga mental pourra surprendre mais n'oublions
pas qu'il existe déjà toute une écologie médicale. Elle n'étudie, pour l'heure,
que l'incidence du cadre de vie extérieur sur
De sorte que même si la phase proprement logothérapique, celle de la réflexion sollicitée en face d'un discours s'apparente bien aux psychothérapies vraiment existentielles (celles ne s'inspirant pas d'une idéologie du corps ou du plaisir, sans voir plus loin,- ou plus "profond" ! ) elles-mêmes non sans parenté avec l'eudémonisme aristotélicien, l'eutonologie d'un H. Laborit ou l'eutrophie psychique de philosophes tels R. Ruyer, J. Cazeneuve ou Gregory Bateson il restera à la psychoécologie une caractéristique propre, qui nous permet d'avancer le terme de vaccination psychique ou psychanalytique, celle d'une préparation psychologique préalable.
Certes directement inspirée de l'exemple religieux puisque les religions occidentales préparaient (par catéchisme et éducation religieuse interposés, notamment) les esprits dès leur plus jeune âge. Mais il n'était alors pas question de préparation temporaire, et la réflexion critique de l'adolescent était accusée de sentir le soufre si elle ne corroborait pas ensuite l'enseignement de l'enfance... Mais la liberté de l'homme (essentiellement celle de faire le "bien" ou le mal, il est vrai) était clairement mise en relief, ce qui était déjà un grand progrès par rapport à ces religions où l'homme était le jouet d'un destin érigé en divinité (ou tout au moins se sentait tel).
LES DEUX ASPECTS DE
Ainsi la psychoécologie se présentera-t-elle en deux phases, sans que l'on puisse parler, pour la première phase, de conditionnement de type religieux non plus que de skinnerisation comportementaliste (Skinner, "Par delà la liberté et la dignité", Laffont 1972 - Marc Richelle, "Skinner ou le péril behavioriste", P. Mardaga, 1977 etc..). Il s'agira plutôt en fait, de lutter contre ce qui est déjà conditionnement dans notre société où divers types de "mise en conformité" (notamment par publicité, déguisée ou non), façonnent le (futur) "client" ou le futur "agent de production" avant même qu'il dispose du moindre pouvoir (de décision, d'achat ou de production) donc du moindre intérêt pour ceux qui se préparent à tirer de lui avantage et profit et pratiquent la skinnerisation précoce exactement comme ils investissent pour l'avenir. En ne faisant là rien de "mal", apparemment, d'ailleurs: ils jouent leur jeu socio-économique ! Mais ce jeu n'est pas sans dangers car il peut parfois contribuer à déséquilibrer ces êtres vulnérables que sont les enfants !
Tout d'abord, il convient de se souvenir que l'enfant s'insère
dans une totalité bio-psycho-sociale, sans la prise de conscience de laquelle
tout effort de psychopédagogie médicosociale sera voué à l'échec [Pr J. Delay,
"Problèmes de psychologie médicale", 1952]. Comme il se trouve en
outre que "l'histoire d'un caractère est toujours dans une large mesure
l'histoire de ses contacts"· et que "la santé mentale des jeunes est
en grande partie le problème de la communauté avant d'être celui du
médecin" [Pr Robert Lafont, Montpellier, Président de l'Union mondiale des
Organismes de sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence] nous inviterons nos
lecteurs à rien moins que de participer personnellement et activement à notre
effort -si ces modalités leur conviennent bien évidemment et à étendre leur
action au plus de couches possibles de
C'est que "la drogue" ne se limite pas à la drogue
chimique...ou plutôt qu'il faut déplacer la chimie depuis le produit vers le
neuro-effecteur mis en branle, et se mettant à faire tourner en rond certains
circuits cérébraux activant des pulsions, apparemment, et considérer que cette
substance-là, mise en action de diverses façons (dont sans doute par certaines
formes de publicité-action psychologique directe) est fort néfaste elle aussi.
On le voit avec le pouvoir politique ou financier qui monte si pittoresquement
au "bourrichon" de tant de petits esprits (même - ou encore plus - si
c'est seulement le mari qui a "réussi"). Or, au stade actuel, il
n'est guère question de l'annihiler, ce neuro-effecteur, responsable de
pulsions dont il est aussi difficile de se défaire que d'un stupéfiant,
autrement qu'en empêchant sa formation. Cela afin d'éviter le malsain voire
dangereux court circuit entre désir et volonté et la liaison réflexe :
"désir - volonté - acte" qui devrait toujours être, dans une optique
de liberté et de responsabilité, une liaison contrôlée "désir - réflexion
sur ce désir - volonté - acte". Ceci avec une réflexion non seulement en
termes de contraintes (externes) de société, mais encore en termes
d'autocontraintes au nom de la raison et de l'harmonie, lesquelles vont souvent
plus loin que les exigences de la vie sociale. Ceci étant également valable
pour ces anti-désirs que sont la répulsion et le "peu d'envie " (de
lire, de faire de l'exercice physique pour sa santé, de faire acte de
générosité etc..). Avec des conséquences aussi étonnantes que le souhaitable
refus de (ou au moins la plus vive des méfiances envers un excessif
enrichissement en biens inutiles. Refus probablement d'autant plus nécessaire
que cette richesse pourrait bien être (pas toujours, certes, mais néanmoins
parfois) non pas la "réussite" que tant de gens imaginent mais bel et
bien le plus redoutable des cancers : celui de
En ce qui concerne la toxicomanie, aussi bien que les troubles
liés à une dépendance excessive vis-à-vis d'objets recherchés trop âprement au
prix de trop d'aliénation (sens faible ! ) voire de risques, un consensus
existe sur le fait qu'il convient de s'attaquer de plus en plus tôt à ce
problème. Et, SANS SURTOUT PERDRE DE VUE LE FAIT QUE LE DROIT DE PRENDRE DES
RISQUES FAIT PARTIE DE
C'est donc très très tôt (parce qu'autrement ce ne serait plus possible) qu'il conviendrait d'empêcher la formation des circuits mentaux "stupéfiants" à l'apparence de cercles "vicieux" si fréquents chez l'adulte où la recherche de satisfactions et de plaisirs coûteux, nouveaux (indubitablement superflus eux ), et celle d'une supériorité sociale bien discutable, voire bien douteuse, ne sert fort clairement, plus qu'à compenser les frustrations et les déséquilibres que l'inévitable (et pénible, ne serait-ce que parce que l'argent est difficile à gagner) paiement du coût des plaisirs et satisfactions superflus précédents avait entraînés - et la boucle de dépendance se referme... Boucle dont la seule façon de se libérer est d'éviter la formation (car il n'est pas question de s'en sortir seul beaucoup plus qu'on ne se sort seul de la toxicomanie) ce qui exige l'intervention d'éducateurs "préventeurs" extérieurs. Certes on ne meurt pas souvent de cette "toxicomanie" là, mais cela ne l'empêche pas d'être suffisamment toxique pour empoisonner bien des existences dans les sociétés civilisées, voire pour empoisonner ces sociétés elles-mêmes, au bout du compte, et l'on ne voit pas comment l'éviter, elle, sans avoir préalablement mis en place toute une stratégie psychothérapique nouvelle à grande échelle.
C'est aussi dans cette perspective que se situera la préparation psychologique temporaire que nous proposerons de pratiquer dans le cadre d'une véritable campagne de désintoxication préventive basée sur un rapprochement avec tout ce qui peut être évocateur de la "nature". Nature incluant en fait tant la culture que le groupe social, et au contact de laquelle, et dans le respect - voire même le culte ! - de laquelle l'enfant grandirait un peu comme, dans certaines sociétés orientales ou africaines non encore occidentalisées il grandit dans un monde (religieusement) ordonné - et ceci pour son plus grand bien en termes d'équilibre psychique, s'il sait éviter l'asservissement à des dogmes et à des prêtres.... Cela ne signifie nullement que nous préconisons le retour à la vie primitive, loin de là ! Mais pourquoi ne pas reprendre ce qu'il peut y avoir de bon dans sa simplicité, dans la mesure du possible ? En ne gardant de l'hypersophistication envahissant nos vies que ce qui est indispensable ou absolument bénéfique (qui donc, par exemple, peut encore réparer soi-même son allumage ou son moteur ? Tout est devenu électronique et irréparable ou presque, et les rares voitures encore à notre "échelle d'entendement" disparaissent pour des modèles dont le fonctionnement dépasse tous ceux qui ne sont pas spécialisés - parfois dans un seul modèle, d'ailleurs ! ).
Il s'agira en quelque sorte, de faire jouer à l'enfant, sur toute la période de son enfance un "antipsychodrame" (sans que l'on puisse pour autant parler de pure comédie...) Antipsychodrame qui favoriserait, pensons-nous, sa santé psychique, (surtout s'il s'inscrit dans l'ambiance familiale harmonieuse souhaitable ou pas trop dysharmonieuse, en tous cas) en lui apprenant à se méfier de la spontanéité et de ses excès, vite commis, aussi bien que des sollicitations de l'environnement. (Rappelons pour mémoire que le psychodrame et le sociodrame de Moreno "Fondements de la sociométrie", PUF 1954 sont des entraînements à la spontanéité - supposée par trop brimée ce qui n'est assurément pas le cas chez tous).
Si l'homme naît "parfait", ainsi que Rousseau et Tolstoï (plus quelques autres) le soutiennent, c'est dans la mesure où ses pulsions (apparaissant, par ailleurs, très tôt) n'ont pas encore été mises au contact des objets qui les suralimentent. Mais si l'enfant est, en effet, (malgré quelques poussées possessives virulentes, voire des tendances perverses et sadiques chez certains, avec les petits chats p . ex., tendances très aisément réformables, sauf cas pathologique ) "plus près que chaque adulte de cet idéal de l'harmonie, du vrai, du beau et du bien jusqu'où il s'agit de l'élever" (Rousseau)- au fur et à mesure qu'il grandira il s'en éloignera, si ses pulsions ne trouvent pas en face d'elles un interlocuteur informé et décidé à les tenir en laisse, au lieu de les laisser vagabonder. Ce qui nous paraît être le fondement d'une éducation psychique qui n'est pas encore reconnue, alors que l'éducation physique l'est depuis longtemps. C'est que l'on redoutait - et pas tout à fait à tort - que l'éducation psychique ne devienne, en maintes circonstances, conditionnement, et enrégimentement derrière telle ou telle idéologie discutable - ce qui semble pouvoir être bien moins à redouter en nos temps modernes où démocratie, éducation publique et progrès médiatiques peuvent converger pour limiter le risque redouté, surtout si un accord est réalisé sur une P.I.M.C. (Plate-forme Intellectuelle Minimum Commune).
Et si l'éducation (psychique) que nous proposerons a un petit côté sinon vraiment coercitif du moins clairement volontariste, par incitation vers tel ou tel comportement, la culture, qui sera le deuxième volet de ce programme, contribuera à apporter la liberté, avec la faculté de faire repenser par l'ex-enfant son éducation, et la lui faire juger pour qu'il la retienne ou pour qu'il s'en déprenne selon son jugement. Ce qui est aussi une façon de synthétiser l'opposition durkheimienne entre la socialisation de l'enfant et son individualisation: "Il faut" disait le grand sociologue "que les individus, tout en s'y conformant " [il s'agit des règles morales qu'il cherchait à leur inculquer au titre de leur éducation psychique] "se rendent compte de ce qu'ils font, et que leur déférence n'aille pas jusqu'à enchaîner complètement l'intelligence" (sous-entendu, à la différence de ce qui a tendance à se passer avec la religion) ("L'éducation morale" Alcan). Ceci en accord avec les thèses du grand pédagogue allemand Foerster ("L'école et le caractère" 19O9) mais en opposition avec les pédagogies libertaires, qui hélas prédominent à l'heure actuelle, et ne permettent de donner à l'enfant ni l'idée qu'il y a une harmonie à rechercher en lui-même autant qu'en dehors de lui-même, ni les moyens de s'en rapprocher, avec les désastreuses (pour eux, et pour tous) conséquences que l'on observe - et observera, bien vraisemblablement, de plus en plus.
Il nous semble que notre recherche s'intègre également
parfaitement dans le mouvement thérapeutique qui se développe et s'inscrit en
réponse aux problèmes psychologiques dérivant du fait que les technologies
modernes ont suscité des changements à un rythme trop rapide pour que les aptitudes
mentales de certains puissent les supporter. Elle débouche ainsi sur ce qui
s'appelle un peu abusivement (car le terme psychiatrie est, nous l'avons
souligné, très fort en Europe) la psychiatrie sociale : Les attitudes
affectives des individus ne pouvant suivre toujours le progrès technique une
sorte de décalage culturel va en se développant. Il entraîne une
désorganisation sociale qui est très sensible au niveau des jeunes (surtout
ceux des milieux peu favorisés, dans les mégalopoles où elle frôle parfois
l'insupportable, mais est présente - et croissante - dans presque toutes les
grandes villes). Elle est largement le résultat des tendances névrotiques et
des troubles affectifs en tous genres suscités tant par le stress de la vie
moderne que par la coupure d'avec une nature que nos ancêtres non-citadins
ressentaient comme toute proche d'eux. Les travaux d'Erikson ["Childhood
and society" New York, Norton 1950] et de tant d'autres auteurs
soulignent, preuves cliniques à l'appui, ce problème d'identité des jeunes dans
le monde moderne. Parmi ces autres auteurs signalons : Sullivan "The
interpersonal theory of psychiatry" New York, Norton 1953 K. Horney
"La personnalité névrotique de notre temps" Arche 1953 "Les
voies nouvelles de la psychanalyse" Arche 1951 E. Fromm "The Art of
Loving" "Escape from freedom" "The sane society" etc..
Nous suggérerons également de prendre en compte tant les observations
d'éducateurs renommés comme Comenius, Pestalozzi, Ch. Demia et J.B. de
Il ne s'agira pas pour l'enfant de préparation psychologique au mauvais sens du terme pour autant ! Dénoncer devant les enfants dès leur plus jeune âge, les méfaits de l'alcoolisme est certes aussi une forme d'action psychologique mais nul ne conteste que c'en est une souhaitable, ne relevant d'aucune idéologie moralisatrice, pour autant que nous sachions ! Tout n'est question que de bon sens, d'intelligence et de dosage il faut s'en souvenir si l'idée d'une vaccination psychologique, même temporaire, effraye. La vaccination (physiologique) paraissait, à l'origine, encore plus "diabolique", puisqu'il ne s'agissait rien moins que donner l'agent de la maladie à l'avance pour éviter de l'attraper ensuite ! On oublie trop, de nos jours, les controverses qu'elle a suscitées avant d'être totalement admise (et encore ne l'est-elle pas par tous !).
La morale enseignée jadis dès le plus jeune âge dans les écoles, puis l'éducation civique, étaient déjà des éléments de structuration sociale et psychologique qui se voulaient permanents, eux. L'éducation tout court ne saurait-elle être vue sous cet angle - hormis celle à usage professionnel technique ? Qui nierait ses bienfaits, dès lors qu'elle ouvre l'esprit, comporte des "humanités", s'inscrit dans le contexte d'un système démocratique solide, et ne saurait dès lors être utilisée à des fins de conditionnement ? Le dossier d'une immunisation psychanalytique nous semble, dans cette perspective, à tout le moins plaidable, d'autant qu'il ne sera que temporaire et que ce que nous proposerons pour l'enfant relèvera de la simple suggestion par ambiance, stade intermédiaire entre la passivité - qui laisserait en fait place libre aux pulsions, aux préjugés idiots et au conditionnement publicitaire (également par ambiance) de la seule société de consommation - et un endoctrinement inadmissible.
Si un enfant grandit dans une atmosphère de respect d'une nature à laquelle on lui conseillera de faire "acte de fidéité", nature qu'on lui présentera comme se trouvant tant en lui qu'autour de lui, et notamment dans les autres (ce point est fondamental), mais aussi dans des principes abstraits qu'on lui présentera comme tout aussi naturels, et qu'on lui conseillera de respecter (principes dont certains seront éthiques) en échange des bienfaits qu'elle peut apporter, il aura bien plus de chances de trouver ainsi les garde-fous et les sources d'énergie dont il aura besoin dans l'avenir. Et ceci sans les contraintes, les brimades ou les possibilités de manipulation d'un environnement trop religieux ou l'excès de laxisme éthique d'un environnement trop matérialiste.
Une fois l'enfant devenu adolescent il y aura un passage obligatoire de la suggestion par ambiance à la réflexion critique - philosophique, élémentaire - qui prendra le relais. Ceci se fera un peu comme on annonce, à partir d'un certain âge que le père Noël, eh bien, il ne passe pas dans les cheminées. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il n'y a plus de cadeaux dans le monde, mais qu'il faut soit les gagner, par nos efforts, notre intelligence, notre travail, soit les mériter par notre gentillesse et notre serviabilité envers les autres, bref par notre utilité sociale ; ce que le père Noël avait déjà bien un peu laissé entendre, de toutes façons, même s'il ne parlait pas d'utilité sociale...
L'adolescent serait alors, à ce stade, progressivement confronté à la logothérapie psychoécologique esquissée plus loin, laquelle prendra le relais de ce qui aura été une sorte d'orthopsychopédagogie - qui n'aura plus lieu d'être poursuivie au delà d'un certain âge mais qui aura eu, pensons-nous, un impact d'autant plus puissant qu'elle se sera inscrite dans le prolongement d'une action de "pédopsychiatrie préventive" - au sens faible du terme - tout en étant aussi large et aussi institutionnalisée que possible, mais sans qu'il y ait eu réel conditionnement. Il ne s'agira nullement, répétons-le, de faire acquérir à l'enfant des réflexes moraux (ou même humanitaires si tant est que la chose soit possible ce dont nous ne sommes pas si sûr...).
Trop de doutes surgiraient sur ce que cela pourrait avoir d'aliénant, voire de dangereux, par son côté un peu eugénique ("Le meilleur des mondes" d'A. Huxley). Si acquisition de réflexes il y a, ce sera à la fois pour développer le sens critique vis-à-vis de ses pulsions (et il s'agira alors, en quelque sorte, de "réflexe anti- réflexe" ) pour lutter contre le véritable conditionnement antifidéiste, antispiritualiste et parfois même, finalement, antisocial auquel trop d'enfants se trouvent soumis dans les sociétés industrialisées, tant par suite de l'aiguisement précoce de leurs instincts (égoïstes) de propriété, de domination et de compétition pas toujours saine, que par suite de l'hyper rationalisme (inévitable, de nos jours, mais fâcheux) de l'enseignement auquel ils ont accès.
Il s'agira aussi d'éviter de laisser se créer des paralysés de l'intériorisation, et des infirmes de l'"altérisation" (la capacité de se soucier d'autrui dans le besoin) en préconisant (et pour les parents en poussant ou mieux en attirant vers) la pratique d'une gymnastique mentale introspective et interrogative, laquelle déboucherait sur la reconnaissance et le respect d'un "autre chose", s'il devait s'avérer que cet "autre chose" (naturel mais invisible, et dénonçant, entre autres, les excès et dangers de l'égoïsme, et aussi de l'hédonisme, et reconnaissant une éthique "a minima"), avait des vertus psychoimmunologiques. Il s'agira également de laisser entrevoir qu'à côté de l'existence sur le mode "avoir" qui nous est instinctive, il y a une existence (nullement instinctive, elle), sur le mode "être", en éveillant avec finesse le sens de la qualité de la vie en pendant de (et partiellement en opposition avec) celui de la quantité de choses à acquérir et du niveau social à atteindre. Ce qui conduirait finalement à tenter de susciter, chez le jeune - et ce toujours sous réserve de la reconnaissance d'une probabilité décente d'efficacité psycho-immunitaire, une sorte de forme laïque de spiritualité, (la vie sur le mode "être" pouvant difficilement être conciliable avec une conception matérialiste du monde ! ). Qui peut le plus pouvant généralement le moins, il sera toujours loisible, ensuite, à l'enfant devenu adulte de vivre sans la moindre interrogation existentielle, et totalement égoïstement, sur le seul mode "avoir", si cela lui paraît sa voie - ce qui sera d'ailleurs fréquemment le cas lors de l'insertion dans la vie active, rien d'anormal à cela si c'est temporaire. Mais il aura infiniment moins de chances de devenir le jouet parfaitement docile de ces pulsions contre lesquelles il aura été mis en garde; et il pourra vraisemblablement toujours revenir, tôt ou tard, à un mode d'existence différent s'il en éprouve le besoin, car sa conscience aura été éveillée (même si sa spiritualité laïque ne l'a pas vraiment été). Alors qu'autrement il aurait eu beaucoup trop de risques de se retrouver définitivement esclave de ses pulsions, et irréversiblement égoïste, matérialiste et sans éthique (autre que celle éventuellement apportée par la peur du gendarme, les - bonnes - habitudes, son entourage, voire, qui sait, ses gènes, etc..).
Sans la préparation psychologique (temporaire), même sa raison n'eût peut-être pas été capable de le faire changer de comportement si d'aventure elle lui en avait indiqué la nécessité, ou c'eût alors été au prix de luttes déchirantes car la foi (laïque ! ) en la nature et en l'homme (et aussi en la culture ! ) ne viennent sans doute pas si facilement que cela dans la vie d'un adulte peu préparé, du fait des "sacrifices" qu'entraîne un altruisme aussi élémentaire soit-il, par suite de la nécessité d'une petite prise de distance vis-à-vis de nos tendances à la facilité, et vis à vis des plaisirs et des biens avec lesquels nous nous identifions si volontiers.
PROFIL DU PSYCHOECOLOGISTE EDUCATEUR CHARGE DE GENERER
Revenant maintenant au psychoécologiste éducateur de l'avenir, un peu de recul devrait permettre de mieux comprendre le rôle que nous lui proposons, lié a sa qualité de psychanalyste existentiel, qui est à la portée de tous au prix d'un peu de réflexion, et de quelques lectures.
Dans le domaine psychiatrique un courant médico-philosophique s'est dégagé depuis environ un demi-siècle axé sur la pensée phénoménologique. Parmi ses représentants se distinguent Henri Ey, "La conscience", PUF 1968 et surtout, bien sûr, Binswanger, "De la psychothérapie", Ed. de Minuit 1971. "Analyse existentielle et psychothérapie in : Discours parcours et Freud", Gallimard 197O, etc..
Pour Binswanger la véritable question est: comment est-il possible que la psychothérapie, définie comme l'action bienfaisante d'un esprit sain et fort sur un esprit malade ou déprimé avec intervention d'un logos, d'un discours, puisse agir ? Sa question est aussi la nôtre, moins bien moins pour les esprits malades et déprimés que pour ceux fragiles et vulnérables (et “conditionnables” à tort et à travers)... Sa réponse est "parce que cette psychothérapie représente une partie du champ des actions qu'exercent partout et toujours les hommes les uns sur les autres: ces actions pouvant être apaisantes par la suggestion, stimulantes par l'éducation" [ajoutons : et par l'exemple] "ou purement existentielles par la communication". Nous dirions également volontiers que ce "champ d'action unifié" implique une certaine unité harmonique, a priori assez inattendue, mais à laquelle nous ne parviendrons pas à échapper, notre réflexion philosophique le montrera. Ce qui nous amènera à avancer l'hypothèse d'une relation (aussi inconnue que l'équation unitaire que recherchait Einstein) entre l'inconscient - dynamique - et le monde. De même, alors, avons-nous dit, qu'une religion sans intercesseurs, c'est-à-dire sans prêtres (ou sans ces "relais" supplémentaires que constituent un parrain ou une marraine, lesquels ont perdu presque tout de leur vocation initiale, là où la pratique existe encore) n'aurait guère d'influence sur les jeunes esprits des fidèles, de même une psychothérapie qui serait trop typiquement rationnelle (la "rational therapy" par exemple) ne saurait aller très loin non plus. Ce qui nous ramène encore une fois à la notion de transfert (positif !) lequel exige bien une personne sur laquelle s'appuiera l'enfant dans un premier stade.
Les philosophes et les "logothérapeutes" d'antan n'ont, eux, pas souvent saisi cette nécessité : seul Sénèque a fortement insisté sur l'importance du guide spirituel - ce qui fait de lui un précurseur de M. Balint, pour qui le véritable médicament, en matière de psychothérapie tout au moins, c'est le médecin, et de Dubois [ "Les psychonévroses et leur traitement moral", 19O5], Balint [ "Le médecin, son malade et la maladie", "Techniques psychothérapeutiques en médecine", P.B. Payot]. Lequel médecin (à propos duquel Balint parle également de fonction apostolique !) joue (ou jouait, avant que la médecine ne devienne un business, au demeurant fort honorable le plus souvent) en effet point trop rarement un peu le rôle du guide spirituel tant par le soutien moral qu'il apportait personnellement que par le pouvoir toujours un peu magique dont il paraissait investi. A cette différence près par rapport à son "concurrent" religieux que le psychothérapeute moderne n'offre, lorsqu'il est confronté à un adolescent perturbable (ou se trouve en face de quelqu'un à tonifier psychologiquement), que très exceptionnellement une philosophie ou un système de pensée référentiel sur lequel fonder son action psychologique et générer ainsi une bienfaisante foi dans du constructif. Enorme progrès sur le plan intellectuel puisqu'on évite de tomber dans le monde de la croyance aveugle, merci MM les "Lumières" à travers les âges.
Enorme infériorité, qui peut être catastrophique, sur le plan des résultats psychologiques, faute d'adhésion à un monde signifiant, sous forme d'une fidéité (bénéfique) en lui !
Cela, même si, comme le soutient Dubois (op. cité) "la thérapie repose avant tout sur l'influence bienfaisante d'un être sur un autre" influence qui, selon lui, "ne peut s'exercer que lorsque le patient vous a confessé sa vie tout entière, c'est-à-dire lorsqu'il a eu en vous une confiance absolue". Car finalement le médecin, s'il est aussi un "remède" n'en est pas un suffisant, et c'est pour faire face à cette infériorité que la "philosophie psychoécologique" qui sera développée plus loin, a été élaborée en soutien de l'action du psychoécologiste éducateur futur, instituteur, médecin de famille, parent, conjoint ou simple ami, sans que se pose un problème de liquidation de transfert comme dans le cas d'un psychanalyste choisi au hasard du Bottin... Et c'est là que se dessine la deuxième phase du traitement psychoécologique, où la logothérapie réapparaît par le biais du discours roboratif, du genre de ceux dont nous avons proposé un exemple (parmi d'autres possibles ?) au chapitre précédent. Discours qui pourra, avec les variations qu'ils jugeront bon d'y apporter, (et les adaptations nécessitées par l'âge de l'auditeur !) être tenu par les parents et les éducateurs psychoécologistes de l'avenir aux adolescents qui y seront sans doute d'autant plus réceptifs (mais sans qu'il y ait contrainte, ni même réelle pression) qu'ils auront été tôt préparés psychologiquement de la façon que nous proposerons, essentiellement par incitation douce.
La logique voudrait que l'on parte, d'abord, de la première phase, celle relative à la préparation psychologique des enfants de, disons en (très) gros, trois à quinze ans et que l'on en développe ici les modalités envisageables, pour ne s'intéresser à la philosophie psychoécologique elle-même que dans un deuxième temps. Il se trouve seulement que l'on doit d'abord présenter aux éducateurs futurs les éléments relatifs à ce qu'il leur est proposé d'inculquer pour mieux les rendre maîtres de l'outil "pédago-thérapique" qui est mis à leur disposition ici et ceci sans qu'il soit question de chercher à éduquer le moins du monde ces (futurs) éducateurs, précisons-le. Il ne s'agit que de leur apporter des éléments de réflexion, même pas nouveaux, mais seulement présentés sous un angle probablement différent de ceux existant. Si bien que nous commencerons par présenter ce logos, ce discours, cette réflexion psychoécologique, qui nous mènera un peu plus loin que la psychothérapie traditionnelle puisque nous consacrerons un chapitre à la spiritualité vue sous l'angle, laïc, de la psychoécologie, en tentant de discerner ce que pourrait bien être cette "bête là" !
Tant et si bien que l'on débouchera secondairement sur une proposition, qui pourra également concerner les adultes, tant de rééquilibrage psychologique pour ceux qui en ont besoin que d'amélioration de la qualité de la vie pour ceux ne souffrant d'aucun déséquilibre. C'est bien sûr de vie intérieure qu'il s'agira - tout comme c'est ce dont il s'agit en matière religieuse - mais il ne sera question que de faire resurgir, d'entretenir et de développer ces "espaces verts" qui existeraient potentiellement en chacun de nous au titre d'un mystérieux héritage à redécouvrir et faire fructifier, que la nature nous aurait légué un peu comme un héritage culturel (ou parfois un message politique) nous est légué par nos prédécesseurs.
Cette nature sera cependant beaucoup plus que celle des écologistes puisque nous distinguerons en elle une nature "naturante" et une nature "naturée" en reprenant ainsi, dans une perspective d'écologie personnelle moderne, la terminologie proposée dès l'antiquité, en Inde, par la philosophie samkhienne, puis au XIIème siècle par le médecin arabe Averroes, puis en 1620 par le savant athée Francis Bacon ( Novum Organum II 1) et enfin (et surtout ! ) par l'opticien juif Spinoza en 1677 (Ethique I, 29). La psychoécologie, on le voit, a des inspirateurs éclectiques !
Notre thèse sera que cette présentation d'une Nature chargée de
sens, même en l'absence de preuves de sa validité, a valeur d'immunisation
psychique dans le cadre de
L'apprenti philosophe qui resterait réfractaire aux idées avancées se trouvera donc contraint (par lui-même) de développer des contre-arguments pour échapper à la logique du système proposé. Cela lui fera pratiquer une ergothérapie (mentale) tout à fait tonifiante qui devrait l'armer, dans une bonne mesure, contre des faiblesses ultérieures.
Cela l'obligera en même temps à se situer existentiellement, à mieux prendre conscience de soi et à se construire un "système philosophique", accompagné d'un référentiel éthique minimum. Même si cela devait déboucher sur un scepticisme pur et simple (ce qui ne sera pas facile s'il a l'honnêteté de rester dans un cadre construit intelligemment en bonne connaissance des paramètres que nous proposons de prendre en considération, vous le verrez au prochain chapitre) le psychothérapeute resterait quelque peu gagnant face à lui (moins, certes, qu'en cas d'acceptation des conclusions optimistes évidemment).
Au pire, les idées de type relativiste ou nihilistes (si à la mode dans leur confort ! ) auxquelles le jeune ne manquera pas d'être confronté auront un peu moins de chances de parvenir à complètement le déstructurer psychiquement (ou à l'hyper structurer en ego - "isme" ) à la différence de ce qui se passe présentement trop souvent, du fait d'ouvrages d'auteurs nihilistes ou semi nihilistes qui ont, eux, mené des vies parfaitement équilibrées (car ils étaient psychiquement très forts, exemple type : Sartre) en se contentant de déséquilibrer les faibles qui les lisaient - mais c'était bien là le cadet de leurs soucis (ou alors ils ne se rendaient pas bien compte des dégâts que la lecture de leurs oeuvres pouvait parfois causer)... En fait le principal problème sera surtout de les toucher ces jeunes, de les amener à se sentir concernés - et ils le sont assurément - afin d'éviter de tomber dans la troisième voie, celle de l'ignorance... la voie de ceux qui n'ont d'autre choix que d'être choisis (par inconscient interposé). C'est là où les programmes scolaires devraient être revus pour tenir compte d'une réflexion psychoécologique.
Les adolescents qui auront été élevés psychoécologiquement (comme on dit de quelqu'un qu'il a été élevé religieusement) ne devraient, eux, pas avoir de mal à se sentir concernés par les thèmes abordés, une fois développé leur sens critique (ce qui pourra être à douze ans, ou à dix-huit selon les cas). Pour les autres ce sera moins aisé, et c'est là où il faut espérer que des discussions s'établiront entre jeunes (et entre parents et enfants) sur le sujet - l'idéal, difficile à obtenir, étant la réalisation de divers débats scolaires télévisés. A côté de cette logothérapie, qu'il serait peut-être permis de considérer comme une idéoprophylaxie, il ne faudra bien entendu surtout pas négliger les autres approches thérapeutiques roboratives : pratique des sports collectifs notamment, activités manuelles et joies physiques équilibrantes, mais aussi activités sociales et intellectuelles. Ceci étant un peu théorique dans la mesure où, bien souvent le problème sera précisément de décider le "patient" à s'y atteler ou à s'y maintenir. (Si dans son enfance on a réussi à éveiller son sens culturel, ce qui nous semble aussi "naturel" que fondamental, cela ne devrait qu'y aider, bien sûr...) Quant au cadre familial dans lequel l'enfant est élevé, seule la chance, à ce jour, en décide...
Le rôle proposé dans l'avenir aux psychoimmunothérapeutes, aux
éducateurs (et aussi aux pédiatres) sera de soutenir (théoriquement, et s'ils le
jugent bon, évidemment) le programme psychoécologique et de lui reconnaître un
caractère scientifique suffisant pour que l'expérience soit tentée. Cela est la
condition sans laquelle aucun résultat bénéfique global - qui de toutes façons
nécessitera une ou deux générations avant d'être sociologiquement sensible - ne
saurait apparaître (mais des résultats individuels favorables pourraient
vraisemblablement apparaître très vite en cas de "conversion"
d'adultes à la psychoécologie !) Ce rôle serait également de préciser, par des
confrontations d'opinion et des critiques constructives que nous souhaitons
engendrer, les modalités optimales à retenir pour cette vaste opération de
solidarité et d'assistance de type préventif. Ce rôle serait, enfin, dans le
cas des médecins de famille, là où il en reste, de suivre, avec l'assentiment
des parents, l'évolution psychoécologique de l'enfant et d'éviter que des
dérapages n'apparaissent. On verrait ainsi surgir dans l'avenir une nouvelle
spécialité semi-médicale, tenant quelque peu de l'instituteur, du pédiatre et
du psychologue, mais aussi de l'aumônier ou du pédopsychanalyste : le
conseiller psychoécologique... La société n'aurait rien à y perdre, bien
vraisemblablement ! Et cela viendrait combler la perte à peu près définitive
des conseillers spirituels personnels (parfois religieux) qui étaient autrefois
si importants. Mais ce conseiller psychoécologique devra faire beaucoup plus
que conseiller les enfants, il devra les aimer comme ses propres enfants ! De
tels parrains et marraines à la mode psychoécologique devraient pouvoir se
trouver parmi les écologistes humanistes, quitte à ce qu'ils se retrouvent un
peu dans la peau de ces instituteurs de
Pendant l'adolescence, voire à l'âge adulte, ce conseiller devrait toujours pouvoir (un peu comme ces aumôniers ou ces enseignants avec qui l'on restait en relation toute une vie) représenter l'ancrage nécessaire si un problème psychologique majeur survient, problème auquel le patient ne saurait faire face en dépit de sa formation psychoécologique. C'est, entre autres raisons, dans la perspective d'une éventuelle mise en place future d'un réseau de tels conseillers que nous avons créé l’Association Internationale de Psychoécologie, et aussi lancé l’idée d’un Mouvement Bluepeace, ouverts à tous les médecins, psychologues, pédagogues et enseignants qui penseraient pouvoir contribuer intellectuellement à notre recherche ou participer à nos efforts. Nous ne voulons pas en effet être taxé de théoricisme ne proposant aucune action concrète, aussi modeste que puisse être cette action.
Notre initiative qui, on le voit, n'est pas que théorique, risque d'être très diversement interprétée ! Outre son aspect utopique, voire "angélique" ! Auquel nous ne pouvons rien, mais que l'on nous reprochera, on parlera de "réarmement moral", ou d'eugénisme - voire de religion - déguisés. Nous en sommes loin pourtant : la recherche de la santé psychique pour tous (objectif de toute action antifasciste de grande envergure reposant sur une meilleure connaissance de l'homme et réalisant que les fascistes en tous genres ne sont finalement que des malades psychiques), cette santé, donc, n'est pas plus un eugénisme que ne l'est la recherche de la santé pour tous - d'autant que nulle génétique n'est impliquée, (mais le terme eugénisme a tendance à déborder son étymologie, on le sait).
Cette santé psychique (qui inclut une joie de vivre aussi totale que possible sans imposition de sur-moi abusifs) ne sera pas pour nous une affaire à visée morale ou religieuse, non plus. Cela pourra même presque plutôt paraître l'inverse, puisque nous dirons : s'il s'avère qu'il y a du bon, du sain et du joyeux derrière tel ou tel aspect de "l'immoralité" (et de l'irreligieux), qui nous paraisse plus liée à des interdits culturels que réellement dommageable, prenons-le aussi, si cela peut être salutaire. Ce que n'ont pas craint de dire Freud, Reich et autres Nietzsche ou Marcuse, rendons-leur cet hommage même s'ils n'ont pas du tout su éviter, ce faisant, de provoquer quelques troubles majeurs chez leurs lecteurs du fait d'une libération de pulsions qui ne connaissait plus de limites, ou plus assez.
Répétons-le : changer la vie (dans le sens d'une amélioration) ne signifie sans doute pas comme le croyaient (ou le faisaient involontairement croire) un peu trop ces messieurs, ou certains autres, simplement se libérer de tout maître, en soi ou hors de soi, mais c'est bien plutôt (ce que Gide comme Illich et quelques autres, qui ne sont pas de si mauvais libérateurs non plus, ont bien vu) "changer le rapport de soi à soi et aux choses" (l'expression est de Domenach, op. cité). Et, sur le plan social "ébaucher ici et maintenant une société alternative et des hommes autonomes" (même auteur), fortement inspiré par Mounier.
Auto-nomes, nous l'entendons ainsi, c'est-à-dire régis par un "eux-mêmes" conscient, au lieu de l'être par des pulsions super libérées, (même s'il n'est pas question de se priver des joies qu'elles nous apportent, ces pulsions), ou au lieu d'être régis par des éléments (extérieurs et intérieurs) non soumis au crible d'un jugement sain et éclairé.
La question qui se pose sera alors de savoir autour de quoi axer une telle réforme “sociale“ (à visée psychothérapeutique préventive, ne l'oublions pas), qui aura certes un petit côté ontologique, ce qu'a bien vu le même Domenach (qui préfère parler de révolution là où nous parlons d'évolution) lorsqu'il dit, (en se référant implicitement à la "révolution personnaliste et communautaire" de Mounier) qu'elle "sera ontologique ou qu'elle ne sera pas" (op. cité). Ce que n'ont, par contre, pas compris les théoriciens marxistes-léninistes, et ce qui est un des éléments ayant conduit aux faillites que nous observons aujourd'hui à l'Est.
Cet axe, cet "appui" tout au moins, destiné à permettre
l'apparition de la dite évolution ce sera pour nous, nous l'avons dit, le
bipôle "Nature - Personne". Nature envers laquelle nous tenterons, en
tant que pédagogues, de générer, chez l'enfant, une confiance. Avec une éthique
se voulant naturelle, sans paganisme ni mysticisme, - simplement en essayant de
chercher quelles seraient les techniques appropriées pour inscrire l'enfant
dans un accord entre sa nature naturante et sa nature naturée, termes retenus
comme base de travail faute de disposer de meilleurs. Ce qui constituera
l'essentiel de notre réflexion tout au long de cet ouvrage, et tant pis si on
parle alors de moralisme ou de religiosité, ou de mysticisme. Certes nous
recommanderons d'habituer les enfants à pratiquer le recueillement occasionnel,
la "mise à l'écoute de
C'est dans ce contexte bio-culturel que nous inclurons diverses
autres recommandations telles qu'un "culte" (très simpliste: des
fleurs !) aux défunts que l'on aimait (culte qui existe déjà mais se perd) - y
compris un culte aux grands bienfaiteurs de l'humanité - par le biais de
pensées par exemple, à eux dédiées. Nous irons même jusqu'à ne pas forcément
décourager les parents qui souhaiteraient voir leurs enfants s'inscrire à un
quelconque catéchisme (d'une des grandes religions, de préférence, tout de même)
! Mais cela à la condition d’expliquer en temps voulu que ce Bon Dieu, ce
Yahvé, ou cet Allah dont on n'aura pas manqué de lui annoncer
"l'existence", ce sont simplement d'autres noms pour "
Ce qui devrait, dans le cas des chrétiens, être (théoriquement) d'autant plus facilement accepté que les Ecoles du dimanche protestantes ou les catéchismes d'après Vatican II n'ont plus rien à voir, mais alors vraiment plus rien avec ce que disaient les bébêtes catéchismes d'antan - et la moindre des surprises du lecteur curieux de vérifier nos dires sera de voir Luther mis, sur un chapitre entier, parmi les grands hommes à révérer dans certains catéchismes catholiques des années 70 (il y a eu réaction depuis...). De quoi retourner quelques papes dans leur tombe, mais aussi de quoi réajuster notre vision du catéchisme catholique ! C'est que les "marchands d'illusion" (Alain) ont réalisé quelques-unes (quelques unes seulement, hélas !) de leurs erreurs. Mais c'est aussi que la "marchandise" qu'ils proposent pourrait bien ne pas être aussi totalement illusoire que cela finalement.
Pourra-t-on pour autant parler de "religionisme" à
propos de la psycho-écologie ? Nous ne le pensons pas, en dépit de la
similarité de vocabulaire et du recours au terme " religinal", et
ceux qui le soutiendraient ne seraient, selon nous, que les dignes successeurs
des bigots qui ne virent dans la psychanalyse qu'une médecine diabolique parce
qu'on y préconisait de ne pas se culpabiliser pour des pulsions sexuelles ou
asociales. Chercher à utiliser médicalement quelques-unes des vertus psychiques
éventuelles (mais probables) de la prière (devenue adresse à
D'autres lecteurs - ou les mêmes - refuseront peut-être tout caractère médical à la psychoécologie par suite de sa composante philosophique, de son originalité d'application et de son caractère passablement abstrait. Nous ne nous accrochons à aucune terminologie, mais ne voyons pas comment des efforts en vue de l'optimalisation (ou de la consolidation) de la santé psychique, avec son épanouissement comme objectif ultime, et la prévention d'épidémies de troubles psychiques même légers, qu'ils soient ou non "de société" sauraient échapper au qualificatif de médical. Ne saurait-on plutôt admettre qu'il s'agit là d'une - très modeste - prolongation du pas de géant fait par Freud lorsqu'il a, (avec le surmoi et l'inconscient pris en considération dans une perspective psychothérapique), fait rentrer la médecine moderne dans les domaines de la philosophie (ou l'inverse), en reprenant, le tout premier de nos contemporains, la tradition ancienne unissant ces deux termes ?
Le problème de Freud était seulement de guérir des troubles manifestes, parfois prononcés, d'individus qui venaient, sauf exception, librement consulter parce qu'ils se sentaient sinon malades du moins dotés de quelque trouble. Le fait que la psychoécologie concernera essentiellement des enfants qu'il s'agira de protéger et de fortifier au mieux avant de les lâcher dans le tourbillon de la vie ne nous paraît pas remettre en cause son caractère fondamentalement médical, même s'il devait s'avérer que des adultes y trouvent un enrichissement personnel (non financier !) inattendu. Et même si des implications socio-politiques (lesquelles sont, en partie, le point de départ de notre réflexion) sont à prévoir ! L'idée d'une vaccination psychanalytique, qui constituera le fer de lance de la psychoécologie pourra certes surprendre mais la science médicale a-t-elle jamais progressé autrement qu'en élargissant son domaine ? Ceci à la fois dans le temps (on prévient de plus en plus l'apparition de troubles pour avoir à les soigner de moins en moins, c'est là l'avenir,
surtout en matière psychiatrique) et dans la définition de ce qui relève d'un traitement. Le "fou" n'existe plus que comme malade mental. L'alcoolique, le violent, l'obsédé sexuel sont reconnus désormais comme des malades, donc des irresponsables, victimes soit de leurs gènes, soit de circonstances qui n'ont pas permis l'apparition en eux d'une santé psychique adéquate, soit aussi (et peut-être surtout) d'un manque total d'information sur l'existence en eux-mêmes de pulsions dont il convenait de se méfier quelque peu - et c'est sur ce dernier point que la vaccination psychanalytique prend le plus d'importance (ce qui, incidemment, obligera à faire la distinction entre "malades" - de ce type de "maladie" - informés mais incapables d'accepter - ou d'exploiter - les informations reçues et malades non informés). Le toxicomane avancé, lui, rentre dans la catégorie des malades depuis peu - sauf pour quelques esprits bloqués par un système moral ou idéologique dépassé. La criminalité n'est pas encore vraiment considérée comme pathologique, mais vous et nous savons que ce n'est, surtout pour les monomaniaques, qu'une question d'années. Et en ce qui concerne les excès d'égoïsme, d'agressivité, de vanité sociale, de dépendance vis-à-vis de l'argent, de volonté de supériorité, de puissance, et d'autoritarisme, peut-être nous suivez-vous lorsque nous voyons du pathologique (nullement dramatique en général, mais du pathologique tout de même), derrière tout cela ? - s'agissant de personnes ayant tout simplement un quelconque "noeud" dans le cerveau- avec de nombreuses sous-catégories, assurément que l'avenir classera pour nos descendants ; le plus courant d'entre ces noeuds étant bien probablement celui de l'ignorance par paresse intellectuelle - ignorance qui peut mener ceux qui refusent de "se fatiguer (un minimum) les méninges" à des extrémités pénibles pour eux !
Aussi révolutionnaires que ces idées sur l'aspect maladif de comportements si courants puissent paraître à certains, elles n'ont rien de nouveau. Déjà Spinoza les avançait il y a quelques siècles (Ethique dernières parties) ! Et puis comment refuser à la médecine le droit de se préoccuper de l'homme souffrant, quelle que soit la forme de sa souffrance ? Et qui nierait que le criminel, le violent, le mégalomane, aussi bien que le drogué (de n'importe quel type de drogue) souffre (au sens large du mot, certes) de la violence, de la mégalomanie ou de la dépendance dont il est atteint ?
Quant à l'extension sociale (préventive plutôt que curative) de toute psychothérapie se voulant efficace face aux troubles psychologiques du monde moderne cela ne s'inscrit-il pas dans le prolongement direct de la pensée d'Adler - et aussi dans le cadre de la psychiatrie sociale qui commence, enfin, à se développer sérieusement ?
Relativement à l'empiètement auquel nous procéderons sur le domaine habituel du philosophique, du religieux et du métaphysique, et, pour certains, du "sacré", n'y a-t-il pas toujours eu, là aussi, une constante tendance dans ce sens depuis le jour où le médecin a remplacé le prêtre-guérisseur-sorcier ? Le grand-prêtre n'a-t-il pas suffisamment longtemps accaparé, dans le passé, la science à des fins religieuses (prédiction des éclipses, connaissances mathématiques réservées aux seuls grands-prêtres, etc..) pour que la science s'efforce enfin de recenser tout ce qui en matière de connaissances de la psychologie des profondeurs a été propriété exclusive des religions (souvent à des fins de piégeage certes, mais quand même le plus souvent, par simple générosité et souci de répandre le bien, il ne faudrait pas l'oublier) ?
Et si l'on a pu parler fort longtemps de mystères à ce sujet (mystères ayant à l'origine pour
Signification : ce qui ne doit être connu que des seuls initiés) il est grand temps de poser sur
la table de laboratoire ces mystères en allant plus loin que Freud si possible, afin que les secrets qui s'y trouveraient (et il semble bien en rester quelques-uns) soient utilisables par tous au lieu d'être réservés à ces seuls initiés, aux seuls souscripteurs, aux seuls élus ou aux seuls membres de la "secte"...!
Après avoir réappris, largement grâce à des techniques de type psychanalytique, reconnaissons-le, à,- plus sérieusement que dans le passé - soigner l'esprit par l'esprit, n'est-il pas temps de chercher, de la même façon, à le fortifier, et à l'immuniser contre toutes sortes de troubles qui le guettent, mieux également que cela n'a été fait dans le passé ? Et ce nullement en cherchant (très illusoirement à notre époque) à éviter tout contact avec ce qui le "contamine" (?) ou le "déboussole" - mais en lui conservant toutes ses facultés de défense, d'immunisation (dont, éventuellement celle découlant d'une sublimation) et en l'éduquant. Or seul ce dernier point est l'objet de tous les efforts des pouvoirs publics depuis un siècle ou deux (mais l'on s'en tient beaucoup trop à l'enseignement dit "utile") !
Ne saurait-on concevoir que ce soit aux psychoécologistes volontaires (en attendant que la société réalise qu'elle a tout intérêt à former et appointer des conseillers de cette spécialité dans les écoles) de reprendre le flambeau des mains de ces religieux et de ces instituteurs républicains qui étaient pleins de bonne volonté mais sont désormais complètement dépassés, en Occident, dans leur fonction traditionnelle d'apporteurs d'harmonie au monde, que ce soit pour l'individu ou pour la société ?
Non pour éliminer définitivement les premiers, d'ailleurs, car beaucoup d'entre eux se modernisent (et se rallieront peut-être à la psychoécologie) mais pour assurer avec ceux-là la transition vers une sorte de communauté thérapique aussi large que possible, à même d'assurer cette sociopsychothérapie qui est notre objectif ultime. Type de thérapie vers lequel on se dirige tout doucement, déjà un peu aux USA, avec des psychothérapies de groupe, celles en "case-work" mobilisant toute une équipe en plus de la famille, ou avec des psychothérapies institutionnelles, familiales ou de couple etc. (voir par exemple Jones M. "Therapeutic community" New York Basic Books 1953 parmi une très abondante littérature à ce sujet). Mais tout cela reste très ponctuel.
Apporter l'harmonie à l'enfant, au mental comme au physique, n'est-ce pas déjà le but de tout pédiatre ? L'apporter à la société, n'est-ce pas l'objectif de la médecine sociale - sans parler de la médecine préventive en général ? Et ceci sans sous-estimer le moins du monde les programmes de développement économique (écologiquement conscients !) et de (ré)insertion socioprofessionnelle qui conservent l'évidente priorité du "primum vivere" - dans la mesure où il ne s'agit pas de "récupérer" au sein d'une société excessivement productiviste des jeunes gens refusant d'entrer dans un système un peu trop aliénant , encore plus pour ceux socialement défavorisés !
Relier (re-ligare, en latin) ce qui peut-être coupé en l'humain, au psychique comme au mental là encore, n'est-ce pas affaire médicale ? Or n'y a t il pas lien plus visiblement coupé chez beaucoup de jeunes surtout, que celui qui existe entre l'individu et sa nature ? Y a-t-il une autre "déconnection" plus importante et plus urgente à reconnecter ? Et si, pour re-ligare il faut, comme l'ont très bien vu les re-ligions passer par une forme de suggestion, qu'elle soit appelée la narcothérapie douce (qui, dans notre position, n'affaiblirait pas la personnalité ultérieure de l'enfant) ou qu'elle soit, chez l'adolescent et l'adulte, appelée tentative de réflexion par le biais de la pensée philosophique (la logothérapie), en quoi cela rendrait-il l'opération moins médicale ?
Le docteur Caycedo, fondateur d'une sophrologie à forte consonance hypnoïde ne donnait-il pas à cette technique (qui n'a pas encore tenu ses promesses) l'objectif de voir les patients aboutir grâce à elle à la pratique d'une philosophie humaniste en plus de parvenir à un épanouissement de leur personnalité ? [A. Caycedo, "Progrès et sophrologie" - Stokvis et autres, "Introduction à l'hypnose et à la sophrologie", Maloine 1972]. Nous n'innovons donc que fort partiellement. Ainsi il ne serait pas raisonnable de refuser l'extension du rôle de la médecine que nous préconisons car il ne s'agit là que d'une prolongation d'un mouvement amorcé par Hippocrate et Galien, poursuivi par Harvey, Pasteur et Freud et si bien souligné par J. Hamburger ["La puissance et la fragilité" Flammarion 1972] : "Défenseur du corps humain contre la maladie, le médecin devient, par une extension naturelle, un avocat de la personne humaine".
D'aucuns pourront considérer que tout cela est "du vent", ou "du cinéma" et que nous ne ferions rien d'autre que reprendre la pratique ancestrale consistant à accompagner la partie médicale d'une "intervention" (ce serait, en l'occurrence, la psychothérapie de soutien du psychoécologiste) par une partie non médicale (en apparence) qui serait notre "philosophie psychoécologiste". Ceci tout comme le chaman se livrait à des incantations et à des cérémonies propitiatoires en même temps qu'il préparait herbes et philtres et tout comme dans diverses sociétés non occidentales on prononce des prières et les formules appropriées en complément du (voire en guise de ! ) médicament - autant dire que nous pousserions un refrain présenté comme philosophique en nous imaginant que cela aura quelque effet positif, suite à nos considérations (contestables, nous l'admettons, mais peut-être dignes de considération) sur la logothérapie !
Sans accepter de considérer le petit "exposé" du chapitre premier comme le moins du monde incantatoire, nous devons admettre qu'il puisse être (au moins pour des adolescents et des adultes cultivés) un outil thérapique ayant (c'est en tous cas notre espoir) quelque "influence", non parfaitement rationnelle (au sens que l'on donne à ce terme à l'heure actuelle, mais il peut évoluer) - ce qui pourra passer comme un tantinet incantatoire, évidemment, aux yeux des puristes de la rationalité, qui ne manqueront pas de faire entrer certains de nos propos dans la catégorie de ces "coquecigrues de l'écologie irrationnelle" qu'ils dénoncent si fort depuis Heidelberg. Nous inciterons également le lecteur à revoir, et élargir (le moins possible, nous sommes les premiers à le souligner) sa définition du rationnel. Nous disons le moins possible, car il serait sinon trop facile de tomber dans la superstition, le spiritisme, le mysticisme, la magie (blanche, bleue ou noire...!), la science-fiction, la mythomanie et la parapsychologie extravagante. Cela tout en gardant un oeil (prudent) ouvert sur une parapsychologie qui se contenterait de vaguer sans extravaguer ! C'est qu'il convient de se souvenir que l'irrationnel est la porte ouverte à toutes les aventures, outre qu'il est la source de divisions entre les hommes que seule la raison sait unir... Mais il faut bien tenir compte des réalités, même lorsqu'elles ne cadrent pas avec notre définition du rationnel. Ceci également en matière scientifique, et des ouvrages comme ceux de M. Cazenave "La science et l'âme du monde" Imago 1983 ne pourront qu'informer ceux que cette délicate question intéresse sur le plan théorique. Notre philosophie psychoécologique sera donc largement l'outil semi-direct ("semi" parce que nécessitant un éducateur intermédiaire) de notre action prophylactique (et accessoirement, thérapeutique) ce qui la différenciera bien de la théorie psychanalytique traditionnelle, laquelle se veut l'ossature intellectuelle mais non l'instrument de la thérapeutique correspondante.
PRAGMATISME DE
Notre prophylaxie (notre "cure", préventive) psychoécologique - que nous pourrions aussi bien nommer "psychosynthétique", ou psychostructurante - n'aura pas en fait d'ossature théorique bien complexe : d'une part elle reprendra quelques points de la théorie psychanalytique (importance de la sexualité mise à part, mais la libido des dernières années de Freud devenait de moins en moins sexuelle et en tous cas de plus en plus vaste), d'autre part elle restera passablement empirique. C'est qu'il ne semble guère possible d'agir (préventivement) en parfaite connaissance de tout ce qui serait à l'origine des inadaptations, perturbations et troubles sérieux en matière de psychisme, les dissidences freudiennes l'ont assez clairement souligné, si besoin était. Par contre nos connaissances pourraient bien être suffisantes pour donner un sens acceptable à une approche pragmatique. Plusieurs auteurs ont fait remarquer que l'hygiène mentale (vilain mot mais ne serait-ce pas ce que les Grecs appelaient la sagesse et que nous aurions tendance à appeler la santé neuronale ? ) se trouve à peu près au point où en était l'hygiène publique à la fin du siècle dernier : tout en ignorant l'étiologie et l'épidémiologie de nombreuses maladies infectieuses on parvenait parfois à limiter les dégâts, en se basant sur des règles d'hygiène découlant de notions assez vagues sur les modes de transmission microbienne et les sources de contamination [F. Cloutier, "La santé mentale" PUF 1966]. L'exemple du Dr Snow est révélateur : ce chirurgien avait, pour enrayer une épidémie de choléra, pensé à enlever la poignée du puits où s'approvisionnait tout un quartier de Londres. Et ça avait marché: l'épidémie avait été enrayée. L'empirisme, un empirisme aussi intelligent que possible, précède souvent, c'est vrai, la connaissance scientifique et ce que nous proposerons ne sera rien d'autre que tenter d'ajouter une "poignée psychoécologique" à la source des connaissances psychothérapeutiques où s'approvisionne le monde industrialisé pour faire face à ses problèmes de santé psychique. Cela un peu pour voir si, comme nous le soupçonnons fort, "ça marcherait".
Cette "poignée" s'articulera sur l'idée que si nous sommes dans la nature, la nature est aussi en nous, et peut nous permettre d'agir (serait-ce cybernétiquement ? ) sur nous-mêmes, selon certaines règles, probableme